‹ Les fâcheuxChapitre 28 sur 31 · LA RIVIERE · texte numérisé non relu

LA RIVIERE

Qu'entens-ie à ces gens-là dire de nostre Maistre ? Approchons doucement, sans nous faire connoistre

DAMIS

Mais auant qu'il ait lieu d*acheuer son dessein, Il faut, de mille coups, percer son traistre sein. Va-t'en faire venir ceux que ie viens de dire, Pour les mettre en embûche aux lieux que ie désire; Afin, qu'au nom d'Eraste, on soit prest à vanger Mon honneur, que ses feux ont l'orgueil d'outrager ; A rompre vn rendez-vous, qui dans ce lieu l'appelle, Et noyer dans son sang sa fiame criminelle.

LA RIVIERE V attaquant auec ses

compagnons,

Auant qu'à tes fureurs on puisse l'immoler, Traistre tu trouueras en nous à qui parler.

ERASTE mettant Vespée à la main.

Bien qu'il m'ait voulu perdre^ vn point d'honneur me

presse De secourir icy l'oncle de ma Maistresse.

le suis à vous, Monsieur.

DAMIS après leur fuite.

O Ciel, par quel secours, D'vn trépas asseuré vois-ie sauuer mes iours ! A qui suis*ie obligé d'vn si rare seruice ?

ERASTE

le n'ay fait, vous seruant, qu'vn acte de iustice

DAMIS

Ciel ! puU-ie à mon oreille adjouster quelque. foy? E8t-ce la main d*Eraste...

ERÂSTE.

Ouy, ouy. Monsieur, c'est moy.

Trop heureux, que ma main vous ait tiré de peine. Trop malheureux d^auoir mérité vostre haine«

DAMIS

Qjuoy celuy, dont i'auois résolu le trépas,

Est celuy, qui pour moy, vient d^employer son bras?

Ah! c*en est trop, mon cœur est contraint de se rendre;

Et quoy que vostre amour, ce soir, ait pu prétendre,

Ce trait si surprenant de générosité,

Doit étoufer en moy toute animosité.

le rougis de ma faute, et blasme mon caprice.

Ma hayne, trop long-temps, vous a fait intustice,

Et pour la condamner par vn éclat fameux,

le vous ioins, dés ce soir, à Tobjet de vos veux.

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