‹ Les faux brillantsChapitre 13 sur 48 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

CECILE, puis OSCAR piUS JEAN BRUNELLE

cecile (seule) Cet étranger me plaît; sans que je le connaisse, Quelque chose me dit qu'il tiendra sa promesse. . .

(Elle s'assied sur un banc) Hélas ! . . . Dieu sait comment tout ceci doit finir ! . . . Et j'hésite en moi-même à scruter l'avenir.

(L'orchestre accompagne les cinq vers suivants d'une symphonie douce et lente, et l'on aperçoit Oscar qui s'approche par les détours d'une allée du jardin.)

A peine ai-je franchi le seuil de l'existence, Qu'au-devant de mes pas, comme un spectre, s'avance L'adversité cruelle ! . . . Ah ! . . . Comment conjurer L'orage que j'entends sourdement murmurer ! . . . Seigneur, épargnez-moi ! Je suis bien malheureuse !

OSCAR

Cécile ! . . .

Lcecile [effrayée] Oscar !

OSCAR

Mon Dieu ! que vous êtes peureuse !

Se peut-il que l'aspect d'un esclave soumis Vous effraie à ce point?

CECILE

Cher Oscar, je frémis Sans le vouloir au bruit d'tfne feuille qui tombe ; La course dans les airs d'une faible «olombe Me cause des frayeurs, tant mou esprit trou) Souffre des noirs soucis dont il est accablé !

oscar (s'asseyuut près oPelle) Contez-moi vos chagrins.

CECILE

Mon père

Eh bien ?

CECILE

Je tremble En prononçant son nom! (ils se lèvent)

OSCAR

Vous tremblez!... mais ensemble Nous avons prononcé le serment solennel

D'allier nos destins par un nœud éternel !

Et lui-même a béni ce serment avec joie

Se peut-il maintenant que votre esprit prévoie

cecile (tremblmtc) Pardonnez-moi !

OSCAR [inquiet) D'où vient cette agitation?

cecile \nrrr angoisse) Quel supplice !

OSCAR

Ah parlez !... Plus d'hésitation!

Autrement je De grâce, épargnez-moi ce dont.- :

CECILE

Pouvez-vous m'écouter sans colère ?

\n (comprimant son émotion)

( )ui... j'écoute

Un prétendu, baron aux titres indécis

OSCAR

Faquin o ?

CECILE

C'est son nom.

OSCAR

Puis?... Ensuite?...

CECILE

Il a pris- Sur mon père et ma sœur

OSCAR

L'infâme !

CECILE

un tel empire,.

Qu'ils n'ont d'attentions que pour lui

OSCAR

Le vampire !'

CECILE

Ma sœur est déjà prête à lui donner sa main, Et mon père, oublieux «le nos serments,

OSCAR

Eh bien?...

Dites, dites, Cécile!

cecile (baissant la vue)

Il m'a parlé d'un comte

Ami de son baron

OSCAR

Hé, comment !

CECILE

Ah, j'ai honte

En faisant cet aveu !.

OSCAR

Mais vous, Cécile, vous?.

CECILE

Moi, je

OSC A H

Vous acceptez ce décret sans courroux !

Au désir paternel complaisamment soumise, Vous brisez le cachet de votre foi promise, Et troquez notre amour pour le titre fictif Que porte avec audace un brigand fugitif!

CECILE

Ah, silence !... Cruel !...

{Pendant les vers précédents, Jean Brune lie s'est approché sans être vu et les a écouté parler.)

JEAN BRUNELLE (à part)

Tiens ! Voilà nos jeunesses En train de s'appliquer de rudes politesses!

cecile (à Oscar) Oui, vous êtes cruel !

oscar (à Cécile)

En fait de cruauté, L'avantage évident est de votre côté

JEAN BRUNELLE (à part)

Allons donc !

cecile (à Oscar) A l'affront vous mêlez l'injustice !

OSCAR

L'injustice est chez vous !

CECILE

Chez vous, c'est la malice !

JEAN BRUNELLE (d part)

Ah ! Ces pauvres enfants vont s'en conter assez-

Pour se brouiller !

oscar (à Cecile)

Perfide !

cecile (à Oscar)

Ingrat !

jean brunelle (s' interposant)

Chers insensés!.

(Oscar et Cécile font un geste de surprise) cecile (après une pause) Vous, monsieur!

OSCAR

De quel droit!

JEAN BRUNELLE

Ah ! je suis authentique ; N'est-ce pas, ma cousine ?

OSCAR

Un cousin !

JEAN BRUNELLE

Sans réplique,.

Et de plus votre ami.

OSCAR

Je ne vous connais pas.

JEAN BRUNELLE

Sois tranquille, mon bon, va, tu me connaîtras Bientôt

oscar (offensé) Enfin, monsieur

Mon langage vous choque ?

Je n'ai pas du gandin le ton ni la défroque ;

Mais en retour, mon vieux, tonnerre ! j'ai du cœur!

Maintenant, mes agneaux, soyons de bonne humeur.

OSCAR

Mais d'où venez-vous?

JEAN BRUNELLE [riant)

Moi ?... De l'autre bout du monde, Juste à point... Oui, morbleu, que le sort me confonde Si je n'empêche pas cet infâme coquin De pratiquer ici son métier de... requin !

OSGAB

Quel coquin?

JEAN BRUNELLE

Faquino. C'esl le mauvais génie, Qui de cette demeure a troublé L'harmonie. . . Moi je connais ses trucs pour en avoir souffert,

Et je lis dans son jeu comme en un livre ouvert.

L'oncle Dnmont pour lui c'est un mouton à tondre ,

Cette toison le tente, et je puis vous répondre

Qu'il s'entend au métier. . . Di\iu- oubliez vos torts,

Et contre ce brigand unissons no3 efforts. . . .

(A Oscar) Votre main dans la sienne : . . . (les voyant hésiter)

Ab ça ! Point de bêtises :

Les places dans vos cœurs depuis Longtemps sont pris

(Il leur ,i<>in( les mains. Oscar et Cécile le laissait faire et se lancent des regards furtifs et timides.]

Vous inventez sans cause un absurde grief Et risquez follement votre bonheur. . . .

OSCAR

.Mais . . .

JEAN BRUNELLE

Bref, Sans vous comprendre en rien, grands enfants que vous êtes. Dans un rayon d'amour vous brassez des tempêtes, Et perdez vos instants en des propos jaloux Pendant que l'ennemi circule autour de vous. C'est insensé.

OSCAK

Monsieur! . . .

JEAN BRUNELLE

Excusez mes paroi ( - J'omets en vous grondant l'emploi des paraboles. . . Mais contre le danger que nous voyons surgir, Au lieu de nous bouder, il faut ensemble agir. . . Comptez sur moi, d'abord.

cecile (avec effusion]

Ah ! je vous remercie :

JEAN BRUNELLE

Ce fripon des grandeurs perdra la fantaisie, Ou je perdrai mon nom. (.4 Oscar) Partons.

OSCAP.

Je suis à vous.

CECILE

Dieu vous guide !

oscar (lui envoyant un baiser de la main) Au revoir.

CECILE

Adieu. Protégez-nous.

JEAN BRUNELLE

Laissez faire en cela votre ami Jean Brunelle.

(Ils sortent au moment ou Mariane entre.)

mariane (avec un geste de surprise) Ah, mon Dieu ! l'effrayant gibier, mademoiselle !

CECILE

C'est un brave homme.

MARIANE

Vrai ! . .

CECILE

Grâce à lui, ce baron Bientôt ne sera plus qu'un vulgaire larron.

MAHIANE

Celui-là !

cecile (sortant) Tu diras, si de moi l'on s'informe, Que . . . que j'ai la migraine, et qu'il faut que je dorme.

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