‹ Les facteurs d'instruments de musique, les luthiers et la facture instrumentale; précis historiqueChapitre 49 sur 84 · HARPES — ORGUES · texte numérisé non relu

HARPES — ORGUES

la mobilité de la console; enfin, il tenta de supprimer le mouvement d'une fourchette au premier accrochement, pour éviter le frisement ; le second disque n'accomplissait son effet qu'au second accrochement. La facture des harpes a subi des fortunes diverses. Après avoir eu une vogue considérable, cet instrument perdit faveur vers 1827, au point de faire redouter un abandon prochain qui ne tarda pas à se produire. En 1855, on dut déplorer cette fâcheuse situation d'autant plus extraordinaire, qu'elle s'accentuait à mesure que Tinstrument se perfectionnait et que s'élargissait son domaine, En 1867 l'intérêt pour ce bel instrument n'avait pas repris, et si quatre facteurs avaient encore exposé des harpes en 1839, sans la maison Erard on n'en eût vu aucune, ni en cette année 1867, ni en 1878 non plus qu'en 1889. On peut dire sans exagération, que c'est le piano qui a tué la harpe, car si les besoins de l'orchestration moderne n'exigeaient impérieusement l'emploi de cet instrument, elle ne serait peut-être plus qu'un souvenir à l'heure actuelle.

§111. Facteurs d'Orgues et d'Harmoniums.

Dans la facture des orgues, Aristide Cavaillé-Coll s'est acquis une renommée égale à celle d'ERARD pour les pianos. 11 occupe sans contredit la première place parmi ses confrères de France et même de l'étranger. Ces derniers lé reconnaissent d'ailleurs trè^

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volontiers : « En ce qui concerne les orgues de M. Caf vaiilé-Coll, a dit Téminent directeur du Conservaf toire de Bruxelles, M. Gevaert, mon opinion, d'acj .« cord avec celle de tous les artistes compétents, est

« que ses instruments sont incomparablement supé- € rieurs à tout ce qui se fait dans TEurope entière * » ; à quoi M. Best, de Londres, ajoute : t En quelque « lieu que ce soit, M. Cavaillé-CoU est considéré « comme un artiste tenant absolument le premier < rang ». L'unanimité dans les éloges, que rencontre ce facteur, est justifiée par les améliorations importantes qu'il a apportées au plus majestueux des instruments. Pour les énumérer, il faudrait un volume, car il n'est pas un organe de cet instrument si compliqué, qui n'ait élé l'objet des recherches et des perfectionnements de cet éminent organier. Ecrire son histoire serait faire une étude de la transformation de l'orgue en ce siècle. La meilleure preuve de l'utilité des inventions de M. Gavaillé-Coll. c'est qu'elles ont été adoptées par tous les facteurs, car leur auteur les a généreusement laissées dans le domaine public *. Si nous ne pouvons analyser ici ses nombreuses découvertes, nous signalerons celles qui ont le plus marqué dans la facture : les réservoirs

* Causerie sur le grand orgue de la maison Cavaitié-Coll. Avranches, 1890 p. 11.

2 A ce sujet, M. Lemmens. célèbre organiste belge écrivait : • M. Cavail'.é-CoU n'a pas dérivai sérieux. Les facti?urs d'orgues de toutes les nations sont forcés de lui emprunter ses belles i iventions, qu'en véritable artiste, il a abandonnées à la facture. » (loc. cil.)é

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d'air à diverses pressions, donnant une égalité de son inconnue auparavant ; les jeux harmoniques apportant la rondeur, Téclat et Tintensité de son qui manquaient; la multiplicité des laies, les pédales et registres de combinaisons actionnés par des moteurs à double mouvement, imaginés d'après le levier de Barker, donnant à l'organiste le moyen d'avoir successivement et par la Tseule manœuvre d'un boulon, différents mélanges de jeux sur le même clavier. C'est à ce savant facteur que Ton doit aussi la formule soumise à l'Académie des sciences en 1860 et connue sous le nom de loi de Cavaillé-CoU, à l'aide de laquelle on peut calculer exactement les dimensions â donner aux tuyaux, pour obtenir des sons déterminés ; formule que les acousticiens appellent € empirique » parce qu'elle ne s'explique pas scientifiquement, mais qui n'en est pas moins conforme à la pratique et dont ils sont forcés de reconnaître la justesse K La renommée de notre grand facteur est universelle et il est peu de pays qui ne possède d'instrument de sa fabrication. Plus d'un millier d'orgues ont^été construites jusqu'ici sous sa direction, M. Philbert en a publié une liste en 1876 dans son volume VOrgue du Palais de l'Industrie d'Amsterdam. Ils se font tous remarquer par la savante composition, le choix des matériaux, la perfection du mécanisme, d'une exécution telle que dans de loin-

* Antérieurement M. Cavaillé-CoU avait déjà soumis à l'Académie des Sciences un mémoire : Etudes expérimentales sur les tuyaux d^ orgues. (Séance du 24 février 1849).

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t aines années ils témoigneront encore de la parfaite conscience de leur auteur et de son travail plus artistique, que mercantile, alors que d'autres instruments moins coûteux au début, auront subi les ravages du temps. Parmi les magnifiques instruments de M. A. Cavaillé-Coll, citons ceux de St-Denis (1841), de la Madeleine, (1846), de Sl-Sulpico (1^62), de Notre-Dame (1867), de .Sheffleld (1873), du Trocadéro ( 1 878), du Conservatoi re de Bruxelles ( 1 880), de St-Ouen de Rouen (1800). Jamais carrière ne futmieux remplie, car dès l'âge de 1 1 ans A. Cavaillé-Coll, né à Montpellier le 4 février 181 1, travaillait avec son père à l'orgue de Nîmes et c'est à 25 ans qu'il conçut et réalisa les modifications importantes qui firent l'admiration des juges du concours pour la construction de l'orgue de St-Denis. Depuis, les récompenses les plus flatteuses lui ont été décernées ; médailles d'or, diplômes d'honneur, etc. Nommé chevalier de la légion d'honneur en 1849, M. Canaille- CoLL a été fait officier de cet ordre le 20 oct. 1878.

Après avoir collaboré pendant onze ans aux travaux de son père, M. Gabriel Cavaillô-Coll, né à Paris, le 17 octobre 1H64, s'en est séparé le 17 mai 1892, pour fonder une nouvelle maison. Digne en tout point du nom qu'il porte, ce jeune facteur a déjà donné la mesure de ses capacités, dans les di vers travaux qu'il a conçus et dirigés, soit dans la maison paternelle, soit dans la sienne. Parmi les premiers, il faut citer : 1** un nouveau système d'orgue électrique ; ^° un système de sommier basé sur une distribution d'air différente de celle en usage,

onauEs

pour les jpux du clavier de pédales, rendant les mouvêinenis aussi doux aux pieds que ceux du clavier à main, el donnant une nmilleure alitrentalion des .jeuK, dont la première ap)ilii-alton a élé l'ailu, en 1889, aux orgues d'Amiens et des Andelys; 3" un

système de transmission tubulaire dans lequel l'action de l'air comprimé est entièrement substituée aux mouvements mécaniques ordinaires : registres, éviers, verg ettes. elc; un petit tuyau établît directement la communication entre la louche et le sommier, à l'instar du fil conducleur dans les orgues élsctriqiies, système imaginé pour l'église St-Gervais à Rouen, dont la disposition ne permettait pas l'etn-

ploi des anciens procédés de transmission (1889). Pour son compte personnel, M. Gabriel Cavaillé-Coll a restauré l'orgue de Villejuif et construit un grand orgue d'accompagnement pour réglise paroissiale de St-Emilion et iln orgue de salon placé chez M. Widor, le célèbre orgnniste de St-Sulpice et professeur du Conservatoire, qui se compose de 9 jeux en 8 pieds ouverts, avec 2 claviers à mains, pédalier et soufflerie hydraulique (fig p. 2 1 9), Cet instrument, dont le buffet a été dessiné fort artistiquement par M. Emmanuel (]availlé-Coll, frère aine du constructeur, est un petit chef-d'œuvre de facture. Ainsi se perpétuent les traditions qui illustrent la famille depuis plus d'un siècle cl demi.

Moins célèbre que les Ca vaille, Louis-Paul Dallery, né le 24 fev. 1797 à Paris, s'est cependant fait remarquer par des travaux importants. Avec son père Pierre-François, il travailla aux orgues de la Couture, de Bourges et de la chapelle de la Sorbonne. A partir de 1826, il exerça seul et débuta par des réparations assez considérables aux orgues de l'église St-Ouen, k Rouen (1826-38) et de St-Germain-l'Auxerrois, de St Nicolas-desChamps, de St-Séverin, de Notre-Dame de Paris, etc., et d'importants changements à celles de St Thomas-d'Aquin (1842), deSt-Gervais (1843), de St-Germain-l'Auxerrois (1844).

Successeur de Somer, vers 182 1, Louis Callinet *

^ Plusieurs membres de sa famille ont exercé la facture d'orgues, parmi lesquels Claude-Ignace Collinet, né à RoulTach (Ilaut-Rhin) en i8o3, qui fut associé quelques années à son frère aîné. Ils firent ensemble 38 orgues neufs, pour la plupart

n'a pas de grands travaux à son actif, hors l'orgue de Toraloire de la rue St-Honoré. Il vendit, en 1839, ^on fonds à Danblaine, avec qui il fut associé pendant cinq ans '. après quoi, il entra comme ouvrier chez GavAiLLÉ-CoLL, où il resta jusqu'à sa mort, en 1846. Un peu avant 1844, cette maison fut reconstituée sous la raison sociale Girard* et C'«, Barker y était entré comme contre-maitre en 1842. Les plus importants travaux de ces facteurs sont la reconstruction de l'orgue de St-Eustache (1844) et la restauration de celui de St-Sulpice (1844-46). Pierre-Alex, Dacroquet leur succéda et sut donner une grande impulsion à son établissement. Seul facteur français en concurrence avec les facteurs anglais à Londres, en 185 1, il remporta la grande médaille d'honneur qui lui valut en France, la croix de la Légion d'honneur (22 nov. 1851). Ses derniers instruments, sont le second orgue de Sl-Euslache et celui qu'il présenta à l'exposition de 1855, comprenant les derniers perfeclionnements connus et ceux qui lui sont personnels, ainsi que les nouveaux jeux qu'il venait de créer : la flùle à pavillon, l'ophicléide, le kéraulophone. P. -A. Ducroquet

en Alsace. J. Caliinet en fit seul une trentaine, cntreautres celui de Saint-Chamond, de Bourg.

< F. Danjou fut le fondateur et le directeur artistique de l'entreprise à laquelle il intéressa les meilleurs spécialistes. Une succursale fut établie à Lyon sous la direction de Ih. Sauer.

> En i8o3, d'autres facteurs, les frères Philippe et Frédéric Girard firent breveter un procédé de construction de tuyaux permettant d'enfler ou de diminuer à volonté les sons, sans on changer la nature ou la justesse.

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se relira pou oprès ; il mourut à Varennes (Somme), le 29 juillet 1877.

Désireuse de s'établir en France, la maison Merklin, Schntie, de Bruxelles, prit la suite de Ducroquet à Paris et à Lyon. Depuis 1855, où ces facteurs ob tinrent une médaille de 1"» classe, il n'ont plus re;;u que des médailles d'or (1867-78-89). f Ce facteur, qui « s'inspire encore plus des orj?aniers allemands que t des organiers français, écrivait le rapporteur du t jury en 1878, applique à ses instruments de « moyenne dimension, le système de transmissioii « facultative des jeux d'im clavier sur un autre ou « même sur le pédalier ». M, Jos. Mebklin, né le 17 février 1819a Oberkausen (duché de Bade) est chevalier de la Légion d'honneur depuis le 30 juin 1867; il s'est fait remarquer surtout par l'application de rélectricité aux grandes orgues (1881) que longtemps avant lui M. Alb. rEsciURD etBAi.Ktn avaient réalisé pour la première fois dans l'orgue de Salon (1866) et de St-Augustin à Paris* (1868), dans un temps où ce fluide ne jouissait pas d'une faveur comparable à celle qu'il a obtenue depuis une vingtaine d'années. Le procédé employé par M. Merklin est emprunté à MM. SciiMoÈLE et MoLs qui se sontinspirés du système A. Peschard.

Un facteur anglais, John Abbey, né à Wilton le 22 déc. 1785, s'est acquis en France un juste renom. 11 vint à Paris en 1826, appelé par S. Érard pour

* Alb. Peschard. Les premières applications de VélectricHé aux grandes orgues^ Paris, 1890.

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coopérer à la construction des orgues de la maison de la Légion d'honneur à Saint-Denis, de la chapelle des Tuileries* et du château de la Muette, résidence d'EnARo -. Abbky, introduisit dans ces instruments le mécanisme anglais et la soufflerie à plis renversés imaginée en 1814 par son compatriote Cummins. L'invention de la boîte expressive à Taide de laquelle on fait varier l'intensité du son est attribuée à J. Ab3e\'* . Ce facteur apporta aussi d'Angleterre l'usage des pédales d'appel et de combinaisons*. Etabli à son compte, il ne tarda pas à s'attirer la faveur des artistes. Ses orgues, de petites dimensions, prirent facilement place au salon et c'est peut-être leur succès qui décida La Faoe, alors maître de chapelle à

^ L'exécution du jeu expressif imaginé par Ebaro, fut confiée par lui à Cosyn, ex-ouvrier de Grenié. Ce premier orgue fut détruit en grande partie en i83o et complètement refait par P. Erard en i855.

- Cet instrument est aujourd'hui placé dans la grande salle du Conservatoire.

•^ Lété de Mirecourt, a revendiqué la priorité de ce procédé, employé par lui en 1825. (Rapp. du jury, 1829, t. II, p. 357). Une disposition analogue était appliquée à un piano droit de Mbrcibb exposé en 1834.

* Le système anglais propagé en France par Abbby dispensait l'organiste de tirer ou de pousser avec la main, les registres formant combinaisons, mais la composition de ces combinaisons déterminées à l'avance par le facteur, était toujours la même et l'organiste ne pouvait y introduire les jeux de son choix, sans manœuvriisr les registres à la main comme à l'ordinaire. Le système imaginé par Oavaillé-Coli. laisse au contraire à l'exécutant toute liberté de mélanger les jeux à son gré, l'action des pédales s'exerçant au sommier et non sur les registres. (La ^3iSe,V Orgue de V église royale de S t- Denis, 1846, 2eédit.,p.67,68).

St-Étienne-du-Montà en demander un pour l'accompagnement de la musique du chœur et du plain-chant*. C'est donc J. Abbey qui construisit en 1829 le premier orgue de ce genre, dont l'usage devait se généraliser; il en fit environ 25. Parmi les grandes orgues faites ou restaurées par Abbey, citons celles des cathédrales d'Amiens, de Chàlons-sur-Marne, de La Rochelle, de St-Flour, de Moulins, de Nevers, d'Evreux, de Tulle, etc. Ce dernier, présenté à Texposition de 1839, valut à son auteur la plus haute récompense (médaille de bronze) décernée pour les orgues. Lorsqu'il fut chargé (vers 1842) de la réparation de l'orgue de la cathédrale de Versailles, Abbev se fixa dan^ cette ville où il mourut en 1859. ^®s fils E. et J. Abbey lui ont succédé. Ils ont obtenu une médaille d'argent en 1878 pour les excellentes améliorations qu'ils présentaient : pédalier concave, régulateur en métal appliqué aux jeux de fonds de menue taille (système adopté par beaucoup de facteurs); la même récompense leur échut en 1889. S'ils n'ont pas obtenu plus, c'est évidemment à cause des dimensions peu considérables de l'instrument exposé, car le rapport du jury constate le soin apporté aux détails, notamment à la soufflerie « traitée de main de maître », ainsi que la distinction et l'homofçénéité des sons. MM. E. et J. Abbey ont construit ou réparé jusqu'ici 70 instruments (orgues de chœur ou grandes orgues) dont les plus importants sont ceux d'Amiens (église St-Martin), de Chartres (cadié-

1 La Page. Uorgue de Végl. roy. de S (-Denis (loc. cit.) p. 52, note I.

drale) de Gonesse, de Neuilly, de Versailles (St Symphorien), de Louviers et des églises Si-Georges, St" François-de-Sales, de Tlmmaculée Conception, de Notre-Dame-de-Lorette, et de St-Séverin, à Paris, ce dernier récemment inauguré.

Cil. Sp. Barker (né à Bath, le lo oct. 1806), l'auteur du levier pneumatique, venu en France en 1838, par suite de l'opposition qu'il rencontra dans son pays et dont la merveilleuse invention ne fut appréciée que grâce à la perspicacité de M. Cavaillé Coll, et à Tapplicatîon qu'il en fit pour la première fois à l'orgue de St Denis, dirigea pendant dix ans les aleliers de la maison Ducroquet. 11 fit breveter en 1839 divers perfectionnements, tendant à diminuer la résistance au toucher, à produire des sons à l'octave par accouplement et à rendre plus sensible la modération des sons de l'écho (boîte expressive). En 1855,1e jury reconnut les services qu'il avait rendus à la facture, en lui accordant une médaille de i'° classe, bien qu'il ne fût pas exposant, et le gouvernement le nomma chevalier delà Légion d'honneur le 14 nov. de la même année. En 1860, Barker s'associa avec Gh. Verschneider — qui mourut peu après {1865) — et fit, avec la collaboration de M. Alb. Peschard, la première application de l'électricité aux grandes orgues, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Bahker est mort en 1880.

A la transformation de la maison Daublaine et Gal- LiNET en société Girard et Cie, Ant. L. Suret qui en était un des premiers ouvriers, s'en sépara et s'établit à son compte. En 1844, il put exposer un petit

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instrument donl il fui iv'compcnse'» par "une médaille de bronze; l'orgue de St-Laureut lui valut en 1849 la médaille d*argent et celui de Ste-Elisabeth du Temple, se distinguant par la qualité des jeux, Tégalité et la promptitude d'arlirulation, fut l'occasion d'une médaille de i'* classe en 1855.

La facture d'orgues, un moment abandonnée,avai[ repris faveur depuis l'impulsion que les travaux de Cavaillé-Coll lui avait imprimée ; conséquemment de nouveaux facteurs surgissaient, et ce mouvement de reprise, se trouvait favorisé par laliberlé qu'ilsavaient d'appliquer les belles découvertes de l'illustre orgaaier.

Parmi les nouveaux venus, signalons P. DomingoUe, inventeur de l'orgue à double piston (méd.de br., 1839-49-55); Cil. J. B. Gadault, établi avant 1854 (méd. debr., 1849; M. H. 1855); J. B. Aug. Boudsocq, qui avait travaillé successivement dans les meilleurs ateliers de Paris, mais dont les travaux personnels ne se sont pas imposés ; Stoltz et Schaaf qui, pour réaliser la construction à bon marché, abandonnèrent les avantages apportés par les derniers perfectionnements, soit en plaçant les jeux d'anches et de fonds sur les mêmes sommiers, malgré Tinconvénientreconnu; soiten employantpourles tuyaux» un métal de qualité inférieure, composé mi-partie de plomb et étajn ;une médaille de 2° classe leur fut pourtant attribué en 185 5. Ces principes de construction n'épient point changés en 1867 (méd. debr.), car la même remarque fut faite, M. Stol^ ISls ayant alors succédé à Schaaf ; mais eh 1878 MM. Stolz n'eurent pas à en-

cQjurir semblable reproche, et pour bien dégager leur oouvqIIç manière, le rapporteur donne le détail de la composilion de l'instrument présenté (méd. d'argent). Sans insister sur ce point, il écrivait que l'instrument comprenait 20 jeux complets et réels. Cette réflexion était amenée par l'habitude prise par certains facteurs, dont la spécialité était le bon marché, d'éblouir l'acheteur par un nombre considérable de boutons de registres, qui n'agissaient en réaHté que sur des demi-jeux, ou en accouplaient plusieurs sous une dénomination quelconque, afin de faire croire à l'importance de l'instrument.

Dès son début, M. Permis (A.-J.), associé à M. Eug. Persil, se signalait par une innovation remarquable, très appréciée en 1878 : l'emploi de l'air comprimé substitué à Téleclricité pour faire parler les tuyaux. Ce système était appliqué à un orgue de chapelle et au grand orgue de l'église St François-Xavier; il fut recompensé d'une médaille d'argent.

Un autre lauréat de l'exposition de 1878 qui a peu fait parler de lui depuis, M. P. Chazelle d'Avallon qui avait déjà exposé en 1867, présentait des argues à tas prix (méd. de br.). La même année Paul Férat se faisait connaître par une série d'orgues à tuyaux de petites dimensions, se composant de 3 jeux, ne coûtant pas plus cher qu'un harmonium (2.200 francs) et se démontant pour la facililc du transport (méd. de bronze).

C'est également à la construction des petits orgues que s'attache P. Archimède Pilverdier, mais il n'a pas seulement en vue l'église, il les fait de façon à ce

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qu'elles aient facilement accès au salon. A cel effet, il leur donne des dimensions très restreintes : 2^70 de hauteur, i '" 3 5 de long ; mais comme un buffet aussi petit ne saurait contenir un grand nombre de gros tuyaux, suivant l'exemple de certains autres facteurs, il les a rendus polyphones à Tinstar des instruments à souffle humain, en perçant Sur la paroi, des trous fermés par des clés, que les touches font ouvrir lorsquelles sont abaissées (méd. de bronze, 1889).

En province, la facture d'orgues resta, au commencement de ce siècle, ce qu'elle était au xviii®; d'ailleurs, comme à Paris, elle subit la stagnation qui suivit la Révolution. Très peu de noms par conséquent à citer : Fr. Jos. Carlier (né à St-Amand-les- Eaux, le 2 avril 1787) établi avec son père à Douai en 1808, construisit une quarantaine d'instruments* fit une soixantaine de réparations, inventa un mécanisme basculaire pour égali>er la force du vent ainsi qu'un jeu de cor et de trompette céleste ; Pierre Lefèvre, de Verbery (Oise), remit en état l'orgue de la cathédrale de Sens ( 1 806) ; Dominique Huet, de Gaen, rétabht l'orgue de Ste Croix, à Bernay, en 1816; Cnvillier, né à Neufchâteauen 1 801, fit les orgues de Bon Secours, Sl-Pierre et St-Nicolas, à Nancy et restaura complètement celui de la cathédrale (1825); Ergaut répara celui de St-Alpin à Châlons (1834), remanié plus tard (1862) par Jacquet de Bar-le-Duc ;

* On cite les orgues de Notre-Dame, à Douai ; de Marchiennes, do la cathédrale d'Arras, de la Madeleine, à Lille, etc., parmi les meilleures. 1

Auguste Zeiger, né en Alsace en 1805, établi à Lyon en 1835, i^y^nienv d'un jeu de voix humaines, auteur de 33 orgues (méd. d'argent 1849) ; Wetzel, de Strasbourg, fit l'instrument de l'église St-Loup à Châlons (1839); P. -A. Moitessier, originaire de Carcassonne, établi à Montpellier, auteur d'un mécanisme Iranspositeur analogue à celui de Roller, adapté au grand orgue du temple protestant de cette ville, construisit ou restaura les orgues de Béziers (1841), de Carcassonne(i842^, do Forcalquier (1847); G. Luce, auteur des orguesdeSt-DenisdeLisieux(i8i8),de Cormeille (1841), restaura celles de St-Germain d'Argentan (1839), Falaise (1842), deSt-Pierrede Dreux {1843) et de N. -Dame d' Alençon ( 1 846 47) que les frères Damiens de Gaillon (Eure), qui avaient exposé un petit orgue en 1867, devaient augmenter en 1872. Nicolas-Antoine Lelé, né à Mîrecourt, le 29 mars 1793, d'un luthier en gros (Simon ?), s'est livré à la fabrication dos orgues sur une assez grande échelle. Après avoir séjourné à New-York de 1814 à 1 821, il resta quelque temps à Paris où il appliqua le premier, dit-il, en 182;, la boîte à lames mobiles à un orgue à cylindre et fit en 1829 l'orgue d'accompagnement de St-Leu. En 1832, il se fixa dans sa ville natale et y créa une fabrique d'orgues, dans laquelle il occupa de 20 à 25 ouvriers. Il construisit 23 orgues dans la région, entre autres celles de Bar-sur-Aube, Annecy, Nantua, etc., et 74 orgues à cylindre. En 1839 il reçut une médaille de bronze pour 2 orgues qui parurent bien confectionnées et dont les tuyaux avaient une force et une pureté de sons qui fixa l'attention du jury.

Les pro^rrès réalisés dans la grande facture pprisienn3 ne furent pas mis rapidement à profit par les organiers des déparleraenls, qui disparaissaient d'ailleurs à mesure que les établissements de leurs confrères de Paris prenaient de l'extension. Bien que leurs instrumenls fussent encore conçus selon les procédés anciens, les frères Claude ( Arn . et Ed . ) de Poussay , près Mirecourt, en présentèrent un au jury de 1 85 5 , qui était pourvu d'une innovation brevetée en 1853, qui attira l'attention à ce moment. Ces facteurs supprimaient les gravures ou conduits d*air et le mécanisme qui en dépend, pour les remplacer par des pistons placés à la base des tuyaux, système qui malgré sa plus grande simplicité de construction, n'a pas prévalu (méd. de i" classe). En 1844 ils avaient fait breveter un sommier d'orgue à pression uniforme.

Aujourd'hui la facture d'orgues en province ne compte que de rares représentants, mais ceux qui s'y sont maintenus n'ont pas suivi l'exemple de certains de leurs prédécesseurs; ils se sont mis à la hauteur des connaissances actuelles de la science et quelquesuns, comme M. Louis F. Debierre de Nantes, dont rétablissement date de 1862, ont apporté leur contingent d'innovations utiles. Si ce n'est pas lui qui a inventé les tuyaux polyphones, il a du moins trouvé le moyen d'en rendre l'usage pratique pour les orgues.En faisant donner trois sons à un seul tuyau, ce facteur est arrivé à supprimer les 2/3 des tuyaux de basses, sans rien perdre de l'effet et des ressources de l'instrument (V. le Monde musical du ij janv. 1891), M. Debierre a fait également, en 1887, Tapplication de

l'électricité aux grandes orgues ', d'iiprés un procédé très simple qui lui est particulier. Le premier qu'il a construit est actuellement au théâtre de Nantes; le clavier se trouve à Torcheslre, et l'orgnnisle y prend place comme les autres instrumentistes, d'où il résulte un sérieux avantage pour l'exécution. Jusqu'à ce jour M. Debieuue a construit 300 orgues tant en France qu'à l'étranger.

Mentionnons encore parmi les facteurs contemporains MM. Jaquot (Jean-Pierre) et C. Didier de Ram bervîliîers qui ont fait récemment les orgues de St- Loup à Chàlons-sur-Marne, d'Euville et Révigny (Meuse) ; François Hader et C*« , de Marseille, auteurs de l'orgue delà Seyne ; M. Duputel, de Rouen, qui a fait il y a peu de temps l'orgue de l'église de Sannoie et M. J.-B. Ghysde Dijon qui est à la fois menuisier, mécanicien, fondeur et organiste de talent, auteur des orgues de Notre-Dame de Montluçon. A Nevers, sa ville natale, s'est établi, en 1872, M. Lud.Duvivier ex-contre-maitre des maisons Gavioli, Narc. Martin et Suret, On lui doit divers instruments très ingénieux, parmi lesquels un piano-pédalier à double effet de basses (1858), le clavi- flûte (1865), un appareil

1 A. Peschard, lue. cit., p. 49 et brevet du icr oct. 1888; appareil pneumatique et électrique pour la translation du mouvement aux orgues à tuyaux . Un aperçu de ce système a cto donné par M. Tolbecquc dans le Monde musicaldn i5 avril joC)i.

- Narcisse Martin avait été d'abord employé dans la maison Daublainr; il est Fauteur des orgues de St-Paul^St-Louis, de Précy, etCi

scientifique pour la démonstration du principe pneu" matique (1866-80), un piano-orchestre actuellement à la maîtrise de Nevers (1873), un autre piano à jeu de flûte construit sur le principe de l'accord instantané, avec soufflerie à modèle diviseur cl anti-secousse (1882). Dans le domaine spécial de la facture d'orgues, il faut citer le magnifique orgue do salon à 5 claviers qui figura à l'exposition de Vienneen 1873, et dont le délégué ouvrier M. L.^A. Pilverdier a fait le plus grand éloge dans son rapport à la chambre syndicale (p. 54 et suiv.). Des quatres claviers à mains, le premier actionnait un piano joint à l'orgue. Le travail de cet instrument était d'un fini merveilleux, luxueux même. Toutes las pièces de mécanique en bois, avaient été passées une douzaine de fois au vernis copal et poncées, celles de fer étaient pohes et vernies ; les tuyaux étaient du bois le mieux choisi, les dièses du pédalier en ébène et les notes naturelles en ivoire. Ce facteur à l'esprit inventif a fait breveter récemment (10 nov. 1892) une découverte assez originale : l'adaptation d'un clavier mobile à la contrebasse il cordes, pour en rendre le doigté accessible à quiconque joue un peu de piano*. De prime abord, cela peut sembler bizarre, mais il n'en est pas moins vrai que cet appareil est destiné à rendre des services, non pas dans les grands centres, l'inventeur n'a pas la prétention de supprimer les artistes contre-

^ Semblable tentative a déjà été faite en 10.39 par ^^ professeur de physique du collège de Corbigny (Nièvre). (V. la Gazette musicale du i5 sept., p. 57b).

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