CRETE PER RE RE EP
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Bernard tourna la tête. L'ange était de nouveau près de lui. ;
— Ï] va falloir se décider, disait-il. Tu n’as vécu qu’à l’aventure. Laisseras-tu disposer de toi le hasard ? Tu veux servir à quelque chose. Il importe de savoir à quoi.
— Enseigne-moi ; guide-moi, dit Bernard.
L'ange mena Bernard dans une salle emplie de monde. Au fond de la salle était une estrade, et sur cette estrade une table recouverte d’un tapis grenat. Assis derrière la table, un homme encore jeune parlait.
— C’est une bien grande folie, disait-il, que de prétendre rien découvrir. Nous n’avons rien que nous n’ayons reçu. Chacun de nous se doit de comprendre, encore Jeune, que nous dépendons d’un passé et que ce passé nous oblige. Par lui, tout notre avenir est tracé.
Quand il eut achevé de développer ce thème, un autre orateur prit sa place et commença par l’approuver, puis s’éleva contre le présomptueux qui prétend vivre sans doctrine, ou se guider luimême et d’après ses propres clartés.
— Une doctrine nous est léguée, disait-il. Elle a déjà traversé bien des siècles. C’est la meilleure assurément et c’est la seule ; chacun de nous se
doit de le prouver. C’est celle que nous ont transmis
nos maîtres. C’est celle de notre pays, qui, chaque
fois qu’il la renie, doit payer chèrement son erreur.
L'on ne peut être bon Français sans la connaître,
n1 réussir rien de bon sans s’y ranger. -
. À ce second orateur, un troisième succéda, qui * remercia les deux autres d’avoir si bien tracé ce qu’il » appela la théorie de leur programme ; puis établit » que ce programme ne comportait rien de moins » que la régénération de la France, grâce à l'effort de * chacun des membres de leur parti. Lui se disait homme d'action ; il affirmait que toute théorie . trouve dans la pratique sa fin et sa preuve, et . que tout bon Français se devait d’être combat- | tant.
— Mais hélas ! ajoutait-il, que de forces isolées, . perdues ! Quelle ne serait pas la grandeur de notre » pays, le rayonnement des œuvres, la mise en valeur ® de chacun, si ces forces étaient ordonnées, si ces œuvres célébraient la règle, si chacun s’enrégimentait !
» Et tandis qu'il continuait, des jeunes gens com- : mencèrent à circuler dans l’assistance, distribuant . des bulletins d'adhésion sur lesquels il ne restait qu'à opposer sa signature.
> — Tu voulais t’offrir, dit alors l’ange. Qu’attendstu?
- Bernard prit une de ces feuilles qu’on lui tendait, . dont le texte commençait par ces mots : « Je m’en- . gage solennellement à... » Il lut, puis regarda l’ange - et vit que celui-ei souriait ; puis il regarda l’assem- . blée, et reconnut parmi les jeunes gens le nouveau . bachelier de tantôt qui, dans l’église de la Sorbonne, - brûlait un cierge en reconnaissance de son succès ; et soudain, un peu plus loin, il aperçut son frère aîné, qu'il n’avait pas revu depuis qu'il avait quitté