T,KS FACETIES DE 1»(X1GE
son manteau par un soldat de sa troupe ; Facino ' remarqua que l'homme portait un bon habit et lui demanda s'il l'avait quand il fut volé. Celui-ci ayant répondu affirmativement : — « Va-t-en, répliqua le général, celui que tu accuses de t'avoir volé n'est pas un de mes soldats, car un des miens ne t'aurait pas biissé un aussi bon pourpoint. )>
1-^n ceste Facécie sont repréiiendez et ])lasmez loiis maulvais Capitaines qui soustiennent leurs subjectz en maulvaiseté et excusent ce qu'ils font par aulcunes railleries, en se moquant de ceulx qui sont blessez 2.
Exhorlation cï un Cardinal aux soldats du Pape ■'.
Pendant la guerre qu'il soutenait dans le Picentin contre les ennemis du Pape, et dont il était l'ins-
1. Condottiere, tyran d'Alexandrie, né vers 1300. Son prénom était Bonilace, dont Facino e.st un diminutif. iSa veuve Béatrice de Tenda, épousa Philippe Marie Visconti, qui en l'il8, la fit périr sur 1 éoliafaud, à la suite d'une accusation calomnieuse d'adultère. La vie de Cane se trouve dans la liioçirafia piemoittcsi' de Tenivelli (R).
2. Le Peager Silonus n'a pas tout à lait tant de charité quand il a ôté le manteau, il ote fort bien l'habit et tant ensuite jusqu'à la chemise. Malheur à qui suivant trop scrupuleusement l'iCvangile, ne se revenjie pas à l'enlèvement du juste au corps! {Ri'lh'.iion de l'édition d'Amsterdam, ITIJ).
3. ExhoHatio fardiiialis ad armiqeros ponlificis. Opéra XIX. — Guillaume Tardif. XIX, p. (il, — Noël, 1. p. 31 : II, 17-1!).
LES FAi;ET1ES de l'OGGE 35
tig^itour, le Cardinal d'Espagne étant venu à l'aimée au moment décisif où il fallait vaincre ou être vaincu, ranimait les combattants par de beaux discours. Il leur al'lirmait, par exemple, que ceux qui seraient tués dans Faction, souperaient avec Dieu et les anges; car tous les péchés seraient pardonnes à ceux qui voleraient à la mort. Après
— RisTELHLBER XIX p. 22. — LisEDx, touie I, p. 43. — Recueil (le dirers discouis in-4% p. 38. — B. des Périers, nouv. C ; Des joyeux propos que tenait celuy qu'on menait pendre au tril)et île Monfaucon. Edit. Garnier, p. 2 47. — Etienne: Apo-
"gie, eh. I, § 20; — Tombeau de la mclaucolicie, p. 86 et 237;
— Le Facétieux Réveil-matin. Plaisantes responces que fit un criminel à un P. Confesseur; — D'Ocville, Coules : D'un qu'on menait pendre; — Rogcr-Ihnitemps en belle humeur, p. 73 et 84;
— Le passe-temps açiréablc, 171ô, in-12 p. 331 et 332; — Gal- LiEN DE Salmorenc : Le Biériaire des polilifiues, 1769; — Prior, Poelical Works. The Thief and tlie Cordelier, ballade. — Dart Boeroni": Il Dialoghista ital. Tedesco, 794, p. 210.
Les imitateurs de ce conte, qui sont en grand nombre, ont mis la plaisanterie, tantôt dans la bouche d'un voleur cju'on mène pendre, tantôt dans celle d'un moine qui l'exhorte. ^ oici une imitation en vers, qui est elle-même une traduction d'Owen. poète anglais qui a écrit des épigrammes en latin.
Un moine exhortant un voleur, Qu'incessamment on allait pendre,
— « Que vous allez, dit-il, au ciel avoir d'honneur I
Le souper vous y doit attendre.
— .\h 1 répond le voleur, il ne me convient pas
D'oser prétendre à cette grâce.
Vous pourriez, vous-même, à ma place,
Aller prendre un si bon repas.
Le Passe-temps agréable, p. 331.
Lebru.n a aussi traduit Owen (1719). — Mérard de Saixt- JusT également '1777) et Prior a suivi la même version dans la longue ballade qu'il a faite sur ce conte. — Soureaux contes à rire : L'image de Saint-Sébastien. — Conti da ridere, t. I, p. 141.
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avt/iL employé toutes lesexliorlations que son zèle lui inspirait, le cardinal se retirait du champ de bataille, lorsqu'un de ses soldats, qui l'avait entendu, lui dit : — < Pourquoi ne veux-tu pas venir souper avec nous ? » — < Ce n'est pas encore l'heure de mon diner, répondit-il, je n'ai pas d'appétit. »
Eu C'jste Facécie sont desprisézet blasinéz les lasches Capitaines qui sont ])ien contens et admonestent assez leUiH siihjects d'eulx mettre es dangiers auxquels euxmesiiies ne se vonldroient pas bouter et seroient contens d'avoir le pnniflit et l'iionneui' dont les aullres auroyent eu lu peine, le travail et les dangiers.
Réponse à un Patriarche ^.
Le Patriarche de Jérusalem qui dirigeait toute la (Uiancellerie apostolique, ayant un jour convoqué les avocats pour examiner une certaine cause, fit à plusieurs de sévères reproches. L'un d'eu--, Thomas Biraco, lui répondit assez vertement au nom de tous. Le Patriarche se tournant aJors vers lui, lui dit : — « Tu as une mauvaise tc(e. r, Mais celui-ci, qui avait la riposte prompte
1. rriinrchff ir.^imnsio. Opùra XX; — Noël, I, IVl; II, 20. — l.isEux. lome I, p. 44. —Dvinoctitns ridviis : Malum caput, p. 73.
LES F.VCKTIKS 1)K POGGE 37
et spirituelle, répliqua : — « Vous le dites fort bien et fort justement, on ne peut pas être plus véridi- (jucCar, si j'avais une bonne tête, nos affaires s'en trouveraient mieux; et cette controverse serait inutile. » — « Tu le reconnais donc toi-même, reprit le Patriarche, » — « Ce n'est pas moi, c'est ma tète que j'incrimine «, répartit Biraco, en se moquant du Patriarche qui était à la tête de tous les avocats et que l'on considérait, en effet, comme une tête un peu dure.
XXÎ
Siif le pape Urbain VI '.
Une autre plaisanta de même, légèrement, le pape Irbain VI. 11 discutait, je ne sais à propos de quoi, avec un peu trop de chaleur, le Pape lui dit : — (( Tu es une mauvaise tète. » — « C'est précisément ce que le peuple dit de vous, Saint- Père », répliqua l'autre.
!. De Uili'iiio Poutif>cc xe.rlo. Opéra XXI. — Noël, I, .'53; — Len- ?AM, tome II, n° 1. [). 157; — Liseux, tome I, p. 45.
38 LES FACÉTIES 1)K J'0(i<,E
D' un prêtre gui, an lieu de ses ornements, portait des chapons a son évêque •
Un évêque d'Arezzo, nommé Angelo 2 , que nous avons connu, convoqua un jour ses prêtres cnni cappis et cottis 3 à un synode ; prescrivant à tous ceux qui avaient quelque dignité, d'apporter leurs chappes et leurs aubes. Un prêtre qui ne possédait aucun de ces vêtements, restait chez lui fort ennuyé, ne sachant comment faire. Sa gouvernante le voyant tête basse, l'air songeur, lui demanda la cause de sa peine. Celui-ci lui dit que
1. De sacerdote qui, loco oniaUis, capones episcopo portai. Opéra XXII. — Guillaume Tardif. XX, p. G3. — Noël, I, 33. — RiSTELHUBER, XXII, p, 23. — LiSEUx, toiiie I, p. 40.
'2. M. Angelo de'Fiebindaccii e Ricasoli, évêque de Sera, d'A versa, de Florence, de Faenza, enfin d'Arezzo en 1391 (le soixante-dixième) sous le pontificat de Bonifaco IX; il mourut en l'i03. Scipion Ammirato raconte qu'il renonça solennellement au nom et aux armes des Ricasoli, parce qu'ils avaient été éloignés des fonctions de la République par une sorte d'ostracisme renouvelé des Grecs et se fit appeler de Serapliini, après avoir adopté un écu où l'on voyait deux anges vêtus de blanc et dans l'attitude de la prière, en pointe la liare et en chef les armes de la République de Florence (Uguelli Ilalia sacra, I, 428). R.
3. La chape était le vêtement appelé aussi pluvial parce qu'il fut adopté égalemenl parles prêtres pour se préserver delà pluie I)endant les processions. Colla ne s'applique plus qu'aux vêle-
LES FACETIES HK l'OfiGE 39
c'était parce que l'évêque ordonnait de se rendre au synode cuni rappis et cottis. — « Ehl^icn, mon maître, s'exclama-t-elle, vous ne comprenez pas que l'évêque vous demande d'apporter capponi, cotti, c'est ce qu'il faut lui porter. » Le prêtre suivit le conseil de cette femme, . emporta des chapons cuits et fut bien rec^u par l'évêque qui déclara même en riant, qu'il était le seul de tout le clerg-é qui eut compris le mandement.
En ceste Facécie est montré le vicedeaulcuns Prestres qui niieulx ayinent employer leur revenu à meschantes plaisances et en vanitéz que ilz ne font à quérir ce qui leur est utile et nécessaire selon Testât sacerdotal, ainsi que le Curé qui miculx aymoit nourrir une chambrière que acheter des chappes et vestements sacerdolaulx; ceulx aussi qui sont Prestres ayant bénéfices et cures d'âmes et ne sauraient exposer la teneur d'ung Mandement, non plus que la chambrière du Curé qui exposa cum cappis et cottis « avecques chappons cuitz ». Premièrement sont farcéz les Prélatz que sont négligents a pugnir et corriger les delTaultes et meschancetez pour prendreaulcuns dons, ainsi que l'Évesque Angelot, qui réputa son Curé avoir justement fait son devoir et bien entendu la teneur de son Mandement, et mieulx que tous les aultrcs, pour ce qu'il lui apporta deux chappons.
:iients de femme. Les équivalents donnés par Du Cange •Jiuea, ''(/a, ramisia superanea) ne peuvent pas davantage se traduire ixactement, mais dans la circonstance, colta désigne l'aube ùu le rochet, Cappa el Colla. Le fond de cette facétie est un jiju de mots, un à peu près, comme l'on dit, et même des plus mauvais, qui n'a de sens qu'en italien. Au lieu de Cappa et Colla, chappe el cotte, la servante entend capponi colti, chapons cuits.
iO I.F.S FAGKTIES DK POG(iE
D' un anù qui supporUiit avec peine de se voir préférer bien des gens moins probes el moins instruits ^
Dans la Curie Romaine, c'est presque toujours la faveur qui prédomine tout, et il y a très rarement place pour la vertu et le talent. L'intrigue et l'intérêt du moment dirigent tout, à moins que ce ne soit l'argent qui est lu, vraiment, le Maitre de la Terre. Un de mes amis supportait avec peine de se voir préférer des gens bien au-dessous de lui quant au savoir et à la vertu. Il se plaignait à Angeloto, cardinal de Saint-Marc, de ce qu'on ne tenait aucun compte de ses mérites, de ce qu'on lui préférait des gens qui ne le valaient sous aucun raj)port, et faisait ressortir ses études laborieuses. Le Cardinal, qui était toujours disposé à railler les vices de la Curie, lui dit: — « Ici, la science et l'éducation ne servent à rien. Mais prends courage, et pendant quelque temps tâche de désapprendre ce que tu sais et d'apprendre les vices que tu ignores, tu pourras ainsi compter te faire bien venir du Pape.
1. />(' ainicu gui ;r(irr fiTfhdl niiilids sifii pr.ifcni dach-iita vl prubitatc iiifcriores. 0])ci-a WIIl: — Nokl, 1, 3i; — Liskux, toaie I, j). i^.
LES FACÉTIES OE l'OCKlE 'il
D'une feimnc ]njslcri<iiie '.
Une femme de mon village, que l'on considérait comme frénétique, était conduite par son mari et ses parents vers une autre femme qui passait pour sorcière et sur laquelle on comptait beaucoup pour guérir la malade. Arrivé à un gué de l'Arno, on plaça la femme sur les épaules de l'homme le pius robuste ; aussitôt la voilà qui commence à remuer des fesses comme si elle besoignait et à crier plusieurs fois de toutes ses forces : « Je veux être f...! » Elle faisait ainsi connaître sa maladie. Celui qui la portait fut pris d'un tel rire, qu'il tomba avec elle dans l'eau. Les autres s'exclafèrent pareillement en apprenant de quel mal souffrait la femme et quel remède lui était nécessaire pour guérir. Ils dirent alors au mari : — (' Vois-tu, ta femme n'a pas besoin de meilleur médecin que toi. » — Alors, pendant que ces gens s'en retournaient chez eux, le mari administra le bon remède à son épouse et celle-ci recouvra son bon sens. Il n'y a pas de meilleur remède à la folie des femmes.
1. T)e miiliere freiirtica : Opéra WIV. — Xoel, I, 35; II, .20. — LiSEUx n" XXIV: t. I, p. V.). — Philippi Her.motimi. À(I(h'menla etc ■" De curatione mulieris phrenetira. p. ii^i.
42 LES FACÉTIES I>E l'IMiGE
Su/' les rives du Pô .
Deux femmes, de celles qui servent à soulager la pauvre humanité, allaient en bateau, à Ferrare, on compagnie de gens de la Curie. En voyantpasser les voyageuses, une autre femme qui se trouvait sur la rive du Pô, cria aux hommes : — « Tas d'imbéciles! croyez-vous donc que les putains vont vous manquer à Ferrare? Allez, vous en trouverez certainement phis que d'honnêtes femmes à Venise ! n
VAbbé (le Sept/ /no '-.
L'AbJié de Septimo, homme de forte corpulence et très gras, se rendant un soir, assez tard, à Florence, demanda en route à un paysan s'il pensait (fuil ])ourrait franchir la porte. L'Abbé voulait dire s'il arriverait à la ville avant la fermeture des
1. De tiiulicic supva Paditiii nstaiilc. Opéra, XXV. — Nokl, 1,36. — LiSEux XXV; t. I, p. .SI.
2. Dr abhatc Septimi. Opéra XXVI ; — Guillaume Tardif. De nnçi (jins Àlibé qui, par une réponse à deux ententes fat raillé il'eslre firos.XXI, p. 00. — Noei,, I, .'57; II, 20--21. — Liseux, t. I, p. .53. — De niocritus ridens, p. 24(). — Le Tombeau de la Mélancholie, p. un. — Le Facétieux Uéccil-Mntiu, p. 43. — Conli du liidere, I". II, p. 'il\. — Nouvelle méthode Italieiine de Fort-Iloyal. — The Moriiimi iliroii.'cle. 25 januarv 1707.
LES KACKIIKS DK l'OdGE /l3
portes. Le paysan lui répondit, en se jouant de son embompoint : — « Tiens, une charrette de foin y passe bien, pourquoin'y P'»sseriez-vous pas aussi ! »
En ceste Facécie, par la réponse à deux ententes, fut farce le gros et gras Abbé, qui bien monstroit que le plus de son soulcy n'estoit pas de jeusner à pain et à l'oaue, pour garder sa bonne religion, mais il aymoit niieulx à nourrir son corps qui tant estoit plain et gras et gros, dont le rusticque se railla quant il respondit que l'Abbé passeroit bien la porte de une cité puisque une cliariottée de foin y passoit, combien que en la demande l'Abbé ne l'entendist pas ainsi, mais demandoit s'il pourroit entrer en la porte, c'est-à-dire venir en la Cité avant que les portes fussent fermées, y
D'iif/c fille de\>eniie gi'osse de la ville Constance L
Un illustre évêque d'Angleterre, pour démontrerde quelle liberté on jouissaitpendant le concile de Constance 2, racontait devant une nombreuse assemblée de Prélats, le fait suivant : — « Il eut à
1. Ciris Constantix soror gioiida fada, Opéra, XXVII. — Noël, I, 37; 11, 21-23.— Lenfant, l'oggiana, II. t. II. p. 160.
— RlSTELHUXER II" XIII, p. 2.S. — LiSEUX, XXVII, t. I, p. 53.
De Moulinet: La Vraye hisloive comique de Frattcian, lf)33 Liv.VI.
— Lrasmi apophtefpni, L. 3, p. 173. — Diogen. I^aert : Vita Arislippi. — JoAN. Pannonius : De Syliia (Epi^ramme). — Fabella V Poggia desumpta : Fasciculus spinarum (Milet, t. Il, p. 22.