‹ Les fâcheuxChapitre 9 sur 31 · L B. P. MOLIERE · texte numérisé non relu

L B. P. MOLIERE

Amais entreprise au Théâtre ne fut si précipitée que celle-cy; et c'est vne chose, ie croy, toute nouuelle, qu'vne Comédie ait esté conceuë, faite, apprise et représentée en quinze iours.

le ne dis pas cela pour me piquer de Vimpromptu^el en prétendre de la gloire; mais seulement pour preuenir certaines gens,qui pourroient trouuer à redire, que ie n'aye pas mis icy toutes les espèces de Fâcheux, qui se trouuent.

le sçay que le nombre en est grand, et à la Cour, et dans la Ville, et que sans Episodes, l'eusse bien pu en composer vne Comédie dé cinq Actes bien fournis, et auoir encor de la matière de reste. Mais dans le peu de temps qui me fut donné, il m'estoit impossible

de faire vn grand dessein, et de resver beaucoup sur le choix de mes Personnages, et sur la disposition de mon sujet. le me réduisis donc à ne toucher quVn petit nombre dlmportuns; et ie pris ceux qui s'offrirent d'abord à mon esprit, et que ie creus les plus propres à réjoiiir les augustes personnes deuant qui i'auois à paroistre; et pour lier promptement toutes ces choses ensemble, ie me seruis du premier nœud que ie pus trouuer. Ce n'est pas mon dessein d'examiner maintenant si tout cela pouuoit estre mieux, et si tous ceux qui s'y sont diuertis ont ry selon les règles :

Le temps viendra de faire imprimer mes remarques sur les Pièces que i'auray faites ; et ie ne désespère pas de faire voir vn iour, en grand Autheur, que ie puis citer Aristote, et Horace. En attendant cet examen, qui peut -estre ne viendra point, ie m'en remets assez aux décisions de la multitude; et ie tiens aussi difficile de combattre vn Ouurage

que le public approuue, que d'en deffendre vn qu'il condamne.

Il n'y a personne qui ne sçache pour quelle réjouissance la Pièce fut composée , et cette feste a fait vn tel éclat, qu'il n'est pas nécessaire d'en parler; mais il ne sera pas hors de propos de dire deux paroles des ornemens qu'on a meslez auec la Comédie.

Le dessein estoit de donner vn Ballet aussi; et comme il n'y auoit qu'vn petit nombre choisi de Danceurs excellens, on fut contraint de séparer les Entrées de ce Ballet, et l'auis fut de les jetter dans les Entre-Actes de la Comédie, afin que ces interualles donnassent temps aux mesmes Baladins de reuenir sous d'autres habits. De sorte que pour ne point rompre aussi le fil de la Pièce, par ces manières d'intermèdes, on s'auisa de les coudre au sujet du mieux que l'on put, et de ne faire qu' vne seule chose du Ballet, et de la Comédie :

mais comme le temps estoit fort preci-

pité, et que tout cela ne fut pas réglé entièrement par vne mesme teste , on trouuera peut-estre quelques endroits du Ballet, qui n'entrent pas dans la Comédie aussi naturellement que d'autres. Quoy qu'il en soit, c'est vn meslange qui est nouueau pour nos Théâtres, et dont on pourroit chercher quelques authoritez dans l'Antiquité; et comme tout le Monde Ta trouué agréable, il peut seruir d'idée à d'autres choses, qui pourroient estre méditées auecplus de loisir.

D'abord que la toille fut levée, vn des Acteurs, comme vous pourriez dire moy, parut sur le Théâtre en habit de Ville, et s'adressant au Roy auec le visage d'vn homme surpris, fit des excuses en desordre sur ce qu'il se trouuoit là seul, et manquoit de temps, et d'Acteurs pour donner à sa Majesté le diuertissement qu'elle sembloit attendre. En mesme temps, au milieu de vingt jets d'eau naturels, s'ouurit cette

coquille, que tout le monde a veuë; et Tagreable Nayade qui parut dedans s'auança au bord du Théâtre , et d Vn air héroïque prononça les Vers , que Monsieur Pelisson auoit faits, et qui seruent de Prologue.

PROLOGVE.

POur voir en ces beaux lieux le plus grand Roy du Mom Mortels ie viens à vous de ma grotte profonde. Faut-il en sa faueur, que la Terre ou que VEau Produisent à vos yeux vn spectacle nouueau?

Q}Cil parle f çu quUlsouhaitte : Il n^est rien d'impossible: Luy~mesme n*est-H pas vn miracle visible?

Son règne si fertile en miracles diuers, I>Pen demande-t-il pas à tout cet Vniuers?

leune, Victorieux^ Sage, Vaillant, Auguste, Aussi doux que seuere, aussi puissant que iuste^ Reigler, et ses Estats, et ses propres désirs, Joindre aux nobles trauaux les plus nobles plaisirs. En ses iustes projects iamais ne se méprendre, Agir incessamment, tout voir, et tout entendre ; Qui peut cela, peut tout ; il na qu^à tout oser; Et le Ciel à ses vœux ne peut rien refuser.

Ces Termes marcheront, et si Louis Vordonne Ces Arbres parleront mieux que ceux de Dodone, Hostesses de leurs troncs, moindres Diuiniteiç, C^est Louis qui le veut, sortes Nymphes, sorte:^ ; le vous monstre Vexemple, il s^agit de luy plaire^ Qjiittex powr quelque temps vostre forme ordinaire^ Et paroissons ensemble aux yeux des spectateurs. Pour ce nouueau Théâtre, autant de vrais Acteurs.

Vous, Soin de ses sujets, sa plus charmante estude^ Pfusieor»

Héroïque soucy, Royale inquiétude, ^m*J^w

Laissej^'le respirer, et souffre^ qu^vn moment de IPaanes

Son grand cœur s* abandonne au diuertissement : res. Portent

Vous le verre3[ demain .d'vne force nouuelle des Arbres

Sous le fardeau pénible, où vostre voix V appelle, mcsf* ^^

Faire obéir les Loix, partager les bien- faits,

Par ses propres conseils preuenir nos souhaits,

Maintenir VVniuers dans vne paix profonde.

Et s*oster le repos pour le donner au monde,

Qu*aujourd'huy tout luy plaise, et semble consentir

A Vvnique dessein de le bien diuertir.

Fascheux retirez-vous ; ou sHl faut quHl vous voye,

Que ce soit seulement pour exciter sa ioye.

La Nayade emmenne auec elle pour la Comédie, vne partie des gens qu'elle a fait paroistre, pendant que le reste se met à danser au son des Haut-bois^ qui se ioignent aux Violons.

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