SCENE V DUMONT, FAQUINO
faquino (avec fatuité, tendant la main à Dumont) Ce cher Dumont! J'arrive un peu trop par surprise, Je crois ?
dumont (lui serrant la main) Point du tout.
FAQUINO
Et mademoiselle Elise, Elle est toujours charmante ?
DUMONT
Oh ! mais, très bien, merci..
Et vous-même ?.
FAQUINO
DUMONT
Toujours alerte!... Et vous aussi?
FAQUINO
Beaucoup moins bien portant que je puis le paraître ;. Les soucis, les regrets, la fatigue, et peut-être Un peu d'ennui, voilà les maux dont je me plains.
DUMONT
N'est-il aucun remède à ces profonds chagrins?
Quand, dès l'enfance, on a connu des jours prospèresr
Et que, par un concours d'événements contraires,
Le destin nous conduit au triste isolement
De l'exil,... ah, croyez que, difficilement,
L'on supporte, en son cœur, le pénible assemblage
Des souvenirs chéris, mais... poignants du jeune âge..
Dépouillé de mes biens, orphelin, et soumis,
Aux sinistres projets de puissants ennemis,
Je m'éloignai pour fuir leur malice profonde,
Et je traîne depuis mes ennuis par le monde, En attendant que Dieu, dans ses sages décrets, Brise de ce complot les ténébreux apprêts
Pardon si, captivé par votre amitié franche, Mon cœur, pour s'allégir, dans le vôtre s'épanche. Vous le voyez, Dumont, je ne vous cache rien
dumont (avec conviction) Votre candeur exquise, en tout cet entretien, Vous dévoile à mes yeux;... votre ton,... votre mine,... Tout en vous me révèle une haute origine!
faquino (l'interrompant) Assez, mon cher, changeons de propos s'il vous plaît. Votre amitié s'égare... {lorgnant un portrait)
Ah, quel est ce portrait ?
dumont (attendri) Une enfant qui faisait le bonheur de ma vie !
Douce Heur du printemps !
DUMONT
Que le ciel m'a ravie.
FAQUINO
Pour l'élever, mon cher, en un monde meilleur, Loin des nombreux assauts de l'humaine douleur! à part) Je ne me croyais pas si profond moraliste.
dumont (contemplant le portrait) Ce regard !
faquino là part)
Sapristi ! Que le bonhomme est triste ! Profitons du moment. {Il laisse tomber une lettre à ses pieds.)
{Haut) Ah ! Je conçois combien
Votre peine est profonde !... Oui, je le conçois bien ;
Mais, pour vous consoler, n'avez-vous pas encore Près de vous deux enfants belles comme l'aurore, Qui savent réunir la grâce et le bon ton Avec la modestie ?
DUMONT
Ah ! que vous êtes bon.
D'apprécier ainsi
FAQUINO
J'apprécie un mérite
Trop apparent, mon cher, pour que (tirant sa montre)
Mais je vons quitte.
On m'attend Je devrais être déjà rendu
dumont (lui serrant la main) Quoi, si tôt ! Revenez ce soir.
FAQUINO
C'est entendu.
(A part) Bonjour, mon tendre ami... J'ai la douce espérance Qu'avec un tel sujet non» courons bonne chance.