SCENE n
DENISE
Sa porte est défendue : elle essaie un bonnet.
CÉSAR, à part.
En achats de toilette elle épuise sa bourse, Vieille folle!
(Haut.)
Et Madame?
DENISE
Oh! Madame est en course,
CÉSAR
C'est bien! J'attends Monsieur
DENISE, très surprise.
Vous attendez ici Monsieur? Vous attendrez vainement, Dieu merci. Le mari de Madame étant célibataire N'a jamais eu chez nous le moindre pied-a-terre.
CÉSAR
Je le sais et j'attends.
DENISE
Monsieur, vous m'étonnezî Est-ce que par hasard?...
CÉSAR
Vous me questionnez?
DENISE
Moi, grand Dieu! Mais je suis sensible et m'intéresse A tout ce qui regarde ou touche ma maîtresse, Notre position est délicate, puis Cela donne matière à de très vilains bruits.
CÉSAR, vivement,
De quels bruits parlez-vous?
DENISE
Monsieur me questionne ?
Je suis femme de chambre et non pas espionne.
CÉSAR, à part.
Et moi qui n'avais pas songé du tout a mal !
(Haut.)
Sauriez-vous quelque grave empêchement moral
A la réunion qu'ici Ton se propose?
Dites.
DENISE
Il s'agit donc, monsieur, de quelque chose? CÉSAR.
N'importe, mais parlez. Votre ton m'est suspect. Votre maîtresse a droit a l'estime, au respect.
DENISE
Lorsque de son mari, monsieur, Ton se sépare Et qu'on prend un amant, ce qui du reste est rare, On vous en prêle dix : c'est le moins en ce cas Que l'on vous en donne un, quand vous n'en avez pas.
CÉSAR
Tout ce que vous savez, dites-le-moi, Denise.
DENISE
Eh! que voulez-vous donc, monsieur, que je vous dise? Je ne sais rien. Je sais que monsieur de Luzan Venait l'hiver dernier plus souvent qu'à présent.
CÉSAR
Quoi! De Luzan, l'ami de son mari?
DENISE
Mais dame !
On est souvent l'ami de l'ami de sa femme.