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pouvait d’art dramatique sans peinture des passions.
À son tour, il protesta que la peinture des passions
était fatalement d’un fâcheux exemple. La discussion continua ainsi quelque temps ; et comme je comparais alors cet élément pathétique à tel déchaînement des instruments de cuivre dans un. orchestre :
« — Par exemple, à cette entrée de trombones, que vous admirez dans telle symphonie de Beethoven...
« — Mais je ne l’admire pas du tout, moi, cette
entrée de trombones, s’est-il écrié avec une véhé-
mence extraordinaire. Pourquoi voulez-vous me faire admirer ce qui me trouble ?
€ Il tremblait de tout son corps. L’accent d'indi-
gnation, d’hostilité presque, de sa voix, me surprit
et parut l’étonner lui-même, car il reprit sur un ton plus calme : | | :
«— Avez-vous remarqué, que tout l'effort de la musique moderne est de rendre supportables, agréa bles même, certains accords que nous tenions d’° abord pour discordants ?
«— Précisément, ripostai-je ; tout doit enfin se rendre, et se réduire à l’harmonie. |
« — À lharmonie ! répéta-t-il en haussant les
épaules. Je ne vois là qu’une accoutumance au mal,: au péché. La sensibilité s’émousse ; la pureté ses
ternit ; les réactions se font moins vives ; on tolère,!
on accepte. }
« — À vous entendre, on n’oserait même plus! sevrer les enfants. j « Mais 1l continuait sans m’entendre 5
1 PAS LAPTOP À x FRA ES Cadet Es Giles à
î « — Si l’on pouvait recouvrer l’intransigeance de : laj nee ce dont on s'indignerait le plus, c'est de ce qu'on est devenu.
| «Il était trop tard pour nous lancer dans une dis-
- cussion téléologique ; je tentai de le ramener sur
son terrain :
«— Vous ne prétendez pourtant pas restreindre la - musique à la seule expression de la sérénité ? Dans ce cas, un seul accord suffirait : un accord parfait continu.
. « I me prit les deux mains et, comme en extase, le regard perdu dans une adoration, répéta plusieurs - fois :
« — Un accord parfait continu ; oui, c’est cela : } un accord parfait continu... Mais tout notre univers est en proie à la discordance, a-t-il ajouté triste- . ment.
. «Je pris congé de lui. Il m’accompagna jusqu’à
la porte et m'embrassant, mumura encore :
-6-: Ah! comme il faut attendre pour la résolu-
| tion de l’accord ls
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DE BEerNARD À OLIVIER :
| a Lundi, « Cher vieux,
« Que je te dise d’abord que j'ai séché le bachot. Tu l’auras compris sans doute en ne m'y voyant pas. Je me présenterai en octobre. Une occasion unique s’est offerte à moi de partir en voyage. J’ai sauté dessus ; et je ne m’en repends pas. Il fallait se décider tout de suite ; je n’ai pas pris le temps de
réfléchir, pas même de te dire adieu. À ce propos, je suis chargé de t’exprimer tous les regrets de mon compagnon de voyage d’être parti sans te revoir. Car sais-tu qui m’emmenait ? Tu le devines déjà... c’est Édouard, c’est ton fameux oncle, que j'ai rencontré le soir même de son arrivée à Paris, dans des circonstances assez extraordinaires et sensa-
tionnelles, que je te raconterai plus tard. Mais tout. est extraordinaire dans cette aventure et, quand j'y repense, la tête me tourne. Encore aujourd'hui j'hésite à croire que c’est vrai, que c’est bien moi qui t'écris ceci, qui suis ici en Suisse avec Édouard et... Allons, il faut bien tout te dire, mais surtout déchire ma lettre et garde tout cela pour toi.
« Imagine-toi que cette pauvre femme abandonnée : par ton frère Vincent, celle que tu entendais san-. gloter, une nuit, près de ta porte (et à qui tu as été bien idiot de ne pas ouvrir, permets-moi de te le dire), se trouve être une grande amie d’Édouard, la propre fille de Vedel, la sœur de ton ami Armand. Je ne devrais pas te raconter tout cela, car il y va de l’honneur d’une femme, mais je crèverais si Je ne le racontais à personne. Encore une fois :. garde cela pour toi. Tu sais déjà qu'elle venait de se marier; tu sais peut-être que, peu de temps. après son mariage elle est tombée maladeet qu'elle” est allée se soigner dans le Midi. C’est là qu’elle” a fait la connaissance de Vincent, à Pau. Tu” sais peut-être encore cela. Mais ce que tu ne” sais pas, c’est que cette rencontre a eu dess suites. Oui, mon vieux ! Ton sacré maladroit de frère. lui a fait un enfant. Elle est revenue enceinte à Paris,“ où elle n’a plus osé reparaître devant ses parents 5" encore moins osait-elle rentrer au foyer conjugal. Cependant ton frère la plaquaït dans les conditions que tu sais. Je t’épargne les commentaires, mais puis te dire que Laura Douviers n’a pas eu un mot de reproches et de ressentiment contre lui. Au contraire,