‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 83 sur 169 · X. Journal de Paris · texte numérisé non relu

X. Journal de Paris

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Du fils (Vun Prince, muet par ordre de son père a cause de sa méchante langue

\ n jeune homme, fils d'un prince d'Espagne, avait une langue tellement méchante, tellement enfiélée et c[ui lui avait attiré de nombreuses haines, que son père lui ordonna de garder un perpétuel silence, auquel le jeune hommese soumit. Sur ces entrefaites, ayant été conviés tous deux à un festin donné par le roi et auquel la reine assistait, le jeune homme absolument muet servit fort adroitement son père. La Reine (qui était impudique) crût qu'il était réellement sourd-muet: pensant en tirer profit, elle jiria le père de lui accorder son fils pour son service personnel. L'ayant obtenu, elle l'employa à ses affaires les plus secrètes, de sorte qu'il fut souvent témoin de son inconduite. Au bout de deux ans. le père se trouva dans un semblable festin pendant lequel le fils du prince servit la Reine. Le Roi, qui avait vu fréquemment le jeune homme que tout le monde croyait sourd-muet, demanda au père si son fils était sourd-muet de naissance ou par acci-

l)r filio principi mulo. j}i.ssu palris. proplcr Unçjuam inaledican) . Opéra CXCV. — Nokl, I. 202. — Ristelhuber, p. 115. — LiSEt x p. ll'i.

LES FACETfES DE P0(;(;E

dent. Le père répondit que ce n'était ni l'un ni l'autre, mais bien par ordre, à cause de sa mauvaise lan.eue. Le roi demanda alors que la parole lui fut rendue. Le père résista très lon,^temps. disant qu'il redoutait un scandale, mais le roi ayant insisté, le père finit par ordonner à son lils de parler si cela lui faisait plaisir. Aussitôt, se tournant vers le roi, le jeune homme lui dit : — (( Vous avez une femme plus effrontée, plus impudique que la dernière des putains. » Le Roi l'empêcha de parler davantage. 11 arrive que des gens qui ont rarement l'occasion de parler, ne peuvent cependant pas s'empêcher de mal parler.

CXGIV

Histoire cViin liiteiir ^ .

Daccono degli Ardinghelli, citoyen de Florence, ayant été nommé tuteur, administra longtemps la fortune de son pupille, finalement la dilapida par ses excès dans le boire et le manger. Lorsque le moment de rendre compte de sa gestion fut arrivé, le juge l'invita à présenter ses livres d'entrée et de sortie; ce sont les termes d'usace.

I. Cujusd'iin luldris fnrliini. 0[»era l'.t^i. — Xoel I, Jlt'i; II, iS8. — LiSKUX, t. II, p. IKi. — NitqdTCiinli'x : Di>quo(laai belltione, p. 83. — MoM:mcs Delicio' poëlarutn (iaUornm : Tutor.

LES FACETIKS DE l'<i(i(;E

Daccono, montrant alors sa bouche et son cul, dit : — « Je n'ai pas d'autres livres, voici pour rentrée, voilà pour la sortie. »

CXGV

Diui Frère (jiii abusa tV une femme par le moyen d'une ruse malicieuse

Certain Frère mendiant avait jeté les yeux sur une jeune commère fort appétissante, et se mourait damour pour elle. Comme il n'osait pas lui faire de proposition déshonnête, il imagina une ruse pour arriver à ses fins. Pendant plusieurs jours, il s'enveloppa l'index de linge et fit mine de souffrir atrocement. Voyant qu'il souffrait depuis si longtemps, la commère lui demanda s'il avait essayé des remèdes : — « Beaucoup, lui répondit le frère, mais rien n'y fait; il y en a un cependant qu'un médecin ma indiqué, mais il est de telle nature que je ne puis en user et qu'on ne peut y penser sans rougir. Là femme l'ayant engagé à parler sans crainte, puisqu'il s'agissait de soulager un tel mal, le frère lui dit avec un air pudibond (]u'il lui faudrait se faire couper le doigt s'il

De Fratre qui coijnovU commatrem malitia facéla. Opéra CXCV. — NoiiL, CXCIV-I.205. — Liseux, GXCV. T. II, p. 119.— Cent Nouvelles nourelles, nouv. XCV : Le doigt du moine guéri, p. W>, édit. Garnier. — Gkkcourt, Contes : I.e mal d'aventure. — Ln Massera (jrala, faille vénitienne, 17'.i'i.

îc/iO LES FA<;KTIKS Dr. l'OCdE

ne pouvait l'introduire et le maintenir quelque temps dans certain pertuis secret, pour que la chaleur fasse mûrir l'abcès, mais que par pudeur il n'oserait jamais faire pareille demande à une femme. La commère, mue de compassion, s'offrit pour l'opération. Le frère lui dit (jue, par pudeur, il voulait (|ue cela se fit en un lieu obscur, car il n'oserait jamais en plein jour, profiter d'un tel service. La commère n'y voyant aucun mal y consentit. Etant donc entré en un lieu sombre et la femme s'étant couchée, le frère introduisit dans ledit pertuis, le doigt de sa main, d'abord, puis il lui substitua celui de Priape ; cela fait, il s'écria : — « L'abcès est crevé, il a jeté son pus. » Et voilà comment le doigt fut guéri.

Plaisdiilcii'e à propos cCun caidinal grec portant une longue harhe^ .

Un cardinal romain, Anpelotto, personnage très jovial, voyant un cardinal grec - venir à

1. Faci'lhsimum \ni\v\()Hi dictum de Cardinale qraco harlialn. Opéra CXCV. — Noël I. 20(i: II, isn. — RisTRi.iitMm LXXXV,

p. Wtl— LiSEUX, t. il, p. M'.). — l.HNFANT. t. II, LXXVI.p. *230. — R(t(jev Jioiiteinps m hcllc hnnwur : Plaisante réponse d'une villageoise, p. 381. — Le Passe-leinps atiréablc, p. '^12.

2. Le cardinal Bessarion. Né à Trebizonde en 1389. En U.i'J, le pape Eu^t'ne I\' le cn'-a cardinal-])rrtrc du titre des Saints

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