LUTHIERS — E. GAND
Gand était un des plus célèbres luthiers modernes et jouissait d'une très grande réputation dans le monde musical de sa patrie. C'était un expert éminent pour les instruments anciens et son avis faisait autorité en la matière.
C'est à juste titre que Ton avait recours à ses lumières, car la sûreté de son jugement, la droiture de son caractère en firent le juge le plus autorisé, et ce n'est pas trop dire que presque tous les instruments anciens ont été soumis à son appréciation, et qu'il savait en indiquer Fauteur à première vue. C'était assurément un sympathique, qui sut conquérir l'estime de tous. On a dit autour de sa tombe quels furent son désintéressement, sa probité, sa générosité, sa courtoisie, sa modestie et son dévouement dans les fonctions honorifiques qu'il occupa, soit à l'Association des artistes musiciens dont il était un des vice-présidents, soit à la chambre syndicale des facteurs d'instruments de musique. Depuis que le Conservatoire a cessé d'offrir des instruments aux lauréats, c'était une tradition dans la maison Gand et Berxardel, que de faire don aux premiers prix de violon et de violoncelle, d'un instrument à leur choix; tradition que n'a pas abandonnée le titulaire actuel M. G. Bernardel. Si l'on considère qu'il n'est pas sorti d'instruments portant l'étiquette Gand .et Bernardel sans qu'il ait été contrôlé ou terminé par E. Gand, on jugera de l'imporlftice de son œuvre. De 1866 à sa mort, 1.506 violons lui sont passés par les mains, le dernier a été fini le 14 août 1891; les
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violoncelles sont au noinbro do 460 cl les altos de 190. Le Monde musical kïï^ du 25 mars 1892) a fixé à 1)9 le nombre des violoncelles; il y a évidemment eu erreur puisqu'il exisle dans les classes du Conservatoire un de ces instruments, daté de 1879 portant le n"* 375. Aujourd'hui c'est à vM. Gustave Bernardel qu'Incombe la direction de la maison. Initié de longue date à ses travaux auxquels il a pris, depuis 1866, une part importante, nul doute qu'il ne soulienne dignement la haute réputation qui lui est léguée.
Gomme la précédente, la maison fondée par J.-B. Henry, prend son origine au xviiie siècle et nous conduit jusqu'au temps présent ; mais beaucoup plus modeste a été son rôle. Après avoir travaillé dans l'abbaye Si-Martin (nous avons vu un violon daté de 1781), ce luthier ouvrit en 1788 un petit atelier rue St-Martin où il existe encore. Il le dirigea jusqu'en 1831, année de sa mort. Sou second fils Charles, dit Carolus^ né en 1803, lui succéda et s'acquit une plus grande notoriété. En 1847, il fil un baryton sonnant à loctave grave du violon, qu'il présenta, ainsi que ses successeurs, aux diverses expositions *. A celle de 1849, C. Henuy eut un violon placé au 3^ rang et reçut une médaille de bronze, en 1855 il eut une médaille de 2^ classe. Il décéda en 1859, un an après son frère aîné J.-B, Félix (né en 1793), qui s'était établi
* Dubois, ancien contrebassiste de l'opéra a fait un instrument analogue qu'il nomma violon-ténor et qui se jouait comme lé violoncelle. Le baryton de IÎenry se joue comme le violo».
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successivement à Paris (1817), Bordeaux (1822), Marseille (1825), avant de revenir définitivement à Paris (i844).Ge dernier avait eu en 1826 un fils, nommé Ocia^e^ éiève de son oncle Carolus et de Maucotel, qui se fîxa en 1854 à Gren(»ble où il est encore. A la mort de Cu. Henby (1859), son flis L Eugène (né en 1843) lui succéda, mais trop jeune encore pour avoir acquis l'expérience et la pratique nécessaires, il fut contraint de recourir à des mains étrangères et beaucoup d'instruments portent sa signature^ qu'il n'a pas en*tièrement faits. Il reçut en 1878 une mention honorable et en 1889 une médaille de bronze. A l'essai, uû de ses violons fut trouvé bon, ainsi qu'un violoncelle ; quant au baryton, on lui reconnut un son particulier ne s'opposantpas à son introduction à l'orchestre où il attrait son utilité, si l'on adoptait une composition rationnelle pour le quatuor. L. E. Henry est mort le 7 septembre 1892. Sa maison a été reprise par M. Charles Bfttgère, né en 1865, qui en dehors de l'atelier de Gand où il fut quelque temps, avait travaillé pour lui. L'étiquette adoptée par ce jeune luthier est originale : la vignette représente une lyre très élargie, surmontée d'une étoile ; au-dessous, à l'intérieur de la lyre, est le nom de l'auteur et l'année, et un peu plus loin, à gauche, sont croisés, un violon et un archet ; à droite un petit cercle traversant une branche où se voient les initiales G. B. Ces initiales, en forme de paraphe, se retrouvent à l'intérieur de l'instrument, sur la table d'harmonie, tracés par la main de l'auteur.
Révenons encore ttu commencement du siècle pour
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signaler, comme précédemment, les nouveaux luthiers au fur et à mesure de leur établissement; il n'y aura maintenant que très peu de retours en arrière, le nombre de maisons dont l'existence s'est prolongée étant fort restreint. Nous ne voyons guère que celle de Claude Pirot qui n'ait pas encore été signalée parmi ces dernières. On connaît de ce luthier, quelques violons datés de 1803 et de 1808, le Conservatoire en possède un de 1813 (n« 29), il figure sur les annuaires de 18 16. Decombe, qu'il ne faut pas confondre avec Ambr. De Comble, était en l'an VII au carrefour de l'Ecole de Médecine. Divers morceaux de musique publiés à son magasin situé alors quai de l'École, et dont l'enseigne élait à V Accord parfait, nous font connaître qu'il exerçait à la fois les professions de luthier, de maître et marchand de musique. Jacques-Pierre Thibout est originaire de Caen, (16 sept. 1779). Jl travailla d'abord dans sa ville natale, puis à Paris chez Koliker en 1796, et s'établit peu 'après son mariage qui eut lieu en 1800. J.-P. Thibout fit bientôt remarquer ses violons construits sur une forme avantageuse qui, par une disposition particulière des éclisses, avaient une excellente qualité de son*. Leur prix, variant entre 250 et 350 francs, était relativement élevé pour l'époque ; mais, ils étaientdes plus beaux sous le rapport du travail et du vernis, ils peuvent encore soutenir la comparaison avec les meilleurs instruments italiens. A l'exposition de 1827 ce luthier reçut une médaille d'argent ;
* Rapp. de l'Acad. des Beaux-Arts (Le il/om7.wmv. 1820, p. 634.)
en 1844 il en obtint une nouvelle, puis, en 1855, ce fut une médaille de i ""^classe pour un excellent violoncelle. J -P. Thibout mourut à St-Mandé le 4déc. 1856 et son fils Gabriel- Adolphe qui Tassistait depuis longtemps et avait pris la direction de la maison en 1838, ne lui survécut pas de beaucoup: il décéda le i4juin 1858. laissant un fils, Albert Thiboct, né le 27 avril 1859. Trop jeune pour lui succéder dans ses fonctions de luthier de TOpéra dont il avait hérité de son père, elles furent confiées à son oncle Gabriel- Ev gène (né à Paris le 1 1 juin 1825) qui faisait partie de l'orchestre de ce théâtre, en qualité de 2® violon, depuis le i"aoùt 1846 et qui le quitta le i«' octobre 1861 pour se fixer à Boulogne-sur-Mer, où il est encore. Son neveu mourut le 25 déc. 1865, abandonnant aux frères Gand le titre de luthier de l'Opéra. A Gaen se trouvait Aimé-Justin Thibout (né en février 1808) qui exerça jusqu'en 1862.
Sans grands renseignements sur Jean-Laurent Hast, cité au précédent chapitre, on ne connaît de son fils qu'une étiquette indiquant la ville de Toulouse pour sa résidence en 1825,011 nous le trouvons encore en 18 j6. Peut-être est-ce lui qui était à Mirecourt en 1820? Dai^f; l'impossibihté de faire la lumière sur ce point, nous signalerons seulement le violon du Conservatoire (Inv'^n^* 101$) qui apporte quelques dé« tails, sans permettre cependant de préciser l'identité de son auteur. L'étiquette qu'il porte est ainsi conçue : Josephus Laurentius Mast fecit Appollini Deo Harmoniœ, 1816, réparé chez Sch:zbert, Epinal^ 183 1.
Fils d'un luthier de Mirecourt, François Chanot
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clait enlré dans la manne au sortir de FÉcole polytechnique. Rendu à la vie privée après la Restauration, il se persuada, envoyant travailler les ouvriers de son père, que les instruments à archet étaient construits contrairemont aux lois de Tacoustiquei Précédant le physicien Savaut, il parvint à produire un violon qui soutint avantageusement le parallèle avec les violons anciens et reçut l'approbation des deux académies des Sciences et des Beaux-Arts * et valut à son auteur, avec les éloges les plus flattettrs, une médaille d'argent en 1819. Un de ces violons, fait en 1818 pour Viotti, et un violoncelle sont au Conservatoire. Rappelé à racllvité, peu après sa découverte, F. CnANOT abandonna ses Iravauîc et partit à Rochefort où il mourut en 1823 (Vidal dit par erreur 1828). Son frère Georges Ghànot, tié à Mirecourt le 26 mars 1801, qui avait embrassé la profession paternelle, s'était fixé à Paris en 1819. Il passa une année chez CiÉwENTet entra en 1821 chez Gxnd qu'il ne quitta que pour s'établir en 1825. Pendant quelque temps, il construisit des instruments sur le modèle imaginé par son frère, mais il fut bîentt^t contraint d'y renoncer. G. Ghanot a laissé la réputation d'un habile ouvrier et d'un parfait connaisseur en instruments anciens. Il a produit beaucoup d'instruments pour l'étranger; en 1844 il n'occupait pas moins de 20 ouvriers. En 1847, il fit une basse dans laquelle était une seconde caisse, dans le but de don^ ner plus d'énergie au son. Il se retira en 1872 ap^ès
* Mmit.univ,, i8i7,26juiU.,J). 924, Id. ï8t9,3 avril,p. looii
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avoir brillamment figuré aux diverses expositions (M. H., 1827, méd.d'arg., 1839-44-49; de 2^ cl. u^Ç), confiant sa maison à son gendre Marie-Joseph Chardon (né à Paris le 22 mai 1843) qui, marchant sur ses traces, présenta à l'exposition de 1878 un double quatuor, d'une bonne facture et dont les bois étaient choisis avec soin (méd. d'argent). G. Chanot est décédé à Courcelles (S.-et-O.) le 10 janv. 1883 *. Le fils de M. Chardon (Marie- Joseph -Antoine-Georges), né 22 avril 1870, après s'être exercé à la lutherie sous sa direction, le seconde maintenant dans ses travaux artistiques.
Un autre membre de la famille Gand, Guillaume- Gharles-Louis, né à Paris le 22 juil. 1792, frère de Charles-François, fut aussi élève do N. Lupot et succéda à son père en 1820 à Versailles où il mourut le 31 mai 1858. Guill. Gand n'a produit qu'un très petit nombre d'instruments, mais ils rappellent la belle manière de son maître et sont très estimés. Il passa un violon de 1810 à la vente Miremont et le Conservatoire en possède un, daté de 1855, genre Stradivarius, parfaitement imité.
Bien que les qualités des instruments de Clément (1820-47) aient été appréciées parles jurys de 1823 et 1827, il ne reçut qu'une médaille de bronze. Ce luthier, dit-on, travaillait peu par lui-même ; il em-
1 Son fils, appelé aussi Georges Chanot, s'en fut à Londres en i85i chez le fi'èi'e du luthier parisien Maucotel, et s*y établit en \858; il prit part à rexposilîon . de tS^B où îl r^ôçut une mention honorable.
ployait d'habiles ouvriers tels que G. Ciianot, Calot (né à Mirecourt en 1810) et Augière. Ces deux djerniers s'associèrent en 1830, Clément inventa une cheville à frein. A Lejeune (J.-C. ?) qui avait fondé sa maison en 1776 avec cette enseigne « Au Dieu de l harmonie », succéda vers 1822 son neveu Guill. Hàrtin qui eût lui-même pour successeur, en 1H63, un de ses neveux, Charles Martin' dont le fils Alexandre a pris la maison en 1890. Ces luthiers se sont occupés surtout de la vente de toutes espèces d'instruments et de la réparation des instruments à cordes. De François Steininger, quelques bons spécimens sont restés. En 1887 deux de ses violoncelles atteignirent en vente les prix de 410 et 650 fr. En 1827, ce luthier avait tenté d'améliorer les cordes basses, au moyen d'un renfort de bois collé sous la table près de la barre d'harmonie.
J.-B. Vuillaume, né à Mirecourlle 7 oct. 1 798, premier fils de Claude (né en 1772) qui faisait des instruments bon marché, a conquis une haute situation dans la lutherie au xixesiècle par le nombre prodigieux d'instruments qu'il a signés et par les savantes analyses qu'il fit, avec Savart, des instruments dès maîtres italiens. Venu à Paris en i8i8,j.-B, Vuillaume entra d'abord chez Ciianot où il resta jusqu'en 1821, puis chez LÉTÉ *, avec lequel il s'associa ensuite. C'est en 1828 qu'il resta seul à la tète de son ateher ; il avait déjà
^ Simon Lété, de Mirecourt, s'était fait une spécialité d'instruments bon marché. Il fit remarquer en 1823 un violon de 25 fr. assez satisfaisant, etc. Il reçut à cette occasion une mé«