ELISE ET CECILE
Un baron
dumont (avec exaltation) Ah ! Gela se lisait sur son front, Dans son noble regard, plein. d'un charme indicible ! Mais j'en ai maintenant la preuve.
élise (avec ravissement)
Est-ce possible !
DUMONT
Là, tout près du fauteuil qu'il venait de quitter. Je trouvai cette lettre, et ne pus résister A la tentation qui me vint de la lire.
CECILE
Mais
DUMONT
Chut! Ecoutez bien ce qu'elle va nous dire. (// lit avec emphase)
«Naples, ce... 18
Au baron Ghristino Fiorentino Faquino.
Mon cher baron, J'éprouve un vrai bonheur à vous informer que la cabale de vos ennemis est enfin déjouée. Dans quelques jours, il vous sera permis d'entrer en possession de vos riches domaines. Je vous en apporterai moi-même les titres par le prochain transatlantique, en môme temps qu'une lettre de change qui vous fournira les moyens de iigurer à l'étranger d'une manier*» digne de la noble
race des Faquini
Votre tout dévoué
«Le comte Luigi de Montcbcllicano.)) Eh bien, n'avons-nous pas droit de nous applaudir ?
ELISE
Ah, ciel ! En y songeant, je sens mon cœur bondir !
Bientôt notre salon deviendra du grand monde Le point de ralliement,... et la verve féconde, L'éblouissant reflet de tous les beaux esprits,
Fera de notre cercle un joyeux paradis !... On parlera de nous dans toutes les gazettes ; Nous aurons pour amis des milords, des poètes; Les gens les mieux posés se montreront jaloux De nous faire la cour et d'être admis chez nous !
DU.MONT
•Oui, mon enfant, voilà le brillant avantage Qu'offre l'intimité d'un noble personnage!
cecile (à part) Pauvre sœur!...
DU.MONT
Il faudra lui faire bon accueil !
ELISE
Oui, je vous le promets de grand cœur !...
cecile (a part)
Ah ! l'orgueil Lui fait tourner la tête !
dumont (ci Elise)
...Et tâche de lui plaire.
(Elise fait un signe d'adhésion)
mariane (à part) 11 parait qu'un baron, c'est une grande affaire !
ELISE
Dieu que je suis heureuse !
DUMONT
On le serait à moins.
ELISE
Nos voisins !... Oh ! j'ai hâte, oui, qu'ils soient tous, témoins Des honneurs dont pour nous chacun sera prodigue !...
CECILE
Ma sœur, tu me surprends !
mariane (à part)
Son bonheur la fatigue.
élise (sans entendre Cécile) Avoir un vrai baron tous les jour.-, près de soi l Qu'en dites-vous, papa ?
DUMONT
Mais c'est immense !
mariane (à part)
Moi, J'ai hâte d'en voir un, franchement.
ELISE
Et l'entendre Vous dire à chaque instant quelque petit mot tendre
mariane (à part) L'eau m'en vient à la bouche !
Oui, c'est délicieux !... (s'exaltanty Ce baron, mon enfant, c'est un don précieux Que le ciel nous envoie. Avec son alliance Nous arrivons à tout.
ELISE
Ah ! Quelle providence l
DUMONT
Un baron, songez donc !
ELISE
Oui, c'est tout un trésor L
mariane (à part) Une trouvaille, enfin, qui vaut son pesant d'or!
ELISE
Je doute, franchement, si j'aurai le courage D'endurer désormais le vulgaire entourage Dont nous avons été jusqu'ici fréquentés
cecile (vivement) Quoi ! Nos anciens amis seraient donc supplantés Par ce baron, suivi de son douteux cortège De faux ducs, de seigneurs sans domaines...
du mont (furieux)
Abrège !
Je ne veux pas qu'ainsi l'on insulte à mon nez Un illustre étranger
C'est indigne !
DU M ONT
Apprenez Que moi, mademoiselle, oui, moi seul, je suis maître Du choix de mes amis, et je puis vous promettre Que, malgré vos « hélas !» et votre grand courroux, Notre baron sera le bien-venu chez nous.
ELISE
Et bien plus, moi, je veux qu'ici l'on se dépouille Du maintien et du ton roturier.
m ariane (à part)
Ca s'embrouille !
CECILE
Ma sœur
DU M ONT
Silence ! Assez de ces honteux débats !
CECILE
Mais, enfin
DDMONT
Plus un mot !... Je ne te comprends pas !
Ton langage, Cécile, est celui d'une sotte
J'en suis exaspéré !
m \i;iane (ii part] Malheur à qui s'y frotte I.
ceci m:
Ainsi, de l'amitié vous briseriez b1 lien Pour
I UMONT
Assez !