‹ Les faux-monnayeurs, romanChapitre 78 sur 95 · SANT OA · texte numérisé non relu

SANT OA

— Oui, dit Bernard.

Ils sortirent. Ils gagnèrent les grands boulevards. La foule qui s’y pressait paraissait uniquement composée de gens riches ; chacun paraissait sûr de

soi, indifférent aux autres, mais soucieux.

— Est-ce l’image du bonheur ? demanda Ber-.

.nard, qui sentit son cœur plein de larmes.

Puis l’ange mena Bernard dans de pauvres quar-.

tiers, dont Bernard ne soupçonnait pas auparavant

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la misère. Le soir tombait. Ils errèrent longtemps

entre de hautes maisons sordides qu'habitaient la maladie, la prostitution, la honte, le crime et la farm. C’est alors seulement que Bernard prit la main de l’ange , et l’ange se détournait de lui pour pleurer.

Bernard ne dîna pas ce soir-là ; et quand il rentra à la pension, 11 ne chercha pas à rejoindre Sarah, ainsi qu'il avait fait les autres soirs, mais monta tout droit à cette chambre qu'il occupait avec Boris.

Boris était déjà couché, mais ne dormait pas encore. Il relisait, à la clarté d’une bougie, la lettre qu'il avait reçue de Bronja le matin même de ce jour.

« Je crains, lui disait son amie, de ne jamais plus te revoir. J'ai pris froid à mon retour en Pologne. Je tousse ; et bien que le médecin me le cache, je sens que je ne peux plus vivre longtemps. »

En entendant approcher Bernard, Boris cacha la lettre sous son oreiller et souffla précipitamment sa bougie.

Bernard s’avança dans le noir. L’ange était entré dans la chambre avec lui, mais bien que la nuit ne fût pas très obscure, Boris ne voyait que Bernard.

— Dors-tu ? demanda Bernard à voix basse. Et comme Boris ne répondait pas, Bernard en conclut qu'il dormait.

— Alors, maintenant, à nous deux, dit Bernard à l'ange.

444 LES FAUX-MONNAYEURS Et toute cette nuit, D au petit matin, ils luttèrent.

Boris voyait confusément Bernard s’agiter. Il à crut que c'était sa façon de prier et prit garde de . ne point l'interrompre. Pourtant il aurait voulu lui parler, car il sentait une grande détresse, S’étant lové, il s’agenouilla au pied de son lit. Il aurait voulu prier, mais ne pouvait que sangloter :

— OÔ Bronja, toi qui vois les anges, toi qui devais m'ouvrir les yeux, tu me quittes ! Sans toi, Bronja, que deviendrai-je ? Qu'est-ce que je vais devenir ?

Bernard et l’ange étaient trop occupés pour l’entendre. Tous deux luttèrent jusqu’à l’aube. L’ange se retira sans qu'aucun des deux fût vainqueur. Lorsque, plus tard, Bernard sortit à son tour de la chambre, il eroisa Rachel dans le couloir. -

— J'ai à vous parler, lui dit-elle. Sa voix était si triste que Bernard comprit aussitôt tout ce qu’elle avait à lui dire. Il ne répondit rien, courba la tête,

et par grande pitié pour Rachel, soudain prit Sarah en haine et le plaisir qu'il goûtait avec elle en horreur.

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