ACTE QUATRIÈME OSCAR Si vous m'aimez comme je vous adore
Fuyons.…..
CECILE
Fuir?.. Vous voulez que je me déshonore !
Cette route inconnue où, sans vous défier, Vous voulez m’entraîner, Oscar !.….
OSCAR C'est le sentier Qui conduit au bonheur.
CECILE Qui conduit à l’abîime.
On ne peut arriver au bonheur par un crime.
OSCAR Et vous me refusez ?
CECILE (à part) Mon Dieu, soutenez-moi!
OSCAR Répondez!
CECILE Le devoir est ma suprème loi.
OSCAR Quoi ! votre honneur ainsi d’un serment se dispense ? CECILE L'enfant doit à son père entière obéissance.
OSCAR Et vous nommez cela, Cécile. ?
CECILE Mon devoir.
OSCAR Mais, lorsqu'un père aveugle abuse du pouvoir Qu'il a reçu du ciel, et que, par pur caprice, D'un vil conspirateur il se fait le complice.
Silence ! Devant moi n’osez pas discuter L'honneur de mon père. Ah! vous voulez imputer
A ses actes des torts que l’équité condamne !
Et vous cruyez que, moi, je permettrai qu’il plane
Sur ses intentions un doute injurieux !
Oh! je vous aime, Oscar ! mais j'aime encore mieux
L’intégrité du nom qu'avec orgueil je porte.
Quelque obstacle à nos vœux que sa rigueur apporte,
Le respect sur l'amour chez moi doit prévaloir. OSCAR
Mais ses motifs, enfin, vous devez le savoir, . . CECILE
Des motifs paternels l'enfant n’est pas le juge. OSCAR
C’est fort beau ! Le devoir vous fournit un refuge Contre un amour qui nuit à vos projets pompeux.
CECILE Oscar, vous m'outragez.
OSCAR
Mais je prends vos aveux.
Vous n'avez que dédain pour les amours vulgaires Qui hantent sans éclat les sentiers ordinaires. Suivez donc désormais les sublimes élans
Qui portent votre cœur vers ces nobles galants Qu'un hasard généreux a jetés sur nos rives Pour captiver l'esprit des beautés... sensitives!
CECILE
Ce gros sarcasme, Oscar, est une cruauté
Qui répugne au bon sens comme à la loyauté.
Mon cœur, vous le savez, n’a pas ces goûts volages Pour les titres d'emprunt et les faux étalages, Dont si brutalement vous osez m’'accuser ;
Et c'est de ma tendresse indûment abuser
Que de venir ainsi, pour des raisons frivoles, Travestir mes motifs en tronquant mes paroles. Ma foi vous est acquise et, nonobstant vos torts, Je vous aime toujours.
OSCAR Eh ! que veut dire alors Cette attitude altière et cette résistance, Quand je veux par l’hymen unir notre existence ? Vous avez droit.
D A 0 QD 2 6 ge à
CECILE J'ai droit de consulter mes goûts Et d'écouter mon cœur dans le choix d’un époux ; J'ai droit de résister à l’ordre tyrannique De former sans amour une alliance inique, Répugnant à mes vœux comme à ma dignité ; Le contrôle d’un père est par Dieu limité ; Son pouvoir se termine où l’outrage commence ; Mais jamais avec droit l'enfant ne se dispense De son autorité pour compléter les nœuds Eternels et sacrés de l’'hymen.
OSCAR Dites mieux:
Tous ces beaux sentiments dont vous donnez le texte Arrivent à propos pour fournir un prétexte A votre trahison.
CECILE Assez, Monsieur, assez !
Laissez-moi seule ici pleurer.
OSCAR Vous me chassez ?
Très bien, je pars.
CECILE Partez, puisque mon infortune Loin de vous attendrir, hélas ! vous importune. OSCAR Ma présence vous pèse.
CECILE (avec dépit) En effet.
OSCAR Je le sais; Et vous ne m'aimez plus.
CECILE Je crois que je vous hais.
OSCAR
Et si ce comte ici finissait par paraitre, Vous lui feriez l'accueil d'un prétendant!
CECILE Peut-être.
OSCAR
Et vous l'épouseriez.
CECILE Qui sait?
OSCAR Précisément.
L'ardeur du faux amour s'eteint fort aisément.
CECILE Vous en donnez la preuve.
(on entend tousser Dumont dans la coulisse) Ah ! mon père !.. De grâce 1...
S'il vous retrouve ici!
OSCAR (se troublant) Que faut-il que je fasse ?
CECILE
Cachez-vous, vite, vite 1...
OSCAR Où me cacher ?
CECILE Partout !
(l'entrainant) Courez de ce côté !.. Non! non! à l’autre bout ! (le poussant derrière un écran)
Bon, là, ne bougez pas. (à part) Ah! c'est un vrai supplice ! Je ne puis de sa part souffrir cette injustice,
Et pour le corriger de son vilain soupçon, Je vais un peu lui faire en passant la leçon.
{voyant entrer Dumont) Ciel! je tremble! courage !