‹ Les fâcheuxChapitre 5 sur 31 · X NOTICE · texte numérisé non relu

X NOTICE

fait arec tant de facilité , ni si proroptement. y N'est-ce pas le comble de l'adresse que de se faire souffler par Louis XIV le type du chasseur fâcheux, au moment où il avoue que s'il n*a pas mis en scène toutes les espèces de fâcheux, il ne lui en faut pas tenir rigueur? Il sait que le nombre en est grand et à la cour et à la ville. Il eût pu en découvrir nombre de types originaux^ en composer une comédie en cinq actes bien fournis, et avoir encore de la matière de reste.

Molière avait accepté tant de collaborateurs qu'il pouvait sans sacrifice céder à Louis XIV une part de sa gloire. N*en aurait-il pas consenti de bien plus grands pour faire oublier ses relations avec le surintendant? Pellisson, auteur de la première scène, où pourtant il avait fait parler la Naïade comme le plus empressé des courtisans, détenu à la Bastille à Theure même où Molière s'adressait au roi, ne payait-il pas chèrement la dette de l'amitié ?

On attribue, sur des mémoires qui peuvent être discutés, un autre collaborateur à Molière. Ce serait Chapelle, auquel, faute de temps, il aurait demandé la scène de Caritidès. On ajoute que celle-ci fut si mal écrite que Molière dut la refaire entièrement, et qu'il en résulta une brouille entre les deux auteurs. Cette anecdote^ bien souvent et longuement racontée, doit être rangée au nombre des moins certaines de la vie de Molière.

NOTJCf. X]

Molière s*est pfUKÎpalement inspiré dans les Fâcheux de plusieurs satires de Régnier et de ScarroB' Régnier priait Dieu

QuHl nous garde en ce bas monde icy De faim f d*un importun, de froid et de soucy.

Quant à Scarron, voué à la solitude par son esprit chagrin et les maux cuisants qu'il endurait, on sait que rien ne lui pesait plus que les a fascheux ». C'était une curiosité, ce fier podagre. 11 était de mauvais ton de quitter Paris sans l'avoir vu; aussi fournit-il à Molière les meilleurs traits de ses tableaux. Sa haine était si intense! Il se plaint vivement :

De ceux qui font d^éiernelles redites.

De ceux qui font de trop longues visites.

Un des passages les plus saillants des i^jc^ei/je* est celui qui se rapporte aux efforts tentés par Molière pour combattre la manie du dueP. Il ne nous importe que le poète obéît encore au roi dans cette circonstance, le fait est que peu de préjugés furent attaqués par lui avec plus de persistance et de courage. Nous aurons l'occasion de citer des temps peu connus de sa' vie

I. L'allusion d'Éraste aux lois sur les duels dut être aisément saisie par Soyecourt, qui s'était trouvé mêlé à bon nombre d*affaires d'honneur.

Xlj NOTICE.

OÙ il fat témoin de duels dont le résultat dut Tafifecter profondément.

Nous n'avons pas le texte de la pièce telle qu'elle fut jouée chez Fouquet. Il est difficile, d'admettre que Molière n'ait point ajouté ou retranché différents passages lors de la représentation sur le théâtre du Palais-Royal. Il nous semble voir une intercalation de ce genre dans quatre vers de la tirade d'Éraste :

H sait faire obéir les plus grands de VÉtat^ Et je trouve quUl fait en digne potentat, Qjtand il faut le servir, fai du cœur pour le faire. Mais je ne nCen sens point quand il faut lui déplaire.

De ce que Molière avait accepté le concours de Louis XIV, et sans doute celui du grand veneur, on en conclut, aussitôt après la mise en vente de sa pièce, qu'il ne travaillait que sur de prétendus mémoires que lui envoyaient les gens de cour. Cette idée singulière de l'auteur des Nouvelles nouvelles est basée sur le grand nombre d'originaux copiés dans les Fâcheux, Il lui paraît impossible qu'un même homme puisse reproduire tant de gens au naturel, et que des caractères différents « si bien touchés et si bien finis » puissent être peints par une même main. Cette critique, qui veut être méchante, n'est que sotte et injuste et tourne à la gloire du comique inimitable.

Un fâcheux que Molière ajouta le dernier à sa

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galerie est celui qui figure dans Thommage au roi : « le fâcheux faiseur de dédicaces », parasite particulier au XVII* siècle, et le plus insupportable pour les manieurs d'argent. Ce trait, que Molière avait dû réserver pour sa lettre à Fouquet, aurait eu en effet plus de sel adressé au surintendant, celui-ci étant sans défense contre les quémandeurs, tandis que pour solliciter le roi il fallait suivre toute une procédure et courir la chance de se voir rebuté.

Comme compensation à ses ennuis lors de la chute de Fouquet, Molière attendait la naissance du Dauphin, prévue par lui dans ï École des MU" ris. Cet événement, qui se produisit le i®' novembre, rendit un grand service aux comédiens. Us purent donner, sans provoquer Tattention, la première représentation des Fâcheux, Celleci eut lieu le 4 novembre, avec un très-grand succès. La pièce, rendue célèbre par le coup d'État qui Pavait suivie , fut jouée dans sa nouveauté quarante-cinq fois consécutives (théâtre du Palais-Royal).

Recherchons les noms des interprètes. Au château de Vaux, comme on le voit dans l'avertissement, ce furent d'abord Molière et celle qui devint peu après sa belle-sœur*. Ils reparurent ensuite dans la pièce. Madeleine joua Orphise, et Molière, à ce qu'on croit, se multiplia sous

I. Le msriage de Molière fut célébré le 20 février 1662, dtuJi jours après rimpression des Fâcheux^

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