SCENE V
Les mêmes, FAQUINO.
FAQUINO (à la cantonnade) ù Merci! À | DUMONT (faisant un soubresaut) [| | Eu Grand Dieu, c’est lui !
LATE FAQUINO (saluant profondément) nur Mesdames, j'ai l'honneur !
(à Dumont) Mon excel'ent ami !
EUR se donnent la main) \ | VE rt) | ji chons de nous remettre.
FAQUINO
Obéissant au vœu marqué dans votre lettre, J'ai tout laissé sur l'heure, et me voici.
DUMONT
Vraiment,
rl, , , me sort.) Je suis très honoré de votre empressement,
FAQUINO
C'est un faible tribut de ma reconnaissance, Et l'effet d’un penchant dont la douce influence Me conduit sans effort dans vos foyers bénis
en toute prête? Où séjournent la grâce et l’esprit réunis.
ELISE
L'esprit séjourne ici, baron, quand vous y êtes.
>? FAQUINO Vous cueillez l'abondance où je glane les miettes.
Pardon. A cet égard vous l’emportez sur nous : L'abondance nous fuit pour arriver chez vous.
DUMONT (bas à Cécile)
ré mon cŒUr | Tu veux donc jusqu'au bout te montrer détestable t
FAQUINO (à Cécile) Ah! vous êtes pour moi mille fois trop aimable ! CECILE (bas à Dumont) he Vous voyez qu'il n’est pas de votre sentiment.
FAQUINO (à Cécile) Vous avez le secret d'exprimer gentiment De vos impressions la nuance précise.
CECILE ’ai l'honneur ! Je n'avais pas l’espoir d’être aussi bien comprise. FAQUINO 00 Ni moi d'être par vous de la sorte jugé. | nt la main) \ CECILE Et compris. | ous remettre. é DUMONT fl
(qui a suivi la conversation avec inquiétude) | Mais sans doute! Enfin...
LE
FAQUINO (embarrassé) . Très obligé, Mademoiselle... pour... de votre... sympathie. Tant d'honneur me confond.
CECILE C'est trop de modestie.
FAQUINO (reprenant de l'aplomb)
Cela vous étonne ?
CECILE
Oui, sous vos dehors galants.
La modestie omet les apparats brillants ; Et chez un grand seigneur de votre... provenance, On est toujours surpris d’en trouver l'apparence. DUMONT (à Elise) Dis un mot en passant du cadean qu'il t’a fait. FAQUINO (à part) Elle a des soupçons. Bah! payons d’audace!
DUMONT (à Faquino) Au fait, Vous nous avez produit une aimable surprise.
ELISE Oui, ces bijoux, baron, sont d’une grâce exquise. FAQUINO Leur éclat disparait sous l'éclat de vos yeux. ELISE (baissant la vue) Ah! vous êtes vraiment bien trop élogieux !
DUMONT (à Faquino)
Et votre ami ?
FAQUINO
Le comte? Ilarrivece soir.
Ah !tant mieux!
Nous serons enchantés de le voir.
FAQUINO
Toujours hospitalier !
DUMONT Vos amis sont les nôtres.
ELISE Ils sont les bienvenus.
CECILE En vient-il beaucoup d’autres ?
(Dumont fait un geste terrible à Cécile) SCENE VI
(Les mémes. MARIANE, Puis OSCAR)
MARIANE (annoncant) Monsieur Oscar Dange !
(Elise fait un signe de mécontentement, Cécile un sign: de vunsternation.) DUMONT (troublé) Hein ? (à part) Peste ! il va tout gate”.
CECILE (à part) Il a tout compromis en voulant tout hâter !
FAQUINO (à Dumont) Quel est ce personnage ?
Oh ! personne. (à Mariane) Qu'il entre. (à Faquino) Un jeune homme assez vain pour se croire aimé. FAQUINO Dianire !
DUMONT De Cécile.
FAQUINO (à Dumont)
Un rival pour le comte !
DUMONT (& suquino)
Un manant ! il î
(d'un air déterminé) LE
Je vais lui faire voir. (f (à part, voyant entrer Oscar) j
C'est diablement gênant ! fl
oc AR (s’avançant vers Dumont) Mon cher monsieur Dumont!
4 ‘DUMONT (avec hauteur) Monsieur, je vous salue !
OSCAR (reste un moment surpris, se retourne Ki et salue Elise et Cécile)
HE ( : Mesdames !.… [LE (Elise salue froidement, Cécile timidement, Oscar les regarde | tour à tour et ajoute à part) AE Tiens !.. toujours la mème retenue $
| Chez chacun d'eux !.…
| DUMONT (négligemment)
| Baron, monsieur Dange, avocat !
| (Oscar et Faquino se saluent avec réserve)
| | FAQUINO
Il Vous pratiquez, Monsieur, un métier délicat.
| OSCAR
Liia | Cela dépend. ma foi, de celui qui l’exerce. Plutôt que l’art souvent c’est le métier qui perce.
4 (Cécile et Cscar forment un groupe d’un côté; Faquino, Dumont ct
| Elise de l'autre)
ji T'ES FAQUINO (à Dumont et à Elise) FH Ce jeune homme paraît d’un esprit peu brillant. RATE. F
fe ELISE (4 Faquino)
Un jeune impertinent !
DUMONT (de méme) Un fat, un intrigant, Qui prétexte l’amour pour atteindre ma caisse. FAQUINO Au rang des malfaiteurs par ce trait il s’abaisse ; il Tous ces faux amoureux, ces vils chasseurs de dots, Sont des gens qu’on devrait confiner aux cachots.
(Cécile et Oscar se rapprochant du groupe entendent ces derniers PT mots)
oscAR (à part) C'est fort bien, nous allons tâcher de vous y mettre.
DUMONT (à Faquino) Le parvenu, chez nous, ose tout se permettre ; k Son audace est égale à sa vulgarité ; Il réclame partout l'entière égalité ;
Des plus antiques noms l’on ne tient aucun compte ; 1
p C'est le rang qui s’effaceet la plèbe qui monte; VA Au point que l'artisan du plus modeste état 1H
Peut arriver un jour à gouverner l'Etat. jh
4 FAQUINO k à Vraiment, votre pays offre un bien triste exemple 45
4 D'abus qu'avec regret l’honnète homme contemple. jh
Lorsqu'un peuple s’oublie et se laisse aveugler th Par ceux qui méchamment veulent tout niveler,
Et qu’il cède à l'instinct révolutionnaire
En abaissant le noble au rang du prolétaire,
Sa gloire est à son terme etses jours sont comptés.
OSCAR
Vos principes, Monsieur, sont un peu haut montés ‘ D'un vol vous atteignez des hauteurs inconnues,
Et pour nous observer vous planez dans les nues. Verillez donc, s’il vous plait, rédescendre ici-bas,
TERRES SRE ESS ee
‘4 A Et voir ce que, là-haut, vous n’apcrcevez pas. i} :
t FAQUINO (piqué) b F Ce langage, Monsieur, sent un peu la critique in
Et je n’ai pas le goût... KR
OSCAR f è
Permettez, je m'explique. | k
La noblesse à nos yeux n'exclut pas le respect, if
Quand son identité n'offre rien de suspect. 1É
Mais nous nous défions des porteurs de faux titres 1h
Qui nous viennent parfois débiter par chapitres 1
L'éloge extravagant de leur fausse grandeur ; à à
Et si vous permettez qu'avec toute candeur 11
Je vous dise en deux mots le fond de ma pensée, k *
C’est peine superflue, inutile, insensée, \È
Que d’étaler ici l’éclat dispendieux ‘1
Des cours, et d'échanger le neuf contre le vieux, if En plantant dans le sol de la jeune Amérique
Ce reste des vieux temps: «l'arbre aristocratique» Sur notre continent, le titre est un détail, À Et la distinction le produit du travail. |
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DUMONT (à part)
Quelle perversion! Vraiment, c’est trop d’audace ! Il faut que sur le champ je le mette à sa place.
FAQUINO Monsieur, votre système est la contrefaçon De l’ordre social.
DUMONT
Oui. vous avez raison!
FAQUINO Nos aïeux sont notés aux pages de l'histoire, Leurs blasons vénérés rappellent la mémoire Des sublimes vertus et des faits glorieux Dont nous conservons tous le souvenir pieux.
DUMONT Oui, morbleu ! c'est cela.
FAQUINO
Votre jeune patrie Doit avoir sa noblesse et sa chevalerie.
OSCAR
Voulez-vous donc ici transporter les splendeurs Qui de tout l’ancien monde encombrent les hauteurs ? Des titres devons-nous commencer la recherche, Et sur de vieux blasons faudra-t-il qu’on se perche Pour trouver des grandeurs le niveau chancelant ? Non. Dans notre hémisphère on ne croit qu'au talent; Les honneurs n’y sont pas de ceux dont on hérite; Notre aristocratie est celle du mérite.
FAQUINO Blâmez-vous le sujet que son prince anoblit ? OSCAR En voulant s'élever souvent l’on s’avilit, (Dumont gesticule avec fureur) Une distinction s'impose à notre estime, Quand elle est an mérite un tribut légitime;
Mais nous répudions les titres inconnus Et les honneurs par l'or ou l'intrigue obtenus.
(Faquino restes interdit)
DUMONT (éclatant)
Apprenez que je suis, moi, d’un avis contraire ! :