‹ Les fausses enviesChapitre 8 sur 23 · LE MAISTRE, GILLE · texte numérisé non relu

LE MAISTRE, GILLE

Le Maistre.

Gille !

GiLLE^ en dedans.

Qu'y a-t-il ?

Le Maistre.

Viste, dépesche-toy.

Gille.

Je la cherche.

Qu'est-ce que tu cherches î

Gille.

La chandelle.

Le Maistre.

Il n'en est pas besoin. Viens donc.

Gille.

Je la tiens.

Le Maistre.

Qu'est-ce que tu tiens ?

GiLLE. *^

La lumière, vous dis-je.

Le Maistre.

Cela est inutile . Parois donc.

GiLLE, en chemise^ en bonnet de nuit sans coiffe et

une lanterne.

Me voilà, Monsieur.

Le Maistre.

Il faut que tu sçaches que M"^ Isabelle...

GiLLE»

La lune est belle, dites-vous?

Le Maistre.

Je crois que le maroufle dort tout debout. (// lui donne du pied au cul.)

Je vais me lever, Monsieur.

Le Maistre.

Tu es tout levé. Ecoute bien. M"° Isabelle se trouve mal.

GiLLE.

J'entends. J'y cours.

Le Maistre.

Où vas-tu ?

GiLLE.

Chercher la sage-femme. Parguenne ! voilà du fruit bien mûr. A peine avez vous secoué Parbre qu'il est tombé à bas.

Le Maistre.

Eh non, misérable! Ce n'est point pour accoucher que ma femme ressent du mal.

QlLLE

Cela estant, je m'en vais donc achever mon rêve.

Le Maistre.

Quel rêve faisois-tu donc si intéressant ?

Cille.

Je revois que vous et moy, en voyageant ensemble, nous estions tombés^ vous dans une fosse remplie de miel, et moy dans un grand trou rempli de merde.

Ah ! ah ! voilà un plaisant rêve, ah 1 ah !

Cille.

Vray, cela est fort risible. Mais ce n'est pas le

tout. Au sortir de là nous avons trouvé six grands coquins de houzards qui, après s'estre bien moqués de nous, nous ont forcés, à grands coups de bâton, de nous lécher Tun l'autre:

Le Maistre.

Fy, le vilain !

GiLLE. /

Oh ! pardienne, en ce moment vous faisiez bien laide grimace.

Le Maistre.

Va-t'en au diable, avec ton impertinent rêve.

GiLLE.

A propos. Monsieur, j'ay passé une bonne partie de la nuit à écrire, comme vous me l'avez ordonné, à tous les potentats du monde la nouvelle de la grossesse de M^^ Isabelm.

Le Maistre.

Fort bien, mais auras-tu mis les adresses comme il faut ?

GiLLE.

Parguenne, je ne suis pas un sot. Lisez vousmesme.

Le Maistre. (// lit le papier de Cille.)

Au beau fils des perles. Dis donc Sophy de Perse. Au camp des Tarentatarares... des Tartares, animal ! Au blanc de mon cul. Oh ! l'imbécile I

GiLLE.

Pour celuy-là, vous Pavez ainsy nommé, j'en

suis sûr.

Le Maistre.

Je t'ay dit, butor, a^ grand MonguI ou Mogol, c'est la mesme chose. Voyons comment cet avis est tourné.

GiLLE.

Oh ! c'est une pièce d'éloquence !

Le Maistre.

Voyons. (// ///.) « .On fait à sçavoir à qui il appartiendra, que Damoiselle Ouinifride, Eustorge, Magloire, Euberte, Barbe, Isabelle de Poilcourt, dame de grande entrée, épouse illégitime d'Eustache Flavien, Hermogène, Silvestre, Midrac, Sidrac, Abdenage de Parlaventrebleu , seigneur de Frigidis, Malefruatis et del Gastrato, est grosse d'un garçon, de la nuit du 32 au 33 aoust dernier, dont elle accouchera sans faute le premier avril

prochain. Les viedazes s'y trouveront s'il leur plaist. »

Quelle impertinente façon d'annoncer la grossesse de ma femme à tous les potentats !

GiLLE.

Vous ne trouvez pas cela bien ?

Le Maistre.

Nullement! Par exemple, que veux-tu dire :

épouse illégitime?

Gille.

J'ay mes raisons pour cela. Avant que l'on parlast de la grossesse de M"^ Isabelle, on disoit qu'il vous manquoit quelque chose qui...

Le Maistre.

Insolent !

Gille.

Dame! ce n*est pas ma faute.

Le Maistre.

Je voudrois bien sçavoir encore comment tl»^ sçais affirmativement que ma femme est grosse d'un garçon.

Cille.

Oh ! pour cela j'en suis sûr.

Le Maistre. '

Tu en es sûr ?

Oui, Monsieur. Les médecins disent que quand une femme est grosse d'un garçon, elle a le téton droit plus dur que le gauche, et, en lassant M"® Isabelle, je me suis bien aperçu que...

Le Maistre.

Manant ! Isabelle n'est pas femme à se laisser lasser par un homme.

GiLLE.

Il est vrai qu'elle en lasseroit plutost deux qu'elle n'en seroit lassée... Cependant...

Le Maistre.

Finis, je te prie, tes discours extravagants!... Autre impertinence ! Que veux-tu dire : Les viedazes s'y trouveront s'il leur plaist?

GiLLE.

Oui, Monsieur, ce sont ceux qui doivent tenir les quenouilles du lit quand les grandes dames accouchent.

Le Maistpe.

Oh le butor! oh le cheval! Dis donc les vidâmes, beste que tu es ; les vidâmes I

GiLLE.

Vidâmes, viedazes. Je n'y regarde pas de si

près,

Lç Maistre.

Donne-moy le papier, sot que tu es. Il faudra recommencer le tout.

Cela estant, bonsoir. Je vais me recoucher.

Le Maistre.

Attends, attends. Il s'agit bien d'autre chose. Ma femme s'est à peine réveillée de son premier sommeil qu'elle s'est mise à crier qu'elle vouloit absolument avoir une andouille de Transilvanîe.

GiLLE.

Quelle diable de beste est cela, une andouille de Tranche Vilanie f

Le Maistre.

Une pomme de Calville rouge et un bigarreau, smon que son fruit en seroit marqué.

Heureusement qu'elle n'a pas souhaité une cU rouille, je vous plaindrois dans ce cas; mais, Monsieur, ces fruits-là ne sont pas de saison.

Le Maistre.

Et voilà ce qui m'afflige ; je l'ay priée très-justement de ne se point gratter jusqu'à mon retour, et luy ay dit que j'aliois faire mes efforts pour contenter ses trois envies.

GiLLE.

Monsieur, madame vostre mère n'a-t-elle pas eu d'envie pendant qu'elle esloit grosse de vous?

Le Maistre.

Je ne le crois pas.

Gille.

Et moy je croirois volontiers le contraire, et

qu'elle auroit eu envie d'un chapon ou d'un mulet.

Le Maistre.

Oh ! le misérable faquin !

Gille.

Çà, voyons, ne vous faschez pas. Monsieur ; voyons ce que nous pouvons faire pour contenter M«« Isabelle.

Le Maistre.

Je te pardonne tes insolences en faveur de ton zèle pour ma femme. Va, cours me chercher l'objet de ses envies. Voilà ma bourse, n'épargne pas ce qui est dedans.

GiLLE.

Il faudra que le diable s'en mesle si je n'en viens pas à bout.

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