‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 130 sur 169 · LA PLUME DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

LA PLUME DE L'AMOUR

Une temme avec son Amant

Se donnait licence parfaite, Elle tenait d'une main satisfaite

Ce sceptre ; le premier vraiment, Beau sceptre ; qu'à prix d'or, ni de sang on n'achète. Pour un jiareil joyau, je le dis franchement,

Si l'on pouvait en faire emplette,

Je combattrais comme un athlète

Ou donnerais tout mon vaillant;

Mais reprenons notre aventure.

Certain Damon survenu là, Par le trou peu discret d'une large serrure, Tranquille spectateur regardait tout cela. Le sceptre bas, notre amant se retire.

Verrous d'être ôtés doucement ;

'î'iO APPENDICES

Damon d entrer, la Dame de lui dira:

Paivlon. si vous avez aUendu (luehjue instant ; .récrivais — Oh! l'éparl avec nn prompt sourire Damon, que vous devez bénir votre tlestin! C'est l'amour qui vous fait écrire, Vous aviez la plume à la main.

D'Aknaud

CCLXVIII (page 3-25j LE MORT PARLANT

CONTE

Jadis à Rome était un bon garçon.

Homme simplicc, animal si crédule,

Qu'on le voyait donner, sans nul soupçon,

Dans un panneau, tant fut-il ridicule.

Pour s'amuser certains drôles un jour

Firent complot de lui jouer un tour

D'espèce neuve, et trop cruel sans doute.

L'un de ces gars, aposto sur la route,

Vint l'aborder, d'un air stupéfait:

a Eh! mon ami, comme te voilà fait!

« S'écria-t-il, par quelle maladie

« Ta face est-elle à ce point enlaidie. »

« Malade, Moi! parbleu je n'en sais rien :

« Vous plai>:antez ; je me porte fort bien. »

Un autre arrive, et redoublant la dose

Lui fait, du moins, croire à demi la chose.

Mais un troisième enfin complètement

Le persuade. « Etcs-vous homme sage,

« De vous montrer avec un tel visage,

« Hors du logis, lui dit-il gravement?

« Ah! si j'étais en même circonstance,

« Des médecins attendant l'assistance

« Entre mes draps, je me tiendrais bien coi!

« Oui, dit Simplicc... Ah ! Messieurs je vous croi ;

« Vous m éclairez sur le mal (jui m'opresse :

([ Je suis au vrai d'une extrême faiblesse ,

« Veuillez m'aidera retourner chez moi!

Très volontiers on lui rend cetoflice;

On déshabille, on couche le jocrisse

Un faux docteur vient en robe, en rabat.

Se présenter auprès de son grabat

APPENDICES /i41

Tâtc son pouls, en secouant l'oreille ;

Dit quejamais fièvre ne lut pareille,

Que le malade, à ce qu'il peut en juger,

N'échappera d'un si pressant danger.

Les assistans conûrincnt ce présa^je :

A les ouïr, le mal croit par degrés;

Déjà ses yeux sont couverts d'un nuage ;

Déjà ses traits sont tous défigurés.

Remarquez-vous celte horrible grimace?

Ses pieds sont froids, sa langue s'embarrasse,

11 n'en peut plus. .\h ? le voilà passé.

Requiescat à jamais in pace.

Déclaré mort, il ne dit le contraire :

Seul contre tous prétendre avoir raison,

Même en tel cas lui semblait téméraire

A son destin on vit ce franc oison

Se résigner: on le vit sans murmure,

Prendre d'un mort et l'air et la posture,

Et se garder si bien d'ouvrir les yeux.

Qu'un vrai défunt ne s'en fut tiré mieux.

Incontinent, dans le creux d'une bière,

On étendit le corps du pauvre humain ;

Et tôt après on se mit en chemin,

Pour le conduire au prochain cimetière.

Mais observez que dans Rome, pour lors,

C'était déjà, comme aujourd'hui, l'usage

Qu'à découvert on transportât les morts,

Et qu'en entier se montrât leur visage.

Quelqu'un voyant le convoi s'approcher,

S'enquierl tout haut quel homme on va nicher

Si lestement dans sa maison dernière.

C'est, lui dit-on, Simplice. Ah I reprend-il.

Il est donc vrai que cet esprit subtil

Est pour toujours privé de la lumière!

Dieu soit loué de délivrer ces lieux

Du plu? grand sot qu'on ait vu sous les Cieux!

A ce propos choquant et malhonnête,

Le trépassé lève soudain la tête.

« 0 linsolant, qui vient me quereller

n Après ma mort, dit-il, tout en furie!

« 'Va, si Simplice était encore en vie

« Tu trouverais, coquin, à qui parler!

H.\RDUIN

Almanach des Muses, 1778

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