LES INDICATIONS
Même si l’on admet qu’un tel but médico-social donne le droit d’oublier la personne humaine, il faut bien donner pour base à son examen les considérations suivantes imposées par le simple bon sens
Pour profiter à la collectivité, une telle mesure à caractère total et définitif et dont les conséquences affectent un avenir illimité ne devrait s’appliquer qu’aux sujets suivants : ceux qui
a) ne pourraient avoir, durant toute leur vie sexuelle qu'une descendance mauvaise ;
b) descendance non améliorable, même dans l’état futur de la science ;
c) descendance assez mauvaise pour que la société gagne à leur suppression plus qu'elle n'y perdrait.
En ce qui concerne le PREMIER POINT, il dénoterait un souci de perfection bien théorique dans l’état actuel de la question :
Pour affirmer, en effet, que tous les enfants d’un anormal seront anormaux il faudrait établir d’abord qu’au moins certains de ces enfants seront sûrement anormaux. Il nous sera facile de montrer qu’une telle certitude n’existe pas :
Rp
Bases biologiques
Voyons, en effet, sur quelles bases biologiques se prétendent fondées certaines législations déjà en vigueur.
On pose ainsi le problème fondamental de l'hérédité biologique, pathologique, psychiâtrique et criminologique.
Or, il n’est guère discuté que les travaux de MENDEL ont fait accomplir à la génétique un progrès considérable. Mais n’oublions pas que ce progrès s’est fait surtout vers une précision statistique, et l'application à des individus de ces lois statistiques risquera de se faire au mépris de la Personne.
D'ailleurs, on ne saurait oublier que, suivant les travaux mêmes de MENDEL, il existe des caractères dits récessifs et des caractères dits dominants.
« Les dominants ne peuvent être transmis que par les individus qui les manifestent, alors que les récessifs sont traîtres et peuvent demeurer masqués pendant un grand nombre de générations. »
Deux individus sains, issus de lignées portant une tare dominante, engendreront une lignée indéfiniment saine. Au contraire, deux individus issus de lignées portant une tare récessive peuvent toujours avoir dans leur descendance, à plus ou moins longue échéance, des tarés.
« Donc, déclare MaAvaAUD, en stérilisant des individus porteurs de tares à caractère dominant, l’on risque de détruire des générations saines en puissance; et en ne stérilisant pas des individus apparemment sains, mais porteurs d’une tare à caractère récessif, on laissera naître des tarés. »
Et peut-on, dans l’état présent de nos connaissances, savoir dans quelle catégorie ranger telle ou telle altération du psychisme ?
Peut-on même seulement, dans la plupart des cas, affirmer qu’une hérédité est « possible » ?
Et nous ne parlons que de l’arriération ou du déséquilibre psychique, des tares manifestement constitutionnelles, enfin de toutes les affections qu’on a voulu ranger sous le vocable imprécis de « dégénérescences ».
Mais que dire de la criminalité?
ts =
A ce sujet, I.-J. DRAPKINE écrit, dans sa thèse de 1936, La stérilisation des criminels, défense sociale : « La criminalité n’étant pas une conception biologique, il n’y a pas à redouter la descendance du délinquant. »
Certes, une telle opinion est peut-être quelque peu excessive dans son optimisme. Il peut exister chez le procréateur une prédisposition à la délinquance, relevant par exemple de son impulsivité ou d’une perversion quelconque, — mais on doit reconnaître qu’alors c’est revenir au problème précédent.
En fait, on semble bien, en 1939, avoir renoncé à la description morphologique précise de l’homo criminalis!
Quoi qu’il en soit, et même « si l’on considère les anomalies mentales indésirables comme des caractères héréditaires régis par les règles mendeliennes, écrivait, en 1934, le docteur D'HEUCQUEVILLE, on ne parvient jamais qu’à des résultats de probabilité, sur lesquels on ne saurait se fonder pour imposer une mutilation comme la stérilisation. Nul ne saurait, aujourd’hui, prévoir avec certitude, avant la naissance d’un enfant, s’il manifestera les fâcheuses tendances relevées dans son hérédité, ou s’il n’en manifestera pas d’autres, originales. Dans le domaine particulier de la psychiatrie, même les partisans les plus absolus des doctrines de la dégénérescence ne condamnent pas les fils d’imbéciles à l’imbécillité, les fils de pervers aux perversions, etc. Même, pour ces auteurs, la transmission reste facultative, ou, au moins, dissemblable. Par exemple, les enfants de dégénérés naissent souvent dans la classe des dégénérés supérieurs, voire des génies.
«Rares demeurent les vraies affections familiales du système nerveux, telle l’idiotie amaurotique familiale, la chorée de Huntington. La manie, la mélancolie, la démence précoce, l’épilepsie, ne sont pas héréditaires. De même aucune statistique n’autorise à ce jour à stériliser un délinquant pour lui interdire de procréer d’autres délinquants. »