‹ Les faux-monnayeurs, romanChapitre 42 sur 95 · DENT 1 MN · texte numérisé non relu

DENT 1 MN

| Journaz Dp’EpouaArp

C’est ce qui arrive de presque toutes les maladies de l’esprit humain qu'on se flatte d’avoir gueries. On les répercute seulement, comme on dit en médecine et on leur en substitue d’autres.

SAINTE-BEUVE (Lundis x, p. 19).

« Je commence à entrevoir ce que j’appellerais le .« sujet profond » de mon livre. C’est, ce sera sans ! * doute la rivalité du monde réel et de la représentation que nous nous en faisons. La manière dont le | j monde des apparences s’impose à nous et dont nous j tentons d'imposer au monde extérieur notre interprétation particulière, fait le drame de notre vie. "La résistance des faits nous invite à transporter notre construction idéale dans le rêve, l'espérance, la vie future, en laquelle notre croyance s’alimente de tous nos déboires dans celle-ci. Les réalistes partent des faits, accommodent aux faits leurs idées. Bernard est un réaliste. Je crains de ne

» pouvoir m’entendre avec lui,

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« Comment ai-je pu acquiescer lorsque Sophromiska m'a dit que je n’avais rien d’un mystique? Je suis tout prêt à reconnaître avec elle que, sans mysticisme, l’homme ne peut réussir rien de grand. Mais n'est-ce pas précisément mon mysticisme qu'incrimine Laura, lorsque je lui parle de mon livre ?.. Abandonnons-leur ce débat.

« Sophroniska m'a reparlé de Boris, qu’elle est parvenue, croit-elle, à confesser entièrement. Le pauvre enfant n’a plus en lui le moindre taillis, la

“ moindre touffe où s’abriter des regards de la doctoresse. Il est tout débusqué. Sophroniska étale au grand jour, démontés, les rouages les plus.intimes de son organisme mental, comme un horloger les pièces de la pendule qu’il nettoie. Si, après cela, le

| petit ne sonne pas à l'heure, c’est à y perdre son

- Jatin. Voici ce que Sophroniska m'a raconté : |

«Boris, vers l’âge de neuf ans, a été mis au collège,

à Varsovie. Il s’est lié avec un camarade de classe,

k un certain Baptistin Kraft, d’un ou deux ans plus

| âgé que lui, qui l’a initié à des pratiques clandes-

tines, que ces enfants, naïvement émerveillés,

croyaient être « de la magie ». C’est le nom qu'ils” donnaient à leur vice, pour avoir entendu dire, ou lu, que la magie permet d’entrer mystérieusement en possession de ce que l’on désire, qu’elle 1illimite la puissance, etc... [ls croyaient de bonne foi avoir découvert un secret qui consolât de l’absence réelle

. par la présence illusoire, et s’hallucinaient à plaisir

et s’extasiaient sur un vide que leur imagination

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-surmenée bondait de merveilles, à grand renfort de volupté. Il va sans dire que Sophroniska ne s’est

* pas servie de ces termes ; J'aurais voulu qu’elle me rapportât exactement ceux de Boris, mais elle prétend qu’elle n’est parvenue à démêler ce que dessus, dont elle m’a pourtant certifié l’exactitude, qu'à travers un fouillis de feintes, de réticences et d’imprécisions.

« — J'ai trouvé là l’explication que je cherchais ‘depuis longtemps, a-t-elle ajouté, d’un bout de parchemin que Boris gardaït toujours sur lui, enfermé dans un sachet qui pendait sur sa poitrine à côté des médailles de sainteté que sa mère le force à porter — et sur lequel étaient cinq mots, en caractères majuscules, enfantins et soignés, cinq mots dont je lui demandais en vain la signification :

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