ISABELLE, LÉANDRE
LÉANDRE
Ahl charmante Isabelle, queu contretemps!
Quoi ! au moment que je vas rassasier mon âme des plaisirs les plus délicieux, il faut qu'un brutal de mari vienne mal à propos m'en seuvrer î
Isabelle.
C'est vostre faute, mon cher Léandre. Ne vous en prenez qu'à vous-mesme. C'est cette maudite lettre qui est cause de son retour.
LÉANDRE
Ahl fatalité du destin! sort funeste! barbare événement! faut-il que je me trouve en ce moment condamné à la peine de Tantale ? Non, je ne puis soutenir un accident si imprévu; je mourray de
douleur si vous ne trouvez un prompt remède à mes maux.
Isabelle.
Quelle vivacité! Ah! Léandre, on connoit par
ces expressions la force de vostre amour. Mais
vous allez apprendre ce que j'ay fait pour vous.
A peine mon mari a-l'il esté au lit avec moy que...
Léandre.
Juste ciel ! quel cruel récit m'allez-vous faire ! Il vous a accablée des caresses les plus tendres. Ah ! je n'ay pas la force de vous entendre...
Isabelle.
Écoutez jusqu'au bout.
LÉANDRE
Non, le cœur me soulève !...
Isabelle.
Mais quelle pétulance!... Il m'a mis...
LÉANDRE
Ah! je m'en dbutois bien, cruelle; il vous l'a mis... Vous Tavez souffert. Vous ne m'aimez pas, adorable Isabelle. Il falloit le refuser, il falloit le jeter en bas du lit.
Isabelle.
Mais attendez donc ! Il m'a mis à la main...
Ah ! voilà le sujet de ma douleur !
Isabelle.
Le martinet.
LÉANDRE
Le martinet ! un foiiet de corde i II est donc de- ^venu ladre? Et vous vous estes prestée sans doute à cette misérable opération ?
Isabelle.
Vous estes fou, je crois. Il m'a mis en main le martinet, dans lequel estoit une chandelle allumée.
LÉANDRE
Ah! je respire... Eh bien!... après?...
Isabelle.
Il m'a priée de Tesclairer pour chercher une puce qui le piquoit vivement. Je Tay fait. La puce tuée, j'ay feint d'avoir une extrême envie de dormir, et Tay prié de remettre ses caresses à une autre fois. Comme il estoit fatigué de la poste : «Eh bien! m'a-t'il dit, partie à remettre. » Et il m'a laissée dans un parfait repos.
LÉANDRE
Quoy ! sans vous réveiller?
~ 42 — Isabelle.
Ouy, mon cher Léandre. Mais à peine a-t'il donné quelque signe qu'il ne dormoit plus que, sautant en bas du lit, je luy ay témoigné avec une extrême vivacité avoir trois envies dont mon fruit seroit marqué si elles n'estoient pas satisfaites, et, sur ce que je Pay assuré que je ne luy accorderons rien de ce que ma mère m'a dit qu'on ne devoit pas refuser à son mari, à moins qu'il ne trouvast moyen de me contenter, il a envoyé sur-le-champ Gille pour chercher l'objet prétendu de mes désirs.
LÉANDRE
Il est vray que du cabinet où j'estais enfermé j'ay entendu vostre importun mari donner des ordres à Gille.
Isabelle.
Ce n'est pas le tout. Servez-vous promptement de ces envies pour vous introduire icy et tromper sa vigilance et celle de mon mari... Mais j'entends Gille. Rentrez dans le cabinet, et, pour sortir, usez de la fourberie que je viens d'imaginer.
LÉANDRE
Mais quelle est-elle?
Isabelle.
Ayez seulement l'oreille attentive, cela vous suffira.
(Liandre rentre dans le cabinet,)