XVII« SIECLE — INST. A VENT
rien pour la pratique de cet art, à laquelle ils ont joint une entière connoissance et une exécution encore plus admirable du jeu de la musette en particulier.
Ce n'est pas seulement parce qu'il construisait avec adresse les instruments en usage, que Hotte- TERRK, le père, a droit à une mention spéciale, mais au.-isi parce qu'il réalisa sur la musette un perfeclionnement qui a bien son importance, vu Tépoque : l'adjonction d'un second chalumeau, destiné à l'exécution des dièses et des bémols, lequel, au moyen de 510; clefs, permettait de faire 19 et 20 demi-tons avec justesse. Six clefs à un instrument, cela ne s'était pas encore vu, aussi Borjon ne peut-il retenir son enthousiasme :
« Ce qui est admirable dans l'invention de ces clefs, c'est
qu'il se rencontre que les doigts pour lesquels elles sont
faites, ne sont point occupez sur les chalumeaux simples
et ordinaires, en quoy le bon sens de l'inventeur de ce
petit chalumeau a paru ; car pour ajouter à la musette
ce quiluy manquoit, il en a trouvé le moyen en occupant
deux doigts, savoir le petit doigt de la main gauche et
le pouce de la droite qui n'agissaient point.
Après les Hotteterre, Borjon cite Ponthus à Màcon, alors défunt, qui avait été un des plus rares ouvriers de son temps ; Lissieux, fixé depuis quelques années à Lyon, qui construisait « avec beaucoup de propreté et de justesse » toutes sortes d'instruments à vent ; Perrin, de Bourg-en-Bresse, qui travaillait bien la musette et enseignait fidèlement. Le P. Mersenne avait
signalé, quelques années avant (1636), Le Vacher (^omme le plus excellent facteur de flageolets et musettes de son temps, (//ann.wniv. , t.I, p. 232et29i.)
Aux facteurs cités par Borjon, le Livre commode nous permet d'ajouter ceux qui exerçaient en 1692 ; il donne, à la page 65, la liste des « maîtres pour le jeu et pour la fabrique des instruments à vent, flûtes, flageolets, hautbois, bassons, musettes, etc. : MM. Colin Hotteterre, rue d'Orléans ; Jean Hotteterre, rue des Fossez St-Germain ; Fillebert^ rue St-Antoine ; Des Costeaux, faub. SI- Antoine ; Filidor. en cour ; Du Mont, rue de Tournon ; Rousselet, rue des Assis ; Dupuis, carrefour de TËcoIe ; Le Breton et Froment, rue do l'Arbre Sec ; Héron, près le cadran St-Honoré ; Du Bue, rue Richelieu ; Roset, rue Nouve St-Eustache.
1)0 ce dernier, le Cons{»rvaloire de Paris possè(h» un curieux et rarissime instrument, connu sous h^ \\u\\\ (le cervelas {n" 407)- (Test un dérivé du basson anciennement utilisé à l'église et déjà hors d'usage à la fin du xvii^ siècle, suivant Uiciielet. Le son en était assez semblable, paraît-il, « à celui qu'on produit en chantnnt avec un pei,^no enveloppé de papier » (Encyclop. méthodique). DeDupuis, il y a dans la même collection, une fluto à bec (n*' 388). Filleberl, ou plus exactement PhililjertliEBiLLÉ, fameux joueur do flûte traversière. Des (]oteai:x, Filu^or, ou plutôt PiiUJLJon et les Hutteterhe sont plus connus comme exécutants que comme facteurs; cependant il est avère que plusieurs de ces derniers se sont livrés à la fal>rication. Au témoignage de Borjon et de Du
XVII^ SIECLE — INST. A VENT 7ii
Pradel, vient se joindre celui de plusieurs instruraenls du Conservatoire, savoir : une flûte douce marquée Henri Hotteterre (n° 402) et une basse de flûte h bec 1^413) sans prénom ; d'autres collections possèdent aussi des instruments de divers membres de cette famille. Nous avons en outre, l'affirmation de Sau- VECR, qui dressa son tableau de retondue des instruments à vent c selon la pratique du s'' Ripert et du s" Jean Hautetaire le jeune, les plus habiles facteurs de Paris » {Mém, de VAcad, des Sciences, 1701, p. 335). Ce Jean Hotteterre était hautbois et musette de la grande écurie du roi ; il démissionna en 1723 et mourut peu après.
A. Du Pradel nous apprend encore que l'on trouvait des trompettes et timbales « de la meilleure fabrique chez le s»^ Crestien, rue de la Ferronnerie, à la ville de Vernon ». Les cordes de Rome se vendaient eu gros, rue St-Denis, « aux Trois Maillets > et en détail «chez tous les faiseurs d'instrumens, entre lesquels le s' OIflard, rue de Bussy, et le s' Choron (Nicolas?), rue Dauphine et rue de la Vieille Bouchene >. Il y a, ajoute Du Pradel, « une fabrique pour l'orgue et pour le manlcordium, rue St-Julien-des- Ménétriers » et c'est tout, pas un nom de luthier, ni de facteur d'orgues ou de clavecins. Ne le regrettons pas trop, puisqu'il a été possible de suppléer en partie à cette omission et que ^onLwre nous a fourni des renseignements sur la catégorie de facteurs où l'on en trouve le plus difficilement.
L'incertitude où nous laisse le défaut de documents écrits sur les facteurs d'instruments à vent, ne nous
permet pas de préciser à quelle époque appartiennent la superbe flûte à bec en écaille, de Bressan^ et le petit flageolet en ivoire de Cor. et, que possède le Conservatoire de Paris , ainsi que la taille de flûte à bec marquée Rouge, du Conservatoire de Bruxelles. Il en est de même pour les trompes de chasse (no* 574 à 5 76), de Crôtien. G. Ciiodquet, d'après les ornements du pavillon etrinitialeC, attribue la première à Crétien père, et lui assigne comme date, le commencement du xvii« siècle ; la deuxième, portant les initiales R. C. et le mot « Vernon », lui semble de H. Crétien fils ou neveu, qui la fit sous Louis Xlf I et qui vivait du temps de Henri IV; la troisième, à pans coupés, forme très rare et fort originale, est aussi de ce facteur. La trompe de chasse n** 578, en si, à un seul tour de un mètre de diamètre, est moins incertaine, quant au nom de l'auteur, car on lit sur le pavillon le nom de < Crestien, ordinaire de la musique du roy, rue delà Ferronnerie », mais rien n'indique à quel membre de cette famille elle est due. Exceptionnellement on a vu un instrument faite connaître à la fois le nom de son auteur et la daie de sa fabrication. G. Chouquet a relevé cette inscription sur une trompette : « Fait par Raoux, seul ordinaire du Roy, place du Louvre, près de l'odiance du ministre, à Paris, 1695 ». C'est une preuve matérielle de l'existence, au xvii" siècle, de la maison Raonz, dont le nom n'a été constaté sur aucun document contemporain, mais que l'un de ses descendants a fiiit remonter à 1685 environ. De père en fils, les Raoux se succédèrent jusqu'au milieu du xix® siècle.
Ce n'est pas sans crainte que nous abordons la nomenclature des facteurs du xyiii" siècle. Longue est la liste de ceux qu'il nous faudra nommer et fastidieuse en est la lecture, comme en est ingrate la rédaction. L'hésitation nous prend et, n'était l'objet de cet opuscule, qui est de rassembler le plus de renseignements possible et de combler les lacunes laissées par les rares historiens qui se sont occupés des facteurs d'instruments, que nous renoncerions à aller plus loin. Que le lecteur ne soit donc pas trop sévère à l'auteur obligé de poursuivre jusqu'au bout Ja tache entreprise, et qu'il excuse les répétitions qu'il rencontrera dans ce chapitre, plus fait pour être consulté que lu, mal^yré les détails nouveaux et parfois curieux qui pourront y apporter variété et quelque intérêt.
Nous partagerons le xviu° siècle en périodes divisées arbitrairement, non pas d'après le mouvement progressif de la facture, mais selon la somme de renseignements que nous possédons et les époques des documents qui nous les ont fournis.
Dans la première période, 1 700-1 760, nous rencontrons, parmi les luthiers, Nicolas-Louis Gilbert, de Metz, dont un pardessus de viole à o cordes, exécuté en 1701, fit partie de l'exposition rétrospective belge, en 1878; un quinton au même nom, portant la date de 1765, a fait partie de la collection Sa- MARY * ; Nicolas Médard, dont le nom se trouve sur
* Il y a peut-être ici erreur de date ou dualité d'auteurs, car il est difficile de supposer uq exercice de 65 ans du même individu. Cela s'est vu pourtant.
unft viole (1701) ol un alto (1770) conservés au musée de Bruxelles; François Médard,cléjà cité, d'après une étiquette (1710); Féret, élève de Médar (1708); CharlesPorion, cité par Félis(//e5^.^e».(/c/amw5., t. V, p. 163), auteur du ciatre à n cordes dont 5 doubles, qu'il possédait et qui figure, dit cet auteur, dans les comptes de la musique de Louis XiV (1707) ; Cristofo Qiquelier, dont il existe une viole bâtarde à 5 cordes, de 1712, au Conservatoire (n° 153); Malhurin Duchéron (1714); Bâton père, de Versailles, qui, en 1716, commença à faire des vielles avec d'anciennes guitares et, en 1720, avec des corps de luths et de Ihoorbes; Cabresy et Henry, d'après des basses de 1725 et 1737 inventoriées par Bruni et Jeaa Vuillaume, de Mirecourt, dont on a un violon de 173B. Jacques Boquay (1709-30) et Claude Pierray (1712-25), les deux luthiers les plus connus du commencement du xvin'' siècle furent contemporains ; ils sont représentés tous deux au Conservatoire, le premier, par un violon de 1718 (n° 9); le second, par une basse de viole de 171 2 {n^ 173). A la vente Vidal (1868), il y eut un alto de J. Boquay, daté de 1709, et M. Louppossédaitun violon de 1730; Boquay qui habitait, en i7i8,ruedo la Juiverie, transféra son domicile l'année suivante rue d'Argenteuil, suivant l'inscription du violoncelle de 1719 que l'on conserve aux Arts et Métiers. Bien que les étiquettes de G. Pierhay, des années 1712 et 1714 partent « rue des Fossés St-Germain des Prez » et seulement « proche la Comédie », en 1725, il ne s'ensuit pas que ce luthier ait changé, de rue; c'est le voisinage de la Comédie française qui
lui fit modifier son adresse ; mais il continua d'habiter rue des Fossés, actuellement rue de l'Ancienne- Comédie.
(l ne reste de Dieulafait qu'une basse de viole de 1720 (Conservatoire, n** 172); deParaldic, qu'un violoncelle de 1722 qui passa à la vente Vidal: de Pacquet, d'Aix, luthier à Marseille, une arpi-guitare appartenant à M. A.GautierdeNice,etdeLudovicMiraucourt de Verdun, qu'une viole à 6 cordes do 174J, vue à l'exposition rétrospective do 1889. Nicolas (Augustin) Chappuy, luthier de la duchesse de Montpensier, n'est connu que par un violon fait en 1732, ayant appartenu à M* Loup, une éliquelte de 1760, un quinton sans date de la collection Samarv et par le violon dont Habeneck se servit pendant Î7 ans pour faire sa classe au Conservatoire (musée n" 16). Il en est de même de René Champion qui, d'après deux instruments, habitait rue des Bourdonnais en 173 1 et en 17Ç6, Echelle-du-Temple ; c'est sans doute sa veuve qui est mentionnée sur VAlma- Mch musical de \i"jy]']*
On nest rien moins que fixé sur Vincent Panormo qui obtint un certain renom, et l'on penche à croire qu'il y eut plusieurs luthiers de ce nom. Sans prendre parti, constatons que M. J. Gallay le signale comme étant à Paris, rue de l'Arbre-Sec, en 1735, et ajoutons qu'il y avait, en 1789, un luthier de ce nom, rue de Chartres, 70 ; c'est \Almanach de Paris qui nous fournit ce détail, VAlmanach musical &q 1783 le mentionne aussi avec son prénom. Gomme instruments, signalons un violon de 1792 ayant appartenu à
80 RECHERCHES SUR LES ANCIENS FACTEUns
M. Loup et un violoncelle qui passa à la vente Miremont.
Franrois Gaviniès, domicilié rue S'-Tliomas-du- Louvre (1734-57) fut juré-complable de la communauté en 1762 ; un violon et un quinton de sa fabrication étaient au nombre des instruments saisis chez les émigrés ; plus récemment, on en a cité de 1734, 1735, 1751, et le Conservatoire possède, pour le service des classes, une contrebasse à tète sculptée à l'effigie du roi David, faite en 1757, d'une excellente sonorité, qu'ont pu apprécier tous ceux qui ont appris cet instrument dans notre grande école. Au musée, est un pardessus de viole à 6 cordes, de 1744.
Signalons au passage, un italien fixé à Paris, hôtel de Soissons, vers 1732 : Andréa Castagneri ; on a de lui un violon de cette année et d'autres portant les dates de 1735, 1739, ^^ ^^^^ de 1744, au v^® de Janzé; la basse trouvée chez M. de Saint-Laurent, en l'an II, était de 175 1 et le violon du s' Boulogne, de 1757; François Vaillaut, rue de la Juiverie, en 1736 et 1738, d'après des étiquettes, et rue N.-D. de Bonne- Nouvelle, de 1775 à 1783, suivant les almanachs ; Antoine Véron, également rue de la Juiverie, .en 1740 (pardessus de viole n° 139, Conservatoire); Varquain, maître luthier, rue et carrefour de Bussy» qui fît, en 1742, la vielle du South Kensinglon Muséum et édita la Suite à 2 vielles de Ravet; — Jean- Mathias Wolt«rs, au faubourg S'-Antoine, auteur d'un quinton de 1749, de la collection Savoye, existait encore en i7')9; Plumerai (1740), dont le nom a été relové sur une basse;— Pierre Saint-Paul, qui,
d'après une basse, était, en 1741, rue de la Comédie- Française et, en 1742, rue S*-André-des Arts, comme en fait foi le pardessus de viole à 6 cordes qui.fi<j:ura à l'exposition rétrospective belge en 1878, et dont un violon de 1740 fut trouvé par Bruni chez le duc de Montmorency ; — Jean Ouvrard, juré-complcibloen 1742-43 ; deux instruments sont connus de lui : un dessus de viole de 1726 et le quinlon du musée de Bruxelles, portant la date de 1745 et l'adresse « Place deTÉcoIe à Paris »; une basse fut saisie clioz M. de Tliuisy, en Tan 111 ;— Simon Gilbert, de Melz, luthier et musicien à la cathédrale, en 1744, ainsi que l'indique le quinton à 5 cordes provenant du musée A. Sax ; un semblable instrument, daté de 1749, appartenait à M. Loup, et nous avons vu des étiquelles de ce luthier, de 1737 et 1758; — Jean Galland, comptable en 1744, décédé quelque lemps avant la signification du jugement sur son compte, qui fut faite à sa veuve en 1761, laquelle continua longtemps encore à tenir boutique (1779) me S'-IIonoré,et dont la fille épousa Rob. Bicimrd. Jean-Nicolas Lambert, comptable en 1745, eut cela de commun avec J. Galland, qu'il était mort au moment de la signification du jugement le concernant (1761), et, comme la précédente, sa veuve continua la profession maritale jusque vers 1789, époque où sa présence est constatée rue Michel-Le-Comte, domicile également inscrit sur l'étiquette d'un violoncelle fait en 1759, conservé au musée du Conservatoire (n'' 178); une basse de 1752 se trouva chez le M^* d'AvRLNcouRT, en l'an III; M. Loup avait une guitare de 1784,
82 UECllERCHES SIR LF,S AXCIKNÔ FACTEURS
Citons aussi .leaii-Haplislo Deshayes-Salomon ou simplement Salomon, clabli d abord à Keims, puis à Paris (peu après 1740), place de TEcole, comptable en 1760, puis domicilié rue de TArbre-Sec en 1769, représenté au Conservatoire par une viole d'amour (n° 1 56) ; après sa mort, sa veuve s'en fut au carrefour de TEcoIe (1775-8?) et quai de la Mégisserie (1788-89). Claude Boivin, qui demeurait rue Tiquetonne en 1732-1740, avait pour enseigne ^ A la Guilare Royale » : une basse de viole de 1735, a été invonloriée par HnuM, une guitare do 1749 est au Conservatoire (n« 273) ; C. Boivin fut comptable en 1752. .lean-Iiapliste Lempereur, est connu seulement par les fonctions de comptable qu'il exerça en 1750 ; nous retrouverons ce nom porté par un facteur de clavecins*.
* A défaut de plus amples renseignements, voici le nom de quelques autres luthiers de celte (époque :
Gaspard Guchet, à Grenoble (1720); Sajot(i734); Henry, rue Saint-André-des-Arts (1737); Pierre Befresne, maître luthier de Paris, demeurant rue Ncuvc-Saint-Lô, à Rouen (1731-37); Jean Vuillaume à Mirccourt, né en 1700 et décédé en 1740, dont on a un violon de i738; Jean-François Breton^dont l'étiquette était ainsi conçue : « Citharce fabt icator, facit, vendit et reconcinat instrumente musica onmis gencris » (i7{o); Louis Gairoud, à Nantes (17.J.); Louis Lagetto, rue des Saints-Pères, * à la ville de Crémtnc » (i7|5-53); Jean Touly, à Nancy (1717); Cabroly, à Toulouse (1747); N.-J. De Lannoy, sur la-potitc place au dessus dos halles, A Lille (1747), puis « dessus les ponts de Coniines (1773) ; Gharle, lulliicr aux Quinze- Vingt (1748); Feyzeau, à l^cr* deaux, auteur d'un quinton de 1760; Mougenot. rue Ganterie, à Rouen (i?63) à Ste-Cecue; Andréas Reynaud, « olim canonicus Tarascone in Galloprovincia » (i70(>)«
Nommer Louis Gtiersan, c'est repéter un nom bien connu des amateurs, pnr la quantité d'instruments qui existent. On ne sait exactement à quelle époque ce luthier commença à travailler, mais nous avons la certitude qu'il exerça au moins de 1750 à 769. Nous avons vu des étiquettes de 1730 et 1735, un violoncelle de 1740 et un violon de 1744, passèrent à la vente Vidal en 1868, un quinton de 1746 apparlint à M. Loup, deux pardessus de viole à ) cordes, de 1747, sont au Conserv<Ttoire (n°^ 140, 141) avec un autre de 175 1 (n** 142), et un à 6 cordes, de 1755 (n° M5); d^ pltis un quinton de 1763 était dans la coUéclion Samary» Après avoir été comptable en 1748, GOERSAN fut doyen en 1769, époque où il habitait rue des Fossés-St-Germain. Sa grande habileté lui valut d'être fournisseur du Dauphin et de rOpéra. l ne pièce qui nous a été d'une grande utilité pour noire Histoire de Vorchcslre de VOpéra et que nul n'a repin3duit encore, est restée aux arcliivos de ce théâtre ; cest le n.émoire de léparalionsque Guersan fltà » la contrebasse de l'ûpera, lesdites réparations demandées par M. Hameau pour l'opéra de Zoroastre et commandées par M. Kebel, suivant les ordres qu'il en avait reçus de M. le prevost des marchands, le lô décembre 1749 », ce qui prouve péremptoirement qu'il n'existait encore à cette époque, qu'une seule contrebasse à l'orchestre ; ce que confirme un outre mémoire du 25 septembre 1750, où il est écrit : « avoir remonté la contrebasse à neuf i s livres. »
Herro et Jean Lomvet furent aussi parmi les lutlàers estimés ; le premier, Pierre, occupu ieâ
84 UfrXHEHCIIES SUH LKS ANCIENS FACTEinS
fondions de comptable en 1742, ce qui suppose un exercice assez ancien de la profession. On ne signale aujourd'hui qu'une vielle portant son nom et la date de 1747 (Conservatoire, n° 209) et le quinton enregistré par Bruni ; il avait pour enseigne * à la Vielle royale • et son atelier était rue Montmartre; en 1775 , nous le voyons rue Pastourelle, et l'année suivante, rue St-Denis où il était encore en 1783 ; pourtant VAbnanach Dauphin de 1777 indique toujours rue Montmartre. Une vielle de Louvet, le jeune, rue Grenier-Saint-Lazare, fait en 1733, vient d'être acquise par le musée du Conservatoire. Jean LouvtT fit aussi des vielles, il y en a une au Conservatoire (no 210) de l'année 1750 avec l'indication « rue de la Croix-des-Petits- Champs, près de la petite porte St- Honoré »,mais il construisit surtout des harpes et des vielles organisées; c'est à ce titre qu'il est mentionné dans les Tablettes de renommée de 1791. Selon M'"« de (îENLis, il fut avec Salomon, le premier à faire des harpes a pédales; elles étaient assez appréciées, Bruni estima les deux qu'il trouva chez des émigrés, 270 et 470 francs.
A. Vidal, et après lui G. IIart, ne signalent rien de Joseph Gaffino au delà de 1755 ; cependant on peut voir au Conservatoire des Arts et Métiers; un alto grand patron de ce luthier, portant le millésime 1748 et l'adresse rue des Prouvaires, où il resta jusqu'après 1783 et où sa veuve était encore en 1789. Il est vrai que cet instrument est le seul connu et que nul ne l'a mentionné avant nous. Peut-être Gaffino fit-il plus le commerce que la fabrication d'instru-
ments? La copie du prospectus que nous reproduisons ci-après, lant à cause de sa curiosité que parce qu'il est ignoré, tendrait à le faire croire :
A la musette de Colin.
Joseph Gaffino, maître et marchand luthier, à Paris, rue des Prouvaires, fait, vend, achète et loue toutes sortes d'instruments de musique, savoir : violons, basses d'orchestre, violoncelles, alto-viola, violes d'amour et toutes sortes de sa façon. Il vend aussi violons et basses de Crémone, basses de viole d'Angleterre et de toutes sortes d'auteurs; aussi vielles, guitares, serinettes, psaltérions, timpanons tant de Paris que des pays étrangers ; fait et vend des archets cannelés de toutes façons, comme aussi des étuis pour toutes sortes d'instruments, boetes de colophane, anches pour hautbois et bassons, d'excellentes cordes à 3 fils, de Naples, de Rome, de Florence et de Lyon, toutes sortes de cordes lilées, cordes pour clavecins, épinettes et pour toutes sortes d'instruments, au plus juste prix.
L'originalité de ce prospectus n'est pas seulement dans sa rédaction, elle est aussi dans sa forme. Tout ce que l'on vient de lire est gravé au milieu d'un dessin représentant un dos de violon, en demi-grandeur, la longueur de chaque ligne étant limitée par conséquent par les contours de l'instrument. Nous en devons communication à M. Ernest Gand, avocat, qui a bien voulu mettre gracieusement à notre disposition la collection d'étiquettes formée par son père, ainsi que les documents concernant les familles Ldpot et Gand dont il sera question par la suite. Gaffino
exerça les fonctions de juré-comptable de la communauté de 1766 à 1767.
Un violon et un pardessus de viole de 1755 trouvés chez des émigrés en Tan III, sont les plus anciens instruments connus de Socquet (Louis ?) qui avait cette pompeuse enseigne « Au Géme deVHarmonieT» ; des étiquettes de 1765, 1771 et Talto de 1769, mentionné par Bruni, témoignent de son existence jusqu'à la période 1775-79011 les almanachs signalent encore sa présence, place du Louvre. Edmond Saunier résidait à Bordeaux en 1764, ainsi que Tindique une étiquette de violon, mais en 1770,11 était installé à Paris, rue Tiquetonne (/om'nâf^ <fe tnw^c^we), d'où il alla rue des Prouvaîres (1775-85) ; il fit surtout des guitares {Alm. Dauphin, 1777), on en trouva une chez lord KEi\nv le 13 brumaire an l!ï, et Ton a pu voir à Texposition rétrospective de 1889, une mando" line alto de 1780, prêtée par M. !3ernardel. François Lejeune, rue de la Juiverie^ acquit une certaine renommée ; les spécimens de sa facture qui nous sont parvenus, sont au nombre de cinq: un violon de 1754 (Conservatoire, classes), un pardessus de viole de 1755 {Idem, musée, n* 144), un autre de 1757 (Exp. rétrosp. belge, 1878), un alto de la même année (vente d'Emonville) et une pochette sans date (colleclion Savoye) ; ce luthier qui existait encore en 1783 fut aussi comptable en 1764, une étiquette de 1750 nous apprend qu*il avait pour enseigne « j4 /« f/nrpe royale » ; il eut de nombreux homonymes, ce qui ne laisse pas quelquefois que d'embarrasser.
Qmaûd nous aurons signalé Paul-François Orosset)
connu par deux quinlons, l'un de 1749, figurant à l'inventaire de Bruni, l'autre de 1752 à M Bebnardel (Exp. de 1889) qui, d'après une étiquette de 1754, avait pour enseigne ^ Au dieu Apollon » et demeurait suivant l'étiquelie d'un violoncelle, reproduite par A. VjDAL, rue de la Verrerie en 1757; César Pons, d'après une vielle de 1750; Charles Heriotte, de Lyon, établi à Paris (1750) et demeurant sur le pont, près le Change (175^) ; Benoist Fleury, qui fut jurécomptable en 1755 et construisit en 175 1 l'alto qui est dans les classes du Conservatoire, puis, en 1755, la basse de viole qui est au Musée (n° 174), la guitare signalée par Bruni et habita la rue des Boucheries- Si-Germain, où nous le retrouvons encore en 1791, s'occupanl de « raccommodage de violons, basses et altos »; François Feury, comptable en 1752 et i7'>7, alors domicilié rue de l'Arbre-Sec, vis-à-vis St-Germain-rAuxerrois, duquel une guitare figura à l'inventaire de Bruni, et dont Nf . A. Uooat possède une basse; Roi, cour St-Denis-de-la-Chartre, en 1753, comme l'indique une pochette du Conservatoire; lelUag, rué Fromenteau, place du Louvre, en 1753, qui avait pour enseigne ^ àla belle vielleuse » et dont une mandore sans date fut dans la collection Loup, domicilié» en 1771, rue des Orties, aux galleries du Louvre où l'on trouvait la Méthode deCytre ou guitare allemande de l'abbé Carptntier; Pierre Le Pileur » privilégiez du roy dans Tabbaye St-Germain, 1754 » ; Pierre^ean Delanoë (1754) ; Roae, rue Ste-Gatherine, près le Mariroy, à Orléans (1756); Adrien-Benoist Ghûleliii, de Valenciennes,auteuf d'un quinton daté
de 17^8 (Coll. Samary) ; JoannesFrébrunetdont ilya un violon de 1760 pour le service des classes du Conservatoire, et enfin, Grou, auteur de la viole à manivelle indiquée au catalogue de la collection Arrigoni I (Milan 1 88 1 ), et d'une petite vielle de 1 7 5 2 , nous aurons
i épuisé la liste des luthiers ayant exercé dans la pre-
mière moitié du xvni° siècle, sur lesquels nous avons I pu recueillir quelques renseignements.
! Beaucoup moins nombreux sont les facteurs de
clavecins de la même période. Harius, un des plus
fameux tant par la qualité de ses produits que par
son esprit inventif, commença à fabriquer dans le
dernier quart du xwf siècle, mais, le plus ancien
inslrumentde sa facture qui nous soitparvenu, est un
clavecin portatif, dit clavecin brisé, fait en i7oo(actuel-
lement au Conservatoire), décrit dans les Mémoires
de lYéooux, p. 1292; un instrument semblable, de
171 3, est au musée Kraus, à Florence; enfin, un
autre instrument de 1709 est à Bruxelles. En 1716,
Marius présenta à l'Académie des sciences, trois
systèmes de clavecins dits à maillets dans lesquels
des marteaux étaient substitués aux sautereaux ;
un quatrième offrait la combinaison des maillets et
des sautereaux, dont on trouve la description dans
le Recueil des Machines appi^ouvées par l'Académie
des sciences (p. 83 à 91), qui contient aussi celle de
son nouveau système d'orgue à soufflet. En donnant
son approbation à l'invention de Maiuus, l'Académie
ne se doutait guère que cette innovation était le point
de départ d'une révolution complète dans la structure
des instruments à clavier et qu'elle préludait à la chute du clavecin ; cependant, elle sut en apprécier le véritable caractère et en comprit toute l'importance. En constatant l'amélioration matérielle immédiate, elle entrevit aussi parfaitement le résultat artistique. Après avoir reconnu que la substitution des maillets aux sautereaux « évite les réparations perpétuelles • auxquelles l'usage des plumes assujettit les cla- « vecins ordinaires », le rapporteur ajoute : « celui- « ci rend engénéral des sons plus forts et plus beaux, « mais, de plus, le seul ménagement du toucher lui « donne le fort et le faible et par conséquent l'expres- « sien qui a toujours manqué à cet instrument. » Malheureusement la mort surprit Marius peu de temps après son admirable découverte et la France, perdant le bénéfice de l'invention, ne connut le fortepiano q\xe 54 ans plus tard, par l'intermédiaire do l'étranger.
Le nom de Blanchet n'est pas seulement connu parce qu'il futporté par plusieurs facteurs distingués, mais surtout par l'habileté de main, dont l'un d'eux fit preuve dans la confection et la transformation du clavecin. C'est avec Blanchet que Carré fit certaines expériences dont il rendit compte dans les Mémoires de V Académie des sciences (i6 fév. 1709). Nous ignorons si c'est François-Etienne ou un ascendant que Carré a voulu nommer, l'époque où il débuta n'étant pas précise, mais un acte précité nous a fait connaître que F.-E. Blanchet était juré en charge en 1741, ce qui autorise à conclure à un exercice de beaucoup antérieur ; en ou4.re, le clavecin inventorié
9t) RECHERCHES SUR LES ANCIENS FACTEURS
par BauNr à l'iiotel S^ Priesl porlait la date de 1749. Ce qui est parfaitement avéré par le témoignage de ses contemporains, c'est que ce facteur surpassa ses confrères par le son agréable de ses clavecins et par la légèreté de ses claviers. 11 excella aussi dansTart d'agrandir les clavecins flamands, auxquels il ajouta quatre notes au grave et à l'aigu. Blanchet eut pour élève et successeur P. Taskin, qui sut maintenir et porter à son comble la notoriété léguée par son maître. G*est seulement par les deux clavecins décrits par Bruni, que nous avons appris le nom d'Antoine Valler ; l'un daté de 1724, l'autre portant cette mention : « Anlonius VaUet\ Luteliœ Parisiorum, 1755. > Cuisinier imagina le clavecin vielle en 1708 {llist. de VAcad. des «c, p. 142 et Recueil cité p. 155); en 1734, il produisit une espèce de vielle ou petite épinette à jeu de viole de deux octaves, dans laquelle des touches faisaient mouvoir une roue remplissant Toffice de l'arcliet {Hist. citée, p. 105). Dans le but d'obtenir une plus grande uniformité d'harmonie, Ballot fit subir quelques changements au clavecin en 1732; il construisit le grand chevalet « de manière qu'à chaque couple de l'unisson les deux cordes se trouvent de même longueur » {Hist, de VAc.^ p. 118). Bellot devint parla suite fournisseur de l'Opéra, auquel il loua, du 18 sept. 1752 au 7 avril 1753, "IÏ6 épinette moyennant 120 livres.
Jacques Bourdet n'est connu (^ue par le mémoire de réparation au clavecin de l'Opéra (2 mai 1750) que nous avons vu aux archives de ce théâtre et parce qu'il fut comptable l'année suivante, comme Pierre
1700-1760 — CLAVECINS ÎH
Ruelle, en 1754; Joseph Boudin, établi à Londres, par une épinelte de 1723 au D"^ RimbauU; Mnnier, par l'annonce d'un clavecin à vendre, que nous avons trouvée dans les Affiches de 1754; Bâillon, parle clavecin inscrit sur l'inventaire de Bruni et Flenrot du Val-d'Ajol ^Vosges), par l'épinelte conservée à Bruxelles.
Marchai, de Nancy, fournit un clavecin à la princesse de Lorraine en 1726 (A. Jacquot, p. 146); Renaud, d'Orléans, domicilié à Paris, inventa une épinette à archet en 1745. Jean-llenri Hemsch fut juré-comptable en 1747 et s'acquit une certaine vogue; trois de ses clavecins, ûontun de 17Ô5, furent inventoriés par Bruni et l'on a pu en voir un de 1775 à l'exposition rétrospective de 1889.
Thévenard, soumit en 1727 a 1 Académie ries sciences, un projet de clavecin a une corde au lieu de deux, avec sautereaux à languette de cuivre (ffw<., p. 142. et Recueil cité, p. u), myis il n'rst pas prouvé qu'il se soit livré à la fabrication, non plus que Le Voir qui entreprit en 1742, par un procédé tout différent de celui de Marius, de donner l'expression au clavecin. Dans son système, 25 cordes tendues sur un corps de contrebasse et de quinte de violon renfermés dans une caisse de clavecin, et que des chevalets mobiles divisaient à moitié de leur longueur, fournissaient les 50 sons de retendue de l'instrument. Des archets actionnés parles touches, produisaient le piano et le forU en appuyant plus ou moins sur les cordes, selon le degré d'enfoncement de la touche {HisL de VAcad., p. 146). Nous
9i> RECHERCHES SUR LES ANCIENS FACTEURS
ne sommes pas mieux fixés à cet égard sur Berger, musicien de Grenoble, établi à Paris, inventeur d*une épinetle expressive, d'un mécanisme qui rendait le jeu du luth, de la harpe, le piano, le forte el le crescendo, et d un clavecin organisé qui reçut l'approbation de l'Académie en 1765 parce qu'il avait la faculté d'augmenter le son au moyen d'un registre mù par le genou {Hist,y p. 1 58). Berokr avait eu aussi l'idée, lisons-nous dans V Encyclopédie méthodique t. IV, p. Il), d'après le plan d'une épinette à cordes perpendiculaires de Mersenne, d'ajouter un clavier à une harpe ordinaire, mais le s*" Frique, ouvrier allemand qui travaillait pour lui en 1765 , vola et emporta toute la mécanique et les plans de cet instrument, destiné au fermier général de la Reiniêre.
Les Silbermann de Strasbourg ont passé la plus grande partie de leur carrière en Allemagne ; ils doivent cependant être mentionnés ici, à cause de leur origine et de la célébrité acquise par les foi^te piano de Jean-Henri.
Les facteurs d'orgues ne nous arrèteronspas longtemps. Il n'y a à citer que les frères Desfontaines, auteurs de l'orgue de Notre-Dame à St- Orner (1115-^7)? François Boudor de Montmédy, qui remit en état l'orgue de Notre-Dame de Châlons, endommagé par un violent orage (1720) ; Vincent à Rouen (171 1-22) gendre d'iNoocT; Julien Lemaltre de St- Thomas de La Flèche, qui répara l'orgue de Ste- Croixde Bernay en 1722 ; Jean-Louis Ducatel qui, après avoir restauré l'instrument de N.-D. de Villefranche
i700-17t»0 — ORGUES <^A
en 1720, fut chargé de mettre en état celui de la cathédrale d*Angoulème en 1727, et dont les travaux furent expertisés par François Cordé, organiste et facteur à Tours ; Gabriel et Joseph Cavaillô de fiaillac (Tarn), bisaïeuls d'Aristide Cavaillé-Coll dont le nom fait le plus grand honneur à la facture du XIX® siècle; François Hangin de Troyes, à qui incomba le déplacement (1729) et Tau/çmentation U?^')-}^) de l'orgue de la cathédrale de Sens, le devis présenté en 1722 par Louis Lebé, nayant pas été accepté ; Jacques Gochu, facteur et organiste à la cathédrale de Ghàlons-sur-Marne dès 1758, dont il reconstruisit Torgue de 1753 à 57, après a voir fait celui de Notre-Dame à S*-Dizier et celui de l'église de Troyes; René Gochu son fils, aussi facteur et son successeur dans les fonctions d'organiste de la cathédrale cu'il occupa jusqu'en 1791 , chargé en 1764 de faire un jeu supplémentaire à l'orgue de cette éghse, en 1789, des réparations de l'instrument de St-Alpin, et avec Salmon, du relèvement de l'orgue de Notre-Dame de la même ville ; Parizot de Rouen, auquel on doit les orgues de S' - Remy à Dieppe (17^1) et de S' Jean, à Caen (1769); Jean-Baptiste- Nicolas Lefèvre, également de Rouen, qui répara en 1733, l'orgue de Ste-Croix à Bernay et termina, en 1761, l'orgue de St-Martin de Tours et fit, de 1741 à 1769, celui de l'abbaye de S'-Etienne à Caen, avec son frère Louis et son cousin Clément, puis ceux de Honfleur (1772; du Havre, etc. (un nommé Lkfebvre ou Lvff.burb, de Rouen, fit des réparations à l'orgue de Sainte-Croix à Bernay en 1729-30);
9t RECHERGHES SUR LES ANCIENS FACTEURS
Dartenay de St-Lô, à qui fut confié, en 1758, le remplacement de rinstrumenl établi par M. Baril ; Charles Dallery, né à Amiens, vers 17 10, ouvrier tonnelier qui entreprit la réforme des anciennes mécaniques, dont le bruit désagréable nuisait à l'effet, et qui réussit à faire de magnifiques inslruraenis parmi lesquels on cite celui deTabbaye d'Anchin, transféré plus lard à St-Pierre de Douai.
M, A. Jacouot a mentionné un certain nombre de facteurs lorrains sui' lesquels on trouvera des renseigne:.:enls dans son ouvrage la Musique en Lorraine *.
Pour Paris, signalons Daslandes cité par Sauveur dans son élude sur l'application des sons harmoniques {Acad. des Sc,^ 1703); CoUard chez qui l'on saisit des soufflets en 1730 et dont l'atelier était rue Mouffetard en i759'6o; Nie. Somer, comptable en '749» figurant en 1769 comme ancien syndic juré, alors domicilié rue St- Jacques; Louis Bessard, comptable en 1753, demeurant en 1759-60, rue des Trois-Canettes ; Claude Ferrand , rue St- Martin (1752-79) et rue Aumaire (1775), auquel sa veuve succéda (1776-83); Boucher (1753); Auguste Angot, rue des Fossés Si -Victor (175975) Que l'almanach de 1769 inscrit Vingot, par erreur, et dont la veuve continua le commerce (1776-79) ; Louis-Alexandre
1 J. Adam, J.-B. Colin (1706); Renaud (1710J; Claude Moucherai (1720-1744); Jean Moucherel (1720); Antoine Moucherel (1766); F. Adam (1720); C. Bachet (1724); F. Vonôche (1739); Joseph et Nicolas Dupont, constructeurs de l'orgue de la cathédrale de Nancy (1757), Toul (174S), Verdun, etc.
1700-1760 — ORGUES î<5
Cliquot, complableen 1756-57, mort entre 1759, et la signification de la révision de son compte, faite en 1762 à son fils François-Henri, Celui-ci fut le plus habile facteur d'orgues de son temps; il naquit eroit-on, en 1728. En 1760, il lit l'orgue de St-Gervais. La qualité dominante de F. H. Cliquot, consistait dans la parfaite harmonie de ses jeux; frappé de riiabileté de Pierre Dallery pour la mécanique, il rechercha sa collaboration (1765) el c'est de celle collaboration qae sont nés les superbes instruments de St-Nicolas-des-Champs , de la SleChapelle, de St-Merry, du château de Versailles, etc. Pour la construction de l'orgue de St-Sulpice, inauguré le 17 mai 1781, Cliquot resta seul et le regretta, dit-on, le résultat n'ayant pas été à son entière satisfaction ; il fit ensuite les orgues de Souvigny et (le Poitiers ; ce dernier coula 92.000 livres. F. -II. Cliquot est l'inventeur du jeu do hautbois ; cette invention date vraisemblablement de (1772), car nous avons lu dans \\\mnt'Coureur {\i. ^}^) que le 18 juin Coupkrin fit entendre à St-Gervais « les nouveaux jeux et particulièrement le hautbois, inventé par Cliquot ». Il mourut en 1791.
Signalons (;ncoro Jean Regnault, rue (îalande (1759-69); François-Henri Lescop ou Lesclop, comptable en 1746, décédé comme L.-A. Cliquot, avant 1 examen de son compte, qui n'ont lien qu'en 1761, Nous pensons que c'est à lui que revient la construc lion de l'orgue de Noire-Dame, achevée en 1750, que la notice publiée en 1868 sur cet instrument attribue à Thierry Lesclop, soit par corruption du prénom
9f; RECHERCHES SUR LES ANCIENS FACTEURS
Henry, soit par erreur; la veuve Lesclop tenait encore l'atelier rue Regrattière en 1777.
Robert Richard parait s'être adonné plus aux petits instruments mécaniques, qu'aux grandes orgues. Il a fourni une carrière assez longue, qu'il nous a été possible de suivre depuis l'année 1744 où il fut juré-comptable. Miiîux que ses confrères, il sut appeler Taltention sur ses travaux et grâce aux réclames parues dans diverses feuilles, nous pouvons donner ici des détails peu connus, pour ne pas dire ignorés.
Le Tableau de Paris, pour l'année 1759, (p. 212) s'exprime ainsi :
M. Richard, habile méchanicien, connu par plusieurs machines hydrauliques, a obtenu un attellier à la bibliothèque du Roi, où il a établi ses ouvriers pour la construction de ses ouvrages ; il fait des serinettes. C'est lui qui, d'après les idées et les ordres de M. le comte de Saint-Florentin, a exécuté ce merveilleux ouvrage méchanique, qu'on voit dans un cabinet de l'hôtel de ce ministre. On admire, dans cette machine, une figure d'enfant qVii joue plusieurs airs de flûte avec la plus grande précision : cet acteur authomate est accompagné par 2 oiseaux aussi authomateSjperchéssur des branches, qui exécutent leurs parties avec un mouvement de bec si parfait, qu'on distingue les tons pleins des semitons : une basse continue d'orgue soutient les 3 parties.
R. Richard imagina une sorte de diapason dont raccord était invariable, que Tabbé Lascassagne , recommanda dans son Traité général des éléments
1700-1760 — ORGUES «JT
du chant (1766) : « pour apprendre la musique sans le secours d'un maître » (p. 188). Cet instrument servait à fixer et régler l'intonation ; un second, qui, d'après sa description nous parait être un métronome, était destiné à la détermination t des différentes mesures tant à deux qu*à trois divisions ». Ce n'est pas sans raison que Falmanach de 1769 faisait suivre le nom de Richard, de ces mots : t célèbre pour diverses pièces de méchanisme et notamment pour toutes sortes de pièces d'orgues et serinettes », car si la pièce dont il a été question ci-dessus excita l'admiration, celle-ci, dont nous empruntons la descrij)tion à Vilmanach Dauphin de 1772-77, n'était pas moins étonnante :
Richard, au vieux Louvie, digne émule dn ct'lèl)iv Vaucanson, et un des plus habiles artistes de rKurope pour l'orgue, les serinettes et les vielles organisées, vient de faire exécuter en cette capitale, avec le plus grand succès, dans une saliede la bibliothèque du roi, un concert méchanique par quatre figures automates, dont Tune joue du violon, l'autre de la flûte, et la troisième touche le clavecin, tandis qu'un petit amour bat la mesure et tourne le feuillet. On ne saurait donner assez d'éloges à cet artiste aussi modeste que sçavant, et dont les productions font tant d'honneur au génie inventif de la nation.
H. Richard avait épousé une fille de J. Galland peu avant 1744. De 1783 à 1789 les almanachs mentionnent un J. Robert Richard, probablement fils de ce dernier, qui n'hérita pas de sa célébrité ; c'est à DavaAisviLLE que devait échoir la succession artistique de Richard, ainsi qu'on le verra par la suite.
En ce qui concerne les facteurs d'instruments à souffle humain, nous n'avons pas, comme pour ceux de la période précédente, à redouter de lacunes. L'on a vu par le jugement que nous avons reproduit (p. 40), qu'ils n'étaient que cinq en 1752, et la même pièce nous les a fait connaître.
Lecler, beau-père du requérant, alors décédé, n'était par conséquent pas du nombre. On ne sait rien do précis sur sa carrière, mais c'est évidemment par erreur que G. CiiououETl'a signalé comme travaillant encore en lyôc) {Catalogue y p. 100), en parlant du petitflageolet en buis du musée, puisque nous savons par le jugement de 1752 sus-mentionné, que G. Lot € a entretenu d'ouvrages de sa façon la boutique et les pratiques de la veuve Leclerc sa belle-mère ».Une flûte en ébène à une clé, de ce facteur a fait partie du musée Ad. Sax ; elle a permis de constater que notre diapason est un demi-ton plus haut qu'au commencement du siècle dernier. Bruni porte deux flùles sur son inventaire, l'une en ébène fut estimée 60 fr. Le fils de Lecler fut maître de flûte, il a fait représenter un opéra en 1747.
Charles Biaey fut reçu maître en 1716, on s'en souvient. Il a laissé quelques beaux instruments, entre autres un baryton sonnant à l'octave basse du hautbois, actuellement au Conservatoire (n° 494), un hautbois d'amour en la quia figuré à l'exposition de Londres en 1890 *, qui lui donnent rang parmi les no-
1 A descriptive catalogue of the musical instruments recently exhibited at the royal military exhibition, London^ 1890. Com-
1700-1760 — JNSTR. A VENT 1*9
valeurs. A défaut d'instruments, celte annonce que nous relevons dans le Mercure de France de 1749 et que personne n'a encore utilisée, que nous ne sachions, le prouverait suffisamment :
Bizey, rue Dauphine, inveûteur de plusieurs instruments à vent, avertit qu'il travaille toujours avec succès et perfectionmi plus que jamais. Il a inventé depuis peu des hautbois qui descendent en G ré sol, comme le violon, d'autres qui sont à l'octave du hautbois ordinaire, imitant parfaitement le cor de chasse.
N'y a-t-il pas là quelque élément pour l'origine mal définie du cor anglais, sur laquelle nous apporterons d'autres détails inédits ? Celte annonce nous fixe en tout cas sur la date de l'instrument qui existe au Conservatoire- De Bizev, il y a aussi dans ce musée, un hautbois à deux clés. Un outre hautbois à deux clés, et à 6 trous, dont deux doubles, est à Bruxelles ; cet instrument est en si b d'après le diapason actuel. Bizey cessa vraisemblablement de travailler entre 17^2 et 1769, car il n'est pas porté sur l'almanach de cette dernière année.
Paul Villars, ex-apprenti de Ch. Bizly, fut juré de la communauté en 1741, il était un des opposants à la réception dé G. Lot en 1752. En 1769 il était établi
piled by captain G.-R. Day, Londres, 1891. En citant cet auteur, remarquons qu'U a fortement « compiled «• la Facture instru- Mentale à L* Exponliorij sdns en faire mention ; cependant, il n'a pu puiser ailleurs les détails qu'il doi.no sur la clarinette do Desfonte nelles, puisque nul n'en a publié la description avant nous.
m) RECHEHCHES SUR LES ANCIENS FACTEURS
rue des Fossés-St-Germaiii-des-Prés,où nous voyons sa veuve de 2776 à 1779. Deux flûtes et un hautbois de ViLL.vns sont inscrits à l'inventaire de Bruni; une magnifique flûte à bec en ivoire, était à l'exposition militaire à Londres en i8v;o, le cap. Day en a donné la photographie dans son catalogue. Les instruments de ce facteur sont très rares aujourd'hui ; nous avons vu récemment une flûte traversière à une clé carrée de sa fabncation, et un hautbois à 2 clés avec viroles d'ivoire, mais il n'existe aucun autre instrument dans les collections publiques.
Thomas Lot, deux fois juré-comptable en 1752 et en 1770 est au nombre des facteurs de flûtes, hautbois, bassons, etc., qui se sont distingués. Après avoir eu son atelier en 1754, rue St-Germain-l'Auxerrois, (VEsprildu Commerce), il étaiteni77$,ruederArbresec où nous le trouvons encore en 1783 ; deux années plus tard, nous voyons son nom à la même adresse, cette fois sans prénom. Ses instruments ne sont pas nombreux aujourd'hui. Le Conservatoire des Arts et Métiers possède une flûte traversière en buis à une seule cle ; on voyait une flûte basse à tète recourbée à l'exposition rétrospective de 1889, il y en eut une à l'exposition de Londres, piètée par M. F. W. Galpin et le Conservatoire de Bruxelles en a une autre, sonnant un ton au-dessous de noire diapason.
Jacques Delusse appelé Lusse dans le jugement que l'on connaît (1752), mais dont tous les instruments SI 'Ht marqués « Delusse », était établi quai Pelletier (actuellement de Gesvres) en 1769. A la
1700-1760 — LVST. A VENT 101
même adresse, nou^ trouvons, de 1775 à 1779, un facteur de ce nom, dont le prénom n'est malheureusement pas indiqué, car en 1785 apparaît, toujours au même endroit, un Chrislophe Delusse - peut-être son fils - de telle sorte qu'il est difficile de savoir quand le premier cessa la fabrication et quand le second la commença Cette incertitude est d'autant plus regrettable qu'il existe au Conservatoire, des instruments très curieux, et que Ton ignore auquel de ces facteurs en revient le mérite : un galoubet (n* 364), une flûte en buis à une clé, trois hautbois (n'**' 480, 481), un basson soprano en fa (n° 499), trois flageolets diapasons (740 à 743), une basse de flûte Iraversière à 5 clés et à tète recourbée, dont la partie cintrée est en métal, et une contrebasse de hautbois (n** 459). Ce dernier instrument est remarquable non-seulement par sa rareté — il est probablement unique — mais aussi par l'innovation qu'il constituait à l'époque. Depuis longtemps les anciennesfamilles complètes d'instruments avaient disparu et, il est hors da doute, que Delusse en faisant cette contrebasse, n'a nullement songé à une reconstitution. Nous sommes donc en présence d'une tentative nouvelle, ayant pour but, pensons-nous, de suppléer au basson, et, ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est ce passage reproduit pour la première fois dans la Facture instrumentale (p. 24), d'après y Almanach musical pour 1781 : '
M. Luee a fait aussi une contrebasse cIj hautbois. Cet instrument fait beaucoup d'effet dans un grand orchestre.
lOJ RECHERCHES SUR LES ANCIENS FACTEURS
M. (Le Marchand, basson de l'Opéra, s'en est servi six mois à ce spectacle. Le prix delà contrebasse du hautbois est de loo livres.
Il y a donc lieu de croire que l'instrument du Conservatoire est celui dont il est question dans cette citation. En ce cas, il y aurait eu erreur de la part du rédacteur du catalogue, sur la date présumée de 1760, et sur la dénomination de l'instrument qui ne serait point comme il l'a cru, une contrebasse de bombarde, (d*ailleursinusiléedepiuslongtemps)tandisquaucontraire ses proportions et son emploi à l'Opéra par un bassoniste, laissen t supposer un équivalent du basson , lequel n'est pas autre chose, sous le rapport de l'étendue, que la contrebasse du hautbois.
Dans le même Almanach(p, 60) nous lisons encore :
« M. Deluce a fait une nouvelle ilûte très harmonieuse, inventée, dit-il, en Allemagne, avec laquelle une seule personne peut jouer des airs en partie. Cette flCite est composée de deux liâtes à bec, réunies dans un même corps. L'une d'elles est à la tierce de l'autre. On peut les jouer ensemble, ou, si l'on veut, n'en jouer qu'une. Cet instrument a la môme gamme et la môme étendue, que la Ilûte à bec. Le prix de cette Ilûte est de 36 liv. en buis et de 60 liv. en cbeine.
A parlir de 1789, nous ne retrouvons plus le nom de Delusse, si ce n'est sur l'inventaire de Bruni, où figurent plusieurs flûtes de sa fabrication. Ses hautbois étaient particulièrement recommandés et recliercliés au début de notre siècle, à cause de leurs
1700-1760 — INÔT. A VENT 103
bonnes proportions et de leur justesse. Delussk n'était pas seulemenl facteur, il possédait un réel talent sur la flùta, qu'il utilisa à l'Opéra Comique et comme professeur. A ce titre, il a composé un grand nombre de morceaux et une méthode : VA7't de ia flûte iraversière.
11 ne resté pas de nombreux témoignages de l'activité de Denis Vincent ; seule, une flûte traversièrc en ivoire, à trois clés, déjà mentionnée dans notro volume La facture instrumentale à VKxposiiion de 1889 (P- 283), vient attester son habileté. D. Vincent était en 1769 rue de l'Observatoire; en 1791 seulement ce nom reparaît rue St-Honoré, mais évidemment c'est à un autre facteur, non prénommé, qu'il s'applique, car nous le revoyons en l'an VII, quai Pelletier, 34. Cette coïncidence de domicile, fait même songer à un successeur de Delussk .
Après avoir fait connaître ce que nous savons des cinq adversaires de Gilles Lot en 1752, arrivons à lui pour compléter ce que nous avons déjà dit au chapitre H. G, Lot s'était flatté de primer ses concurrents sous le rapport du travail, il les surpassa comme invention. La trouvaille que nous avons faite dans V Ai)ant'Coureiir du 1 1 mai 1772 (p. 29?). le démontre nettement :
Le sieur G. Lot, facteur d'instruments à veut, demeurant dans la cour des moines de l'abbaye Saîut-(Termain, vis-à-vîsdela fontaine, vient de faire paraître un instrument de musique d'une nouvelle invention, sous le nom de basse tube (basso tuba) ou basse de clarinette. Ou
n'a point encore vu d'instruments d'une étendue aussi considérable. Il est susceptible de trois octaves et demie pleines; il descend aussi bas que le basson et monte aussi haut que la tlûte.' Cet instrument, qui est d'une forme tout à fait particulière, contient plusieurs clés pour l'usage des semi-tons, toutes très arlistement arran gces et d'un mécanisme fort ingénieux. Les sons qu'il produit sont très agréables et si parfaitement sonores, qu'ils imitent de fort près, dans les tons bas, ceux d'un orgue dans l'action des ^pédales. Cet instrument étant jouô par un habile artiste, ne S(;.aurait manquer de produire un très bon effet et d'avoir l'approbation du public, soit qu'il soit entendu seul ou dans l'orchestre.
Ces quelques lignes, dont aucun historien n'a encore fait mention et qui se trouvent publiées ici pour la première fois depuis leur apparition, c'est-à-dire, depuis plus d'un siècle, ces quelques lignes, disonsnous, ont une importance capitale, tant pour l'origine de rinslrumenl que pour l'honneur de la facture française du xvni° siècle. Elles infirment en outre tout ce qui a été écrit jusqu'ici dans les dictionnaires, catalogues, traités ou histoires de l'instrumentation, qui, tous sans exception, font remonter le premier essai de clarinette basse à 1793 et ratlribuenl à Grknsiîr, de Dresde. La description ci-dessus est suffisamment précise pour éviter toute incertitude sur la nature de l'instrument: le nom de basse de clarinette^ les détails sur l'étendue et l'effet produits, ne laîssenl pas place au moindre doute et elle nous permet de revendiquer hautement, jusqu'à nouvel ordre, la clarinette-basse pour une invention française. L'an-
17 00- 17 00 INSTR. A VENT lO.H
nonce reproduite ci-dessus n'est pas la seule, mais elle est la plus explicite, car il serait difficile d'ar- ^'umenter sur celle-ci, extraite de VAlmanach Dauphin de 1777 (p. 45 du supplément) : < Lot, avantcour des moines, renommé pour les clarinettes, vient d'exécuter un nouvel instrument en ce genre, inconnu jusqu'à ce jour, sous la dénomination de baisse-taille. »
Puisque nous en sommes aux rectifications, observons que c'est à tort que G Chouqubt a désigné G. LoTconame étant fils de Thomas {Le Musée du Conservatoire^ p. 98) ; il n'était que son cousin, ainsi ^u il appert du jugement auquel nous avons déjà renvoyé plusieurs fois.
Est-ce Thomas ou bien Gilles qui fournit l'Opéra 1 l^eu importe, la chose est secondaire, mais le fait f[ue révèle le mémoire ci-après, mérite d'être signalé, ïie serait-ce que pour établir qu'autrefois, on se Piéoccupait de la justesse à ce théâtrô :
Académie royale de musique, 22 septembre i755,
Suivant arrêté du bureau de la ville, eu date du ^ juillet dernier, le sieur Lot, maitro luticr, à Paris, ^ fourni à l'Académie royale neuf tuyeaux organisez^ ^ont elle avait besoin ^oxyv^étàblir le ton du clavessin ^^ l'Opéra, prix fait à 9 livres pièce 81 livres.
fin outre, pour avoir raccomodé le soufflet 6 —
A cette époque, le flageolet-diapason n'était pas en usage — J.-J. Rousseau et Lacomue n'en ont rien dit dans leur dictionnaire — ou il manquait de fixité,
et Tinsl ruinent de Richard, dont parlait Lacassagne, n'existait pas encore ; d'où la nécessite des tuyaux d'orgues commandés à Lot pour régler Taccord dés clavecins et par conséquent de l'orchestre, dans lequel cet instrument figurait encore pour raccompagne ment des récitatifs.
Nous n'avons trace que de deux facteurs d'instruments de cuivre : Carlin et Raoux. Carlin « ordinaire du Roy, rue Croix-des-Petits-Champs » qui fournit deux cors de chasse à l'Opéra, en novembre 175 1, moyennant 84 livres, élait en même temps exécutant ; »u Tableau de Paris (1759 et 60) il est rangé avec Raoux parmi les professeurs, et l'almanach de 1769 l'annonce en ces termes : « il fabrique les cors de chasse et enseigne les fanfares et autres >. Comme facteur, il figure en 1777 avec les chaudron- 'niers, suivant le vieil usage : « Carlin très renommé pour la fabrication des meilleurs cors de chasse, trompettes et timbales ». Les musées des Conser vatoires A9> Paris et de Bruxelles possèdent des cors de ce fabricant. La lonalilé de l'instrument exposé à Bruxelles {fa) est à remarquer, les tons les plus usilés à l'époque étant tit^ ré ou mi b.
Dire quels ont été les continuateurs de Raoux et combien ils furent, depuis 1695, sernit fort difficile. Il est hors de doute cependant que ses descendants n'ont pas cessé d'exercer la fabrication et le jeu du cor de chasse jusqu'en 1759. A cette époque, Joseph Raoux avait son atelier dans la rue Tiquetonne, qui, en 1769, avait déjà repris son ancien nom de rue du Petit-Lion-St Sauveur, du moins dans la partie qu'il
habitait. Il y était encore en 1775, année où son fils Lucien- Joseph, alors âgé de 22 ans, était lui-même établi t rue Mercier, à la nouvelle halle » ; mais, l'année suivante, le père et le fils se réunirent et transportèrent leur maison au Louvre, rue Fromenleau, tandis que Gormery s'installait rue Mercier, peut-être au lieu et place de Raoux fils. Vers 1785, la raison sociale devint Raoux frères, et un peu avant 1795, leur atelier ^^t transféré rue Serpente 8, où il resta définitivement. Les instruments des Raodx jouissent d'une réputation acquise à juste titre ; ils sont très recherchés des artistes pour leur sonorité et leur justesse. De Joseph Raoux qui mourut , croyons-nous, le 26 décembre 1808, le Conservatoire possède un cor donné en 1798, comme prix à Dauprat, virtuose éminent. Il a également une trompette de cavalerie décernée par » le premier Consul au citoyen Krexly, pour s'être distingué à la bataille de Marrengo » ( 1 800) faite par Raoux fils, évidemment Lucien- Joseph, car il vivait encore en 182 1, et une trompette circulaire faite] en 1820^ dont Dauverné se servit jusqu'en 1826, à l'orchestre de l'Opéra.
Nous voici arrivé à la deuxième partie de la division que nous avons adoptée, dans laquelle nous nommerons les facteurs qui ont surgi de 1761 à
Pour les luthiers, nous n'avons que peu de noms
à ajouter ; de la nombreuse liste qui constitue notre
première période, beaucoup continuaient à exercer,
sur lesquels nous ne reviendrons pas*
Benoist Flettô ou Hetté n'a pas laissé trace de son exercice, on sait seulement qu*il fut compt ible en 1765 ; Le Lièvre avait fait en 1760 le violon mis en réserve par Bruni ; et récemment on en a signalé un de 1754 ; son nom figure avec l'adresse : rue des Nonaindières sur la Vielleuse habile^ publiée par J.-F. BouiN (entre 1761 et 71), ainsi que sur les almanachs de 1775 à 1779; Leclerc, logé aux Quinzo- Vingls, s'occupa beaucoup de raccommodages, nous avons vu de lui des éliquetles de 1761,1768 et 1777; Gérard J. Delplanque, luthier lillois, a laissé quelques beaux spécimens de sa fabrication : une pandore de 1766 (à Bruxelles), un pardessus de viole à ^ cordes de la même année (Exp. rélrosp. belge 1878), un cislre de 1768 (Cons., n» 255), un autre de 1775 (Bruxelles) et un troisième de 1777 (coll. Samary) La guitare en écaille avec incrustations nacre et marqueterie d'ivoire (1775), acquise récemment par le Coiiservaloire, est d'une exécution magnifique. Etabli en premier lieu «marché aux poulets, près le marché aux poissons » à Lille, ce lutliier transféra son atelier peu après (vers 1766; c grande chaussée, au coin d? celle des Dominicains ».
D'Antoine Saint-Paul, juré-comptable en 1768, il n'est resté aucun instrument ; A. Vjdal cite un pardessus de viole de l'année 1772; pourtant nous suivons ce luthier depuis 1775 jusqu'en '7^9; il était beau-fils et successeur de GuEnsAs ainsi que l'indique son prospectus :
Au luth royal, rue des Fossés-Sain l-Germain-des- Prés
proche la Comédie Française en entrant à droite par le carrefour de Bussy, Saint-Paul, beau-lils et successeur ^lu sieur Guersan, luthier, fait et vend toutes d'instruments de musique, sçavoir : violons de Crémone, violons de sa façon et de toutes sortes d'auteurs ; alto-viola, basses et contrebasses, harpes, guittares, vieles, luths, théorbes, mandores et mandolines ; cistres ou guittares allemandes, quintons, pardessus de violes, basses de violes, violes d'amour, serinettes et autres instruments. Il vend aussi des cordes de Naples et de Rome, de Lyon et toutes sortes de cordes filées pour lesdits instruments. On trouve aussi chez lui des cordes pour les clavessins et épinettes. Le tout à juste prix. A. Paris.
Luazi non plus n'a pas laissé d'inslrument ; sans cette annonce que nous copions dans le Mercure de France de 1768, son nom serait encore ignoré :
Perfectionnements à la musette donnant lo son de la '-larinette et de la voix humaine, elle se joue avec ou sans bourdon ; on peut imiter depuis la vivacité et la netteté du coup de langue, comme dans la flûte travcr- ^ière ou dans le hautbois.
Zi
le luthier qui faisait toutes sortes d'instruments était alors fixé, rue Mazarine, près le carrefour de Bussy.
C'est par la proposition qu'il soumit à l'Académie 'les sciences en 1769, que Crosset, luthier à Reims, nous est connu. S'étant aperçu que les louches placées sur le manche de divers instruments : # violes et toutes ses parties, quiiilon, guitare, mendole, meridoline et souvent la contrebasse de violon » pour marquer les demi-tons, coupaient toutes les cordes à
no RECHERCHES SUR LES ANCIENS FACTEURS
la même hauteur et donnaient par conséquent des demi Ions égaux, tandis qu'il y en a de majeurs et de mineurs, Gosset eut l'idée de substituer aux dites touches, laites généralement de cordes entourant le manche, « des espèces de sillets bas , collés sur le manche, plus haut ou plus bas sous chaque corde, » selon que le demi-ton est majeur ou mineur, afin d'obtenir une justesse parfaite, impossible avec le système des divisions égales.
Le Journal de musique de 1770 mentionne quelques luthiers inconnus jusqu'ici, comme beaucoup de ceux que nous avons déjà signalé d'ailleurs : Cassineau, rue des Prouvaires près Saint-Eustache « fait, vend, achète et loue toutes sortes d'instruments, violons, basses de violes, pardessus, guitares, clavecins, man dohnes, contrebasse, vielles et autres instruments » ; Cherbourg, dans le Temple au bâtiment neuf inventeur t de la lyre renouvelée et perfectionnée, » un de ces instruments à 22 cordes et 7 clés a fait partie du musée de M. Sax qui, dans Tignorance du nom choisi par le luthier, lui adonné, celui de « cistre » ; l'étiquette en est curieuse : t Cherbourg, dans le Temple à Paris enventeuvre (inventeur) de la perfexion de cet instrument lans désiré » ; il n'y a pas de date, mais il n'est certainement pas « très ancien » comme Ta cru M. Sax, nous ne le croyons pas de beaucoup antérieur à l'année 1770, époque où nous trouvons l'annonce de l'invention de Cherbourg ; Déhaye (Deshayes ?) rue de Grenelle-Saint-Honoré, près celle des Deux-Ecus, le seul élève et neveu de M. Salomon ; il avait pour enseigne c au Prélude es^
pagnol » et joignait à la vente t des violons, violoncelles, basses, dessus de violes, basses de violes, violles d'amour, » celle des violons et violoncelles d'Italie et des meilleurs auteurs anciens français et éiraogers, ainsi que des cordes de Naples etde Rome. Nous ne saurions dire si c'est lui qui se trouvait, rue des Saints-Pères de 1775 à 1777.
Un violon signé Eve et portant avec la date de 1770 l'adresse, rue Culture-Stf-Catherine € à la fortune » est au Conservatoire (n** 18). Est-ce le même Eve qui de i77«î à 79 avait son atelier, rue N^« Ste-Catherine, et que TAlmanach de 1783 désigne par les prénoms de Jacques-Charles, rue St-Antoine,et que nous trouvons en 1788-89, rue Vieille-du-Temple ? Henri Huet avait pour enseigne « au Roi des instruments » ; il figure en 1778 comme faiseur de serinettes, rue St-Marlin; il avait transféré son domicile, lue du Grand-Hurleur en 1783, année quiso trouve sur l'alto inventorié par Bruni. Voici copie de son étiquette :
Huet, maître luthier, fabrique et rebille toutes sortes d'instrumens comme violons, basses, contrebasses, guittares, alto, serinettes, etc., le tout au goût des amateurs, il tient de bonnes et véritables cordes de Naples, le tout ajuste prix. Sa demeure est à l'encoignure de la rue du Grand-Hurleur et de St-Martin, à Paris.
Vers 1770, arrivait à Orléans, François Lupot, luthier lorrain, élève de Jos. Guarnerius, issu d'une famille originaire de Mirecourt, sur laquelle les renseignements donnés jusqu'à ce jour sont quelque peu contradictoires. D'après A. Jacquot, le chef de
cette famille sérail Jean Lupot né le 25 juillet 168401 décédé le i^^mars 1749. Suivant A. Vidal, ce Jean LupoTeul un fils, Laurent, qui naquit à Plombières en 1696, habita Lunévillede 175 1 à 1756 etsefixa à Orléans en 1 762. La date de la naissance de Jean, donnée par le premier, nous semble erronée, car il n'y a pas d'apparence qu'il ait eu un fils à l'âge de 12 ans; l'année 1670 à laquelle la famille Gand fait remonter approximativement la naissance de son ancêtre est plus acceptable. D'autre part on signale une étiquette de Jean Lupot portant la date de 1647. Sans prendre parti, revenons à François Lupot qui se fixait en France après un séjour de i o années (et non 1 2 comme l'a dit A. Vioal) à la cour de Wurtemberg. Né à Plombières de Laurent Lupot, il avait 22 ans lorsqu'il partit en 1758 pour Stuttgard, où il était appelé — on ne sait à la suite de quelles circonstances — pour exercer son art à la cour du duc régnant. Le fait est établi d'une façon absolue par un instrument que l'on a retrouvé avec cette curieuse étiquette : « François Lupot, luttier de lacoure de Wirtenbergt à Stoutgard 1765 w et par le certificat ci-après, tout entier de la main du célèbre compositeur italien JoMELLi, conservé précieusement, comme bien on pense, par M. Gand :
Lomsburg, 16 juin 1768.
J'atteste moi soussigné par le présent certificat, que le nommé François Lupot a servi pendant l'espace de dix ans consécutifs Son Altesse Sérénissime. Monseigneur le duc régnant de Wirtemberg jusqu'à aujourd'hui
i7!Bl-74, LUTHIERS 113
qui sort de son service, avec ponctualité, exactitude et particulière adresse et finesse de son art.
Le directeur de la Musique de S. A.
Sér. le duc de Wirtemberg,