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Histoire littéraire de la France, t. XXIII

3. Recueil général et complet des fabliaux des XII I^ et AIV^ siècles, imprimés ou inédits, publié d'après les manuscrits, par M. Anatole de Montaiglon et [h partir du t. II) par M. Gaston Raynaud . Paris, Jouaust, 6 vol.,

4. Beitrœge zur Kenntnis der altfz. Fabliaux. 1. Die Bedeutung des Wortes Fablel. Diss. de Marbourg, par Oscar Pilz, Stettin, 1889.

poèmes narratifs. De plus, tous ces genres se développent soudain, concurremment, vers le milieu du xii^ siècle. Ils germent 23Ôle-mêle, s'organisent, puis se différencient; mais, avant qu'ils aient pris claire conscience d'eux-mêmes, ils se confondent dans une sorte d'indétermination. Tout genre connaît, à sa naissance, de pareilles hésitations. Qu'on se rappelle, par exemple, l'embarras des poètes du règne de Louis XIII pour distinguer, par des mots divers, les différents genres dramatiques, à l'époque où Corneille n'appliquait pas encore les règles « jiarce qu'il ne savait pas qu'il y en eût », et où il intitulait pareillement trafjicoméclics, Clitandre et le Cid. Ajoutez que le mot fabliau qui, par étymologie, signifiait simplement court récit fictif, était né vague : d'où sa facilité à s'appliquer à des poèmes divers de ton et d'inspiration.

Pourtant une tradition s'établit Adte, qui affecta exclusivement le mot à des poèmes d'un genre très spécial. Il nous .est aisé de discerner quels ils sont : si, en effet, sur les 300 fables environ que nous a léguées le moyen âge, 4 seulement portent le titre de fabliaux \ si, pareillement, 7 dits seulement sur 300 sont qualifiés de fabliaux, c'est que cette étiquette est indûment appliquée à ces 4 fables, à ces 7 dits, et l'on doit les exclure d'un dénombrement des fabliaux^. Si, au contraire, cinquante poèmes portent ce nom, qui toua répondent à peu près au type du Vilain Mire, c'est que tous les poèmes analogues doivent être appelés fabliaux.

On arrive ainsi à cette simple définition :

Les fabliaux sont des contes à rire en vers.

Elle est un peu étroite : elle ne convient pas à quelques rares poèmes, à certains, par exemple, qui sont plutôt des nouvelles sentimentales, et que les trouvères nommaient pourtant des fabliaux. Mais, sous la réserve des quelques éclaircissements que voici, elle suffît. Elle nous rend possible cette tâche minutieuse et nécessaire, qui est le dénombrement exact de notre collection de fabliaux.

1. On trouvera dans le travail de M. Pilz la liste des poèmes qui ont usurpé ce titre au moyen âge : 3 fables ou 4 ; 2 débats ou batailles, 7 dits, le songe d' Enfer de Raoul de Houdenc, le Fablel dou dieu d'Amours, etc.

1° Les fabliaux^, disons-nous d'abord, sont des contes.

Ce qui les constitue essentiellement, c'est le récit. Il faut donc exclure tous les poèmes qui ne contiennent pas la moindre historiette, et, de ce chef, nous supprimerons de la collection de MM. de Mont aiglon et Raynaud dix poèmes qui sont des satires, des lieux communs moraux, des éloges de corps de métier, des tableaux de mœurs : toutes ces pièces rentrent dans la catégorie, assez mal définie, des dits^-. Mais la limite est parfois indécise entre les dits et les fabliaux. Le Valet qui d'aise a malaise se met., par exemple, est-il un conte très faible ou un excellent tableau de mœurs'? L'un et l'autre. Il sera bon de respecter l'indécision même des trouvères, et de marquer, en accueillant ce poème dans notre collection, comment les fabliaux peuvent confiner à des genres divers.

Les fabliaux sont des contes : ils étaient narrés et non chantés. Il faudra, par suite, supprimer de la collection Montaiglon la Châtelaine de Saint-Gilles'*, qui aurait mieux trouvé sa place parmi les chansons de mal mariées réunies par Bartsch ^.

1. On trouve, auprès dos formes communes [fahlel, fabliau, fableau), les formes curieuses /?rtZ»e/, flablel. Exemples : se flabliaus puet veritez estre... {Le Vilain de Bailleal); — un Flablel courtois et petit... [Le prestre qui abevete) ; — Dont le flablel ']q vous dirai... [Les trois aveugles) ; un flabel merveillous et cointe... [Les Quatre Souhaits) ; un flabelqui n'est mie briés... {Le Prêtre quon porte). — Sur cette singulière mobilité de 17, voy. W. Foerstev, Jahrbuch f. rom. u. engl. Phil., N. F.,I, 286.

2. Le mot dit, comme son sens étymologique le laisse prévoir, est extrêmement compréhensif. Aussi s'emploie-t-il comme synonyme non technique de fabliau, en tant que le fabliau est une espèce du genre narratif. Les trouvères appellent communément leurs fabliaux des dits :

Mètre vueil m'entente et ma cure A fere un dit d'une aventure...

Atant ai mon fablel fine.

(Les Braies du cordelier, III, 88.)

Cf. III, 62, III, 80, etc.. — Tout fabliau est un dit; mais la réciproque n'est pas vraie. Un poème sans récit est un dit et n'est pas un fabliau. C'est pourquoi nous effaçons de la liste de MM. de Montaiglon et Raynaud les dits dialogues des Troveors ribaus (I, 1) et de la Contregengle (11^ 53); les dits des Marcheanz (II, 37); des Vins d'Ouan (II, 41); de VOu.stillement au vilain (II, 43), des Estais du siècle (II, 54), du Faucon lanier (III, 66) ; de Grognet et de Petit \l\\, 56) ; une branche d'armes (II, 38), la patrenostre farsie (II, 42).

3. L'auteur du Valet qui a malaise se met appelle son poème un fabliau (v. 376). Mais M. Pilz (p. 21) lui refuse cette qualité.

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