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ORPH ISE, ERASTE, LA MONTAGNE

ORPHISE

VOstre front à mes yeux monstre peu d'allégresse. Seroit-ce ma présence, Eraste, qui vous blesse ? Qu'est-ce donc? qu'auez-vous? et sur quels déplaisirs. Lorsque vous me voyez, poussez-vous des soupirs?

ERASTE

Helas, pouuez-vous bien me demander, cruelle, Ce qui fait de mon coeur la tristesse mortelle r Et d'vn esprit méchant n'est-ce pas vn effet, Que feindre dMgnorer ce que vous m'auez fait? Celuy dont l'entretien vous a fait, à ma veu£, Passer...

ORPHISE riant.

C'est de cela, que vostre ame est esmeu£ ?

34 LES FASGHEVX,

ERASTE

Insultez inhumaine, encor à mon mailieur.

Allez, il vous sied mal de railler ma douleur; Et d^abuser, ingrate, à maltraiter ma flâme, Du foible, quepour vous, vous sçauez, qu'a mon ame.

ORPHISE

Certes il en fout rire, et confesser icy.

Que vous estes bien fou, de vous troubler ainsi.

L'homme, dont vous parlez, loin qu'il puisse me plaire,

Est vn homme Fâcheux dont i'ay sceu me defiûre ;

Vn de ces importuns, et sots officieux.

Qui ne sçauroient souffrir qu*on soit seule en des lieux;

Et viennent aussi-tost, auec vn doux langage.

Vous donner vne main, contre qui l'on enrage.

I'ay feint de m*en aller, pour cacher mon dessein ;

Et, iusqu*à mon carosse, il m'a preste la main.

le m'en suis promptement défaite de la sorte^

Et i'ay pour vous trouuer, rentré par l'autre porte.

ERASTE

A vos discours, Orphise, adiousteray-ie foy?

Et vostre cœur est-il tout sincère pour moy ?

ORPHISE

le vous trouue fort bon, de tenir ces paroles; Quand ie me iustifie à vos plaintes friuoles. le suis bien simple encor, et ma sotte bonté,..

ERASTE

Ah ne vous faschez pas, trop seuere beauté.

le veux croire en aueugle, estant sou8 vostre empire, Tout ce que vous aurez la bonté de me dire.

Trompez, si vous voulez, vn malheureux Amant ; Pauray pour vous xfspect^ jusques.au monumeot. Nlaïtraitez mon amour, refusez-mov le vostre; Exposez à mes yeux le triomphe d vn autre, Ouy ie souffriray tout de vos diuins appas, Ten mourray, mais enfin ie ne m'en plaindray pas.

ORPHISE

Quand de tels sentimens régneront dans vostre ame, le sçauray de ma part...

KSà

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