‹ Les faux brillantsChapitre 4 sur 48 · SCENE V DUMONT, FAQUINO · texte numérisé non relu

SCENE V DUMONT, FAQUINO

faquino (avec fatuité, tendant la main à Dumont) Ce cher Dumont! J'arrive un peu trop par surprise, Je crois ?

dumont (lui serrant la main) Point du tout.

FAQUINO

Et mademoiselle Elise, Elle est toujours charmante ?

DUMONT

Oh ! mais, très bien, merci..

Et vous-même ?.

FAQUINO

DUMONT

Toujours alerte!... Et vous aussi?

FAQUINO

Beaucoup moins bien portant que je puis le paraître ;. Les soucis, les regrets, la fatigue, et peut-être Un peu d'ennui, voilà les maux dont je me plains.

DUMONT

N'est-il aucun remède à ces profonds chagrins?

Quand, dès l'enfance, on a connu des jours prospèresr

Et que, par un concours d'événements contraires,

Le destin nous conduit au triste isolement

De l'exil,... ah, croyez que, difficilement,

L'on supporte, en son cœur, le pénible assemblage

Des souvenirs chéris, mais... poignants du jeune âge..

Dépouillé de mes biens, orphelin, et soumis,

Aux sinistres projets de puissants ennemis,

Je m'éloignai pour fuir leur malice profonde,

Et je traîne depuis mes ennuis par le monde, En attendant que Dieu, dans ses sages décrets, Brise de ce complot les ténébreux apprêts

Pardon si, captivé par votre amitié franche, Mon cœur, pour s'allégir, dans le vôtre s'épanche. Vous le voyez, Dumont, je ne vous cache rien

dumont (avec conviction) Votre candeur exquise, en tout cet entretien, Vous dévoile à mes yeux;... votre ton,... votre mine,... Tout en vous me révèle une haute origine!

faquino (l'interrompant) Assez, mon cher, changeons de propos s'il vous plaît. Votre amitié s'égare... {lorgnant un portrait)

Ah, quel est ce portrait ?

dumont (attendri) Une enfant qui faisait le bonheur de ma vie !

Douce Heur du printemps !

DUMONT

Que le ciel m'a ravie.

FAQUINO

Pour l'élever, mon cher, en un monde meilleur, Loin des nombreux assauts de l'humaine douleur! à part) Je ne me croyais pas si profond moraliste.

dumont (contemplant le portrait) Ce regard !

faquino là part)

Sapristi ! Que le bonhomme est triste ! Profitons du moment. {Il laisse tomber une lettre à ses pieds.)

{Haut) Ah ! Je conçois combien

Votre peine est profonde !... Oui, je le conçois bien ;

Mais, pour vous consoler, n'avez-vous pas encore Près de vous deux enfants belles comme l'aurore, Qui savent réunir la grâce et le bon ton Avec la modestie ?

DUMONT

Ah ! que vous êtes bon.

D'apprécier ainsi

FAQUINO

J'apprécie un mérite

Trop apparent, mon cher, pour que (tirant sa montre)

Mais je vons quitte.

On m'attend Je devrais être déjà rendu

dumont (lui serrant la main) Quoi, si tôt ! Revenez ce soir.

FAQUINO

C'est entendu.

(A part) Bonjour, mon tendre ami... J'ai la douce espérance Qu'avec un tel sujet non» courons bonne chance.

Page 1