‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 66 sur 169 · I.KS FACKTIKS l)K l'M(,t;K · texte numérisé non relu

I.KS FACKTIKS l)K l'M(,t;K

aussitôt ses jupons pour couvrir sa tête chauve, découvrit sou cul. l^es passants rirent beaucoup de cette femme, qui, pour éviter une petite honte, commellait une grosse indécence. Ceci s'adresse aux gens qui, pour palier une faute légère, en commettent une beaucoup plus grave.

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llisloii'c (l'uii //i)/iin)c t/ui (i\'((il envoyé des lettres a sa femme et à un négociant '.

Francisco de Ortana, chevalier napolitain à •jui le roi Ladislas avait confié le gouvernement de Pervuse, reçut un jour deux lettres : l'une de sa femme, l'autre d'un marchand Génois, auquel il devait quelque argent, (^elle de sa femme le rappelait à la maison, lui parlait de la fidélité promise, de ses devoirs conjugaux et le priait de rentrer au plus vite. L'autre lui réclamait de l'argent prêté. Au marchand, il répondit naturellement qu'il lui rembourserait bientôt et lui demandait un petit délai. Ouant à sa femme, il lui prodigua de douces paroles et par ses tendresses s'efforçait d'adoucir ses regrets : il lui écrivit qu'il allait

1. l'ucelissima cujusilaiu (jui liltcras usons mcrcaloritiue iniserat. Op.Ta CXXIX. — NoKL I, 145; H, l.'ÎO. — (Iuili.aume Tardif LXXVI, p. 20X. — Lknpant, Pof/r/ja/m, t. II. — Ristelhubkr LX, p. Kti. — LisEOX CXXIX, t. Il, p. 30.

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bientôt partir, qu'il ferait son possible pour la dédommager des plaisirs perdus, et comme il était tout aussi amoureux qu'elle, il ne se gêna pas pour employer des expressions assez lestes; il lui disait, par exemple, en terminant qu'il la baiserait et rebaiserait de toutes les façons. En mettant les suscriptions de ses lettres, il adressa au marchand celle qu'il écrivait à sa femme, et à sa femme celle qui était pour le marchand. La femme, quand elle reçut cette missive fut bien étonnée de n'y pas lire un mot de réponse à ce c^u'elle demandait. Le Génois lut et relut la sienne, n'y trouvant que des bêtises, des histoires de femmes, la principale chose était qu'il allait revenir, qu'il se promettait de bien faire l'amour et un tas de facéties de ce genre. Le marchand crut à une farce, se rendit chez le roi, montra la lettre en se plaignant qu'on lui promit de l'amour en remboursement de ses écus, criant bien fort qu'il avait été assez foutu dedans le jour où il avait prêté son argent. Tout le monde s'esclafa de rire, mais ce fut bien pis encore cjuand on apprit cj[ue les doux lettres s'étaient trompées d'adresse.

En ceste Facécii' n'y a [Miiiit do sen^ moral, mais y esl monslrc, comme mig- homme ({ui fait lettres missives contenantes diverses choses, qnaut il en a commencé une, il doit achever de tout poinlz, au devant de faire les aulti-es, ou y prendre si bien garde qu'il n'en soif pointdéceu ainsi que Françoys,qui signa les lettres du marchand pour bailler à sa fenmie, et ]iar opposite celles do sa f(.Miimc pouibailler au marchand.

Histoife d' un homme qui grondait souvent sa femme '.

Un de mes confrères nommé Dante avait une femme qui passait pour légère. Souvent, ses amis l'ayant engagé à veiller à l'honneur de sa maison, il faisait à sa femme de vifs reproches. Celle-ci protestait de son honnêteté à grand renfort de larmes et de serments, et disait que ces histoires étaient le fait des mauvaises langues, de gens qui voulaient brouiller leur ménage. Ces belles paroles et d'autres du même genre persuadèrent le mari, et comme ses amis continuaient à accuser sa femme, il leur dit : — « Holà ! ne me cassez plus la tête à ce sujet, si elle pêche, pouvez-vous le savoir mieux qu'elle ?. » Les amis déclarèrent que cela leur était impossible — (< Eh bien! reprit le mari, elle affirme que vous mentez, et j'ai plus de confiance en elle qu'en vous. »

1. Fabula Datitis qui sœpius uxoretn suain incveiiubul. Opéra CXXXIX. — Noël I, \'u; II, I3!J. Poq<iiana, t. II. p. 173. — LisBcx CXXX, t. II, p. 33.

Testament cTiin vicllard eu faveur (F une femme '.

Pietro Massini, notre concitoyen, était d'un esprit fort caustique ; vieux, et tout proche de son dernier jour, il fit son testament par lequel il ne laisait rien de plus à sa femme que sa dot. Celle-ci, fort mécontente, se plaignit amèrement à son mari de ce qu'il ne lui laissait rien, et comme elle le suppliait en pleurant abondamment de lui assurer ses vieux jours, le moribond lui dit : — « Faites venir le notaire et les témoins, pour que je teste en faveur de ma femme. « Ceux-ci n'ayant point tardé à venir, il dit aux témoins, en disignant sa femme. — « Voyez-vous, cette femme, elle me fend la tète pour que je lui laisse quelque chose. Eh bien ! uni([uement pour faire comme tout le monde, je veux bien céder, et je vous prends à témoin que je lui laisse le pertuis le plus infecte et le plus large qui soit de toutes les femmes de cette ville. » Et tout le monde de s'en aller sur ces mots.

1. Tcstatia cujusdam senis faclœ u.coris. Opéra GXL. — Noël 1, l'i8; II, l;W. — LisEux CXL, t. II, p. 3i. — Beuoald de Verville: Moyen de parionir. — Le Facétieux Rneil matin, p. 341. — Lazzauekli ua Guubio l.Li Cicccidc, I. i)art. sonetto l'27; 11 testamenla dcH' aulore.

en éclatant do rire, laissant la pauvre feniiue honteuse et désappointée.

Eli cette Facécio est monstre une puniliuu que les inaiilvaises femmes ont aulcunes foj-s de leurs niarys quant elles se sont mal gouvernées et que leurs marys les ont mal corrig-ées. Et en la fin, ilz les égênent et privent de tous leurs l>iens, fors de ce que par contraincte elles doyvent avoir; encore, si leurs marys leur pouvoyent osier vulentiers le ferovent.

De i(( fenime ([iii demande remède a un p l'être -.

Zuccaro, le meilleur compagnon qui se puisse rencontrer, racontait souvent qu'une de ses voisines dont labeauté n'était pas à dédaigner, restant stérile, demanda, à mainte reprise, à son confesseur s'il ne connaissait pas un remède pour avoir des enfants, (^elui-ci lui répondit enfin affirmativement, et lui dit de le venir trouver un jeudi, jour propice à la chose. Lorsque cette femme, qui mourait d'envie d'avoir des enfants, fut chez le prêtre, celui-ci lui dit : — « Je vais employer un charme qui fait

1. Narralio (iiiwdam/iicltari de vtullierepresbijlero mcdelam quœ~ renie. Opéra CXLt. — Noël I, liiJ; II, IJO. — Goillaume Tardif : De la femnKj qui se conseille de ung confesseur pour avoir des enfans, LXXVIII, p. ^l'i. — Liseux CXLI, t. II, p. 30.

Bernard de p,a Monnoye : Maffia ^Saluralis.

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que l'on croit réelles des choses qui ne sont absolument que des illusions. Armez-vous donc de patience et de courage. Vous croirez que je vous caresse, que je vous baise et vous embrasse, et que môme, j'agis comme votre mari dans l'intimité la plus grande. Il n'en sera rien cependant, mais cela vous paraîtra réellement être ainsi par la puissance des paroles magiques. » La femme, se fiant au compère, accepta en disant qu'elle ne serait point troublée par ses sorcelleries. Le prêtre, après avoir fait mille passes cabalistiques et murmuré des mots mystérieux à l'oreille de la femme, finit en l'embrassant, parla jeter sur le lit, et comme celle-ci toute tremblante lui demandait ce qu'il faisait, le compère répondit : — « Est-ce que je ne vous avais pas prévenu d'avance que vous prendriez des illusions pour des réalités. » Il fit, par deux fois, subir à la pauvre crédule l'opération magique, en lui persuadant que ce n'était qu'illusion ; et celle-ci rentra chez elle persuadée qu'elle avait rêvé.

En ceste Facécie est monstre une fulace, par laquelle sont déceuz moins simples gens, quant ilz vont quérir conseil à quelque ung à ([ui ilz ont conlidence, et celluy par persuasions et donner faux à i-ntendre le droit, ainsi comme le prestre qui deçeut la fille de confession, laquelle, de la simplesse et imbécilité, en bonne confidence s'en allait conseiller à luy, afin que il luy donnast enseignement pour avoir des enfans; soubz umbre de bien la conseiller, il la decepvoit en luy faisant croire tout le contraire que c'estoit vray.

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