VJ NOTICE
princes et Télitc de la cour. Le roi firriva au château de Vaux le 17 avril 1661, deux jours après Molière, et ne partit que dans la nuit suivante à deux heures du matin. Fouquet avait cédé aux comédiens une partie de son parc, transformée pour la circonstance en un théâtre d'été, où l'on avait prodigué les féeries du luxe et de la machination. Jamais la pièce ne fut représentée depuis avec cette splendeur. Molière parut d'abord sur la scène dans son costume de ville, et, s'adressant au roi, s'excusa de ne pouvoir lui donner le spectacle qu'il attendait , ayant manqué de temps et d'artistes pour composer son divertissement. Tout à coup, au milieu de quantité de jets d'eau naturels, Madeleine Béjart, encore jolie malgré ses quarante -trois ans, sortit d'une coquille sous les traits d'une naïade et récita le pompeux monologue composé par Pellisson. II reste un admirable récit de cette première scène envoyé à Maucroix par La Fontaine, qui jouissait de grandes libertés, en compagnie de Pellisson, à la cour de Fouquet :
D*ahord aux yeux de rassemblée Parut un rocher si bienfait.
Qu'on le crut rocher en effet; Mais insensiblement, se changeant en coquitle. Il en sortit une nymphe gentille,
Molière n^avait pas eu de peine à choisir le sujet qui pouvait le mieux plaire à son protec-
NOTICE. Vlj
teur. Cest dans les antichambres des financiers qu'il fallait aller étudier les solliciteurs de toute classe, les donneurs d'avis et fournisseurs de projets, faiseurs
De ces chimères vaines Dont les surintendans ont les oreilles pleines.
Jamais particulier richissime n'a été entouré de plus hauts et bas mendiants que Fouquet.
Pour se faire une idée des convoitises sans cesse en éveil autour de lui, il suffit de dire que la maison de Vaux, en temps ordinaire, roulait sur une domesticité d'environ six cents personnes.
Si Molière n'a pas été inspiré par Fouquet, il a puisé sûrement ses idées dans la vie en poste de son nouveau Mécène.
Autrement, lui qui devait posséder dans ses cartons une quantité de pièces achevées et de scénarios, il n'aurait eu qu'à choisir le premier venu parmi ceux qui se seraient le mieux appropriés à la magnificence du spectacle pro* jeté. Au lieu de cela nous le voyons obligé de parfaire son œuvre nouvelle dans le court délai mis à sa disposition. La comédie, il prend soin de nous le dire, a été conçue, écrite, apprise et représentée en quinze jours.
Désireux de faire contribuer tous les premiers artistes à l'éclat de l'accueil royal, Fouquet im-
Vllj NOTICE.
posa à Molière uiie foule de collaborateurs. Il fut secondé pour les ballets par Beauchamp , maître à danser de L.x>uîs XIV, pour les décors par Lebrun,
Dont on admire et Vesprit et la main *,
pour les machines par Torelli,
Magicien expert et faiseur de miracles*^
pour le prologue par Pellisson".
Louis XIV passe pour avoir indiqué à Molière un type oublié de sa galerie : celui du chasseur. Dorante ne figurait pas sur la scène de Vaux. Ce rôle fut intercalé dans la pièce à la représentation donnée à Fontainebleau le 27 août, et le roi aurait signalé comme modèle à Molière le marquis de Soyecourt*. ' ^ ' ' ' • ^'