‹ Les fausses enviesChapitre 21 sur 23 · LÉANDRE, GILLE · texte numérisé non relu

LÉANDRE, GILLE

LÉANDRE

Le voilà parti, le bonhomme. Il me vient une idée pour tromper encore ce balourd; exécutonsla. (// chante en se promenant :)

J'ay dans ma pochette

Un petit moineau

Qui la teste a faite Comme un bi tourelourirette, Comme un bi lanladilirette,

Comme un bigarreau.

GiLLE.

Je crois, ma foy 1 que voilà nostre affaire. Vous parlez de bigarreau, Monsieur, est-ce que vous en auriez un ?

LÉANDRE

Ouy, mon amy, et des plus beaux, je m'en vante.

GiLLE.

ciel ! Et pourroit-on le voir ?

Léandre.

Non, vraiment ! La moindre impression de l'air est capable de le flétrir par le froid qu'il fait.

GiLLE.

Mais^ Monsieur, dans une chambre bien chaude, feriez-vous difficulté de le montrer à une demoiselle qui en a grande envie ?

Léandrê.

Non, mon amy. Mais elle voudroit peut-être le gober.

Morguennel c'est qu'elle est grosse. C'est une envie.

LÉANDRE

J*en 9uis fâché ; mais la femme d'un gros fermier général, qui est dans le mesme cas, le marchande.

GiLLB.

Et combien en ofïre-t-elle ?

Léandre.

Dix écus, et j'en veux trente-trois livres.

GiLLE.

. Ma maistresse, Monsieur, vous les donnera. Mais elle Q^acbeptera pas chat en poche ; montrez^emoy !

LÉANDRE

La proposition n'est pas honneste. Je ne puis le faire voir qu'à huis clos.

GiLLE.

Trente-trois livres ne font, je croy, qu'onze écus?

LÉANDRE

Justement, tu comptes à merveille.

GiLLE.

Entrez là dedans, Monsieur, vous allez bien contenter nostre maistresse.

(Léandre entre.)

Page 1