CATALOGUE DE
N. DELiNt'T, « joueur de fluste et de violon », d'une somme de 50 livres tournois, pour lui donner « le « moyen d'achepter un violon de Crémone pour le « service dudict sieur ». Puis, franchissant près-d'un siècle, nous trouvons, àladatedu 14 novembre 1666, dans les papiers de TéglisedeLa Couture, à Bernay, le prix d'un basson, qui était de 4 livres 10 sols. Quelques années après, lisons-nous dans Richelet, (1680), un bon basson de Hotteterre à 2 clés et 2 viroles, valait bien 4 ou 5 pistolet (40 ou 50 fr. environ).
On admire les beaux clavecins flamands, mais on ignore absolument ce qu'ils pouvaient bien valoir à l'époque. Or, les Affiches- Annonces, de 1754, nous apprennent qu'un clavecin d'André Ruckers à 2 claviers à grand ravalement était offert pour 50 louis (11 à 1,200 fr.). En 1773, leHournal de Musique annonçait la vente d'un instrument semblable (sans nom d'auteur) pour 500 livres et en même temps celle de plusieurs piano- forte, l'un à 6 louis (140 fr. environ) et les autres à 240 livres chacun.
Aussi curieux qu'ils puissent être, les détails qui précèdent n'auraient pu nous déterminer à écrire le présent chapitre, si nous n'avions eu quelque chose de plus complet et surtout de plus intéressant à faire connaître. Voici d'abord le Catalogue des instruments à vendre chez J. Reinhard Slorck, facteur d'instruments de musique, Au concert des cigognes, près le pont du Corbeau, à Strasbourg, document très rare dont il n*a encore été fait mention dans aucun ouvrage. Grâce à ce simple prospectus, nous connaissons le prix des principaux instruments en usage
en 1784, Les harpes stmp/r* coûtaient alors de 24 à 144 livres et celles à pédales, de 288 à 480 ; le prix des forle-piano à Tafifflaise vnrimi enive 144 et 240 livres. Les inslrumenls à archet étaient cotes ainsi : violons, de 3 à 100 L; altoviola et violes d'amviu* de 6à à 100; les basses (violoncelles), de 12 à 192 et les contrebasses de 72 à 192 1. Enfait d'instruments à cordes pincées, ce catalogue ne relate que des guitares françaises, allemandes et anglaises, toutes de 6 à 100 livres et des mandores eimandolines de 24 à g6 1. Comme ce marchand-luthier tenait spécialement les articles relatifs à la musique militaire, la série de ces instruments se trouve la plus complète. On y voit les /iiUes coléea do 12 à 60 liv. ; les petites flûtes, fifres et flageolets de 2 à 12, les clarinettes de 16 à 72, les bassons de 36 à 96 et 1( s serpents et co7itrebassons de 72 à 96. Les trompettes se vendaient à la paire (peutêtre de tonalités différentes), de 20 à 30 livres ; et le prix des différents individus de la famille des tromboni ét'^it ainsi fixé : pour le i"" dessus, 20 1 , pour le second, 30 1., pour Ja taille, 40 1., et pour la basse, 48 1, Ce catalogue nous apprend aussi qu'il y avait diverses espèces de cors : les cors de chasse simples (de 18 à 36 1.), les cors de chasse dans tous les tons (la paire de 144 à 288 L>, les cors pour la chasse (481.1a paire) et les cors pour la poste (la paire, 24 1.). Quant aux instruments à percussion, ils étaient tarifés comme suit : grosse caisse de tambour, de 36 à 48 1.; tanibourins, de ï8 à 24 1.; triangles, de 5 à 9, et les cimbales, de 24 à 60.
Evidemment les prix ci-dessus ne sont pas ceux de
la valeur inlrinsèque. ils (levaient èlre majorés comme ceux des tarifs modernes, et, par conséquent, susceptibles d'une remise plus ou moins forte. Mais enfin, ils offrent un aperçu suffisant pour se rendre compte de Ténorme différence qui existe avec ceux que l'on paye aujourd'hui.
A la même époque une embouchure de serpent coûtait de 2 à lo sols, et une anche de basson, 12 sols'; c'est du moins le prix que Michel Amlingue faisait payer en 1789 à la musique des gardes françaises, et un basson valait 120 1., ainsi qu'il appert d'une demande de crédit formulée l'année précédente, par le chef de cette musique, pour lo renouvellement de huit de ces instruments*.
En notant les prix suivants d'après un document de 1793, observons que la circulation du papier-mon-
* Aujourd'hui, une anche de basson se paye i franc, celles de hautbois et celles de clarinette de 2 fr. 5o à 3 fr. la douzaine.
* Voici les termes du rapport fait, après enquête, le i3 oct. 1788 sur cette demande :
Le basson d'un mu&icien de l'Opéra ou de la Comédie italienne ne dure que 5 à 6 ans. Cet instrument ne sort jamais de l'orquestre, il est enfermé dans une armoire à la fin du spectacle, il n'éprouve aucune chute ny humidité, il ne se degrade en dedans que par la salive seule qui, étant corrosive, forme des chambres dans le corps de l'instrument, ce qui le rend faux et hors d'état de «ervir. Les bassons des musiciens des régiments, outre l'inconvénient de la salive, plus répété encore par l'usage continuel, ont celui d'être tranajportés de tou* côtés et exposés à toutes les injures de l'air, ce qui fait qu'ils ne peuvent durer guère que 4 ans. Ceux qui existent actuellement au dépôt ont été fçurnis il y a pli^s de 4 ans. (Arch. hist, du MinistJ de la Guerre.)
naie avait singulièrement exagéré la valeur de tous les objets en général; petite flûte, 20 francs ; grande flûte, 40 ; clarinette en m/, 60 ; en si 6., 80 ; basson, 120; trompettes, 300; cors, 400; et trombones, 600. On ne saurait rien baser sur les estimations faites par Bruni dans Y Inventaire des instruments saisis chez les émigrés^ car elles ont été faites arbitrairement sans aucun doute, et se sont trouvées subordonnées à la richesse des objets et à leur état de conservation. Cependant, nous y puiserons quelques chiffres susceptibles de donner une idée de la grande valeur de quelques-uns. C'est ainsi qu'un forte-piano organisé de S, Erard, daté de 1791, est évalué à 2.000 livres, et un forte piano de 17B7, à la somme considérable de 8.000 L, tandis qu'un autre de la même date ne l'est qu'à 600, Une harpe d'HoLZMANN est estimée i.ooo 1. ; des clavecins de H. Hemsch,4oo et 800, d'autres de B. Peronard (1760-1777), 600 et 500 1. ; puis, c'est un basson de Prudent qui figure pour 75 livres et un corde chasse de Carlin pour 25 , alors qu'une basse d'OuvRARD est marquée 150 1. et un alto de Fent, 72 livres. Le prix de quelques violons des vieux maîtres italiens est assez fantaisiste. Des Amati sont évalués l'un à 100 L. l'autre, fait en 1566, à 400 livres et un troisième, de 1665, à i.ooo 1. Un André Guarnérius est à 200 1. et un Stainbr de 1664, à 200 1. seulement.
En l'an X (1802) l'on était revenu à un taux plus normal, et les chiffres fournissent un élément plus appréciable que ceux de la période précédente. A cette date, nous trouvons dans le discours prononcé
par B. Sarrette à la distribution des prix du Conservatoire, quelques éléments decomparaison. Ainsi, avant la Révolution, le prix ordinaire dos meilleurs pianos anglais était, disait-il, de 5 à 600 fr.; les cors allemands, instruments assez bruts, étaient payés 72 fr,, et les bons violons de Tyrol 120 fr. ; mais Tessof pris par la facture française depuis 1789 avait renversé les rôles. La France n'achetait, plus comme auparavant à rétranger, la majeure partie de ses instruments, elle commençait, au contraire, à lui en fournir de fort recherchés. A ce moment, les pianos français valaient de i.ooo à 2.400 fr. ; les cors, préférables par leur fini à ceux d'Allemagne* étaient montés de 300 à 500 fr., et le prix ordinaire des violons avait atteint 400 fr.
Pour les premières années du xix' siècle, nous n'avons pu faire ample moisson de renseignements en ce qui concerne les inslruments à vent Que cette pénurie nous soit lé«<ère! Le peu que nous possédons a été glané dans les archives de l'Opéra, que M-NuiTTER ouvre si complaisammentaux chercheurs, ce dont on ne saurait trop le remercier. Donc, pendant la période où la direction de ce théâtre fournissait les instruments à vent aux artistes de l'orchestre, elle paya à Bauman une clarinette 150 fr. (an VIII); à C. GoDFROY aîné, une flûte k 6 clés pour GuiLLOu, 250 fr. (182 1) ; et lorsqu'on 1824, on renou-
1 Sur les livres du prédécesseur d'IIalary, nous avons vu une paire de cors facturée 36o fr, {an VHI;, et un trombone 144 1. (an VI).
378 t.E PRIX DES INSTRUMENTA
velâ les instruments, par suite de l'abaissement du diapason, marché fut fait moyennant i7ofr. pour les hautbois (que Triébkrt faisait payer 200 fr., quatre ans après) ; 180 fr. pour les cors anglais ; 280 fr. pour les clarinettes et 188 fr. pour les bassons. C'est, dit-on, dans Guillaume Tell que Ton employa pour la première fois à l'Opéra le cornet à pistons nouvellement inventé. Il ne s'appelait encore que « cornet d'harmonie • ainsi qu'il résulte de la facture d'HALARY, qui le vendit 80 fr. avec les Ions d'ut, si, la b, eisol (mai 1830). Une preuve certaine de l'emploi de la t clarinette en fa ou cor de basset » nommée aujourd'hui clarinette-alto, nous est fournie par le mémoire de Brod (5 sept. 183 1) qui en livra une à 14 clés, pour la somme de 150 fr., en même temps qu'une clarinette en si naturel à 1 3 clés, au même pris^. Enfin, l'année suivante, une petite flûte en grenadille à 4 clés en argent, fut achetée à Tulou pour 82 fr.
En dehors de l'Opéra, nous trouvons sur divers prix-courants, lettres ou factures, quelques autres renseignements concernant les instruments dits à vent. Déjà, en 1830, ils avaient subi des améliorations et le nor;ibre des clés s'était augmenté. Aussi \^ hautbois Qïï buis à 10 clés de cuivre était-il colé 270 fr. ; le cor anglais à 9 clés en argent, 220 fr. ; le basson à 1 1 clés avec une petite branche de rechange, 2J0 fr. et 300, avec la branche à coulisse d'accord. La clarinette en ébène, à 10 clés en cuivre, valait 300 fr. D'après une lettre écrite par Triepert à Raoux, en 1853, le prix d'un basson à ij clés en cuivre était
PIANOS — ÈRÀRD — 1799-1893 379
(le 200 fr. et avec 17 clés, de 21 f fr,, les mêmes en mailiechort, valaient 240 et 260 fr.
Grâce à l'obligeance de M. Alb. Blonde^ directeur de la maison Erard» nous pouvons donner ici un exemple de la progression des prix du piano de facture essentiellement artistique, depuis le commencement du siècle. Observons au préalable que l'augmentation résulte non-seulement des additions et perfectionnements que reçut l'instrument, mais aussi du renchérissement général qui a suivi l'évolution sociale.
Voyons d'abord le piano carré. De l'an Vil à 1834, il se fit à 2 et à ) cordes et à 5 octaves et demie d'étendue; celui à 2 cordes resia coté de 600 à 900 fr. jusque vers 1824; à cette époque il fut doté de '^ 2 ou 4 pédales et porté ^à 6 octaves, ce qui le fit monter a 1.200 fr., pour le mécanisme à pilotes et à 1.300 fr., pour celui à échappement. Le piano carré à 3 cordes, de $ octaves 1/2 ou 6 oclaves valut dans le principe de 8 à i .200 fr. ; mais, lorsqu'il fut pourvu de 4 pédales et de l'échappement, il monta jusqu'à 1,600 fr. Vers 1843, qu'il fût à 2 ou 3 cordes, le prix moyen était, pour 6 oclaves 1/2, de 1.500 à 1.800 fr., et en 1852, le grand modèle comportant jusqu'à 6 octaves 3/4, s'éleva de 1.800 à 2.400 ; puis ce genre d'instrument déjà fort abandonné en France, cessa d'être fabriqué dans la maison Erard. Le piano droit l'avait avantageusement remp'acé vers 1824. A ce moment, il était à 3 cordes verticales et valait 1.200 fr. ; on en fit ensuite à 2 et 3 cordes de 6 octaves ou 6 octaves 1/2 au prix de i.ooo à 1.200 fr.
(183443). Peu après, on n'en fit plus qu'à 3 cordes et 6 octaves 3/4 ou 7 octaves, au taux de 1.200 fr. (1852-73). Vinrent ensuite les pianos à cordes obliques, cotés ainsi qu'il suit, selon leur étendue :
1834, 6 octaves i/y 1.200 à 1.800
1843, -- i.Soo
1852-03, oct. 1/2, et 6 oct. 8/4. 1.400 à 2.000
1873, 7 octaves i.5oo à 2.000
Pour les pianos à queue^ l'écart est beaucoup plus sensible, mais aussi quelle transformation ont-ils subie sous tous les rapports ! En l'an Vif, ils valent 2.000 fr., puis ils s'élèvent de 2.400 {181 2) à 3.000 (1824), et redescendent de 2.500 à 2.800 en 1834, bien qu'ils aient 6 octaves 1/2. Mais ils passent bientôt de 3.000 à 3.500 avec 6 octaves 1/2 ou 7 octaves (1843-52), puis à 4.000 (1863), avec 7 octaves, pour arriver enlln en 1883 au tarif ci-après : 7 octaves, de 2.800 à 3.500; 7 octaves 1/4, 4,000; 7 octaves 1/2, 5.000; actuellement en vigueur*.
^ Tous les prix ci-dessus se rapportent à des instruments de qualité supérieure; voici ceux auxquels Roller et Blanchet, qui s'attachaient au bon marché, annonçaient leurs instruments en 1827 : grand piano à queue, 2.5oo — piano à 3 cordes, grand format, i.qoo — piano droit à 3 cordes, 1.600 — piano 3 cordes, format ordinaire, i.5oo — piano droit, 2 cordes, 1.600 — piano à 2 cordes, grand format, 1.200 — format ordinaire, i.ooo.
Voici les prix minima auxquels on peut aujourd'hui se procurer des pianos dans une maison sérieuse ayant, avec la spécialité du bon marché la réputation de faire bien, telle que la maison Bord : pianos droits, petit modèle, à cordes verti-