APPEL
Laisse là l'aime femme et les doux mots d'amour, Et les lys et les luths qui leurrent ta tendresse. Voici l'aurore, et du haut de la forteresse La trompette t'appelle^ Athlète, aux ors du jour.
Casque et cuirasse-toi, sans rêve de retour, Pour ta bataille, au sol d'exil, avec l'Ogresse. Puis hors des murs ! et sache entendre sans détresse Se clore sur tes pas les portes de la tour.
Au long des bleus remparts, les gardes des bannières S'endorment à l'abri des ténèbres dernières. Mais toi, baise la croix, symbole des tourments,
Et marche droit vers les déserts et les savanes Où se révèle, aux tas épars des ossements, La route, vers l'espoir, des vieilles caravanes.
CONTF
à la mémoire d'Ephràim Mikhaii.
Ce fut par un pays fleuri de lilas noirs
Où des Dames en deuil faisaient tinter des harpes
Sur les tours de granit des magiques manoirs.
Et dans les soirs d'azur où flottaient des écharpes,
Le Héros ingénu, sous son heaume d'argent,
S'en vint vers les viviers pleins de fuites de carpes.
Sur ses pas éclatait le t onnerre outrageant
Des trompes ; les hérauts ceints de sanglantes toiles
Le sommaient de se rendre aux amours de la gent.
Mais lui, redressant haut vers les froides étoiles Son épée au pommeau qu'enguirlandaient des lys, Kemémorait sa Eeine invisible en ses voiles.
Et sur ses yeux des doigts lourds de pierres d'iris Pesaient ; et dans son cœur roulaient de tièdes larmes Pour avoir trop aimé la Doulce de jadis.
n tua les hérauts impurs ; les nuits d'alarmes
Retentissaient d'appels mortels, et les vergers
S' allumai ent^aux éclairs bleus et verts de ses armes.
Or il advint ceci : qu'un soir de vents légers n vint vers une mer merveilleuse de rêve, Où dans des îles d'or des flûtes de bergers
Sifflaient. Et laissant choir le fardeau de son glaive, Il ploya les genoux et sanglota très bas, Ses bras de fer en croix et le dos à la grève :
" Je suis venu mourir, las des mauvais combats, Au leurre de vos vo^'x lointaines, ô sirènes. Que pleurent en riant les flûtes de là-bas.
Car je me sens l'élu des pâles souveraines
Du Sort; à vous ce corps qui n'a pu vous surseoir,
Mais mon âme, mon âme à la Reine des reines!
0 Pure que mes yeux, même purs, n'ont pu voir, 0 Forte que mes bras, même forts, n'ont pu ceindre, Voici que tonne enfin le triomphe de l'Hoir ! „
Et ses doigts à sa gorge, afin d'y mieux étreindre
Les afireS; il sonna de l'olifant vermeil
Vers le soleil tardif, sur ces mers, à s'éteindre.
Par merveille surgit du fond des flots, pareil Au rêve d'un poète ancien, le blanc cortège Des naïades, nageant lentes comme au réveil.
Et l'une sous ses bras plus froids qu'aucune neige Souleva le mourant, et l'autre l'enroula Dans un linceul tissé pour im roi de Norvège.
Une nacelle d'or et de nacre était là.
Que traînaient des dauphins bleus et des hippocampes.
Lourde de mort, pour les exils elle cingla.
Le troupeau des Tritons soufflai t, l'écume aux tempes, Dans les conques ; le vent, secouant son sommeil, Soulevait l'algue éclievelée au bout des hampes.
Et vers le crépuscule, en ce noble appareil, La barque déroula son lumineux sillage : Et le Héros entra dans l'orbe du soleil.
Seul, son glaive flambait sur l'argent de la plage, Afin qu'un futur Preux, surgissant du millier, L'empoignât quelque soir pour en sacrer son âge.
C'est ainsi que mourut le cbaste chevalier.