PURES ET
tu vas reconnaître. Il nous l’a dictée, mais j'ai peutêtre mal écrit. Je voudrais savoir au moins si c’est correct.
Monsieur Profitendieu prend le cahier, mais il souffre trop. Il repousse doucement l'enfant :
— Plus tard. On va dîner. Charles est-il rentré?
— Il est redescendu à son cabinet. (C’est au rez- . de-chaussée que l’avocat reçoit sa clientèle.)
— Va lui dire qu'il vienne me trouver. Va vite. Un coup de sonnette! Madame Profitendieu . rentre enfin ; elle s'excuse d’être en retard ; elle a dû » faire beaucoup de visites. Elle s’attriste de trouver - son mari souffrant. Que peut-on faire pour lui ? - C’est vrai qu’il a très mauvaise mine. — Il ne pourra manger. Qu'on se mette à table sans lui. Mais
. qu'après le repas elle vienne le retrouver avec
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— Il ne nous a pas dit ; mais, tiens, regarde : toi
les enfants. — Bernard ? — Ah! c’est vrai; son ami... tu sais bien, celui avec quiil prenait des répé- * titions de mathématiques, est venu l'emmener dîner.
Profitedieu se sentait mieux. Il avait d’abord eu peur d’être trop souffrant pour pouvoir parler. Pourtant il importait de donner une explication de la disparition de Bernard. Il savait maintenant ce qu'il devait dire, si douloureux que cela fût. Il se sentait ferme et résolu. Sa seule crainte, c'était que sa femme ne l’interrompît par des pleurs, par un cri ; qu'elle ne se trouvât mal... :
Une heure plus tard, elle entre avec les trois enfants ; s’approche. Il la fait asseoir près de lui contre son fauteuil. |
— Tâche de te tenir, lui dit-il à voix basse, mais sur un ton impérieux ; et ne dis pas un mot, tu m’entends. Nous causerons ensuite tous les deux.
Et tandis qu’il parle, il garde une de ses mains à elle dans les siennes.
— Allons ; asseyez-vous, mes enfants. Cela me gêne de vous sentir là, debout devant moi comme : pour un examen. J’ai à vous dire quelque chose de très triste. Bernard nous a quittés et nous ne le reverrons plus. d'ici quelque temps. Il faut que je vous apprenne aujourd’hui ce que je vous ai caché d’abord, désireux que j'étais de vous voir aimer Bernard comme un frère ; car votre mère et moi nous l’aimions comme notre enfant. Mais il n’était pas notre enfant... et un oncle à lui, un frère.
» de sa vraie mère qui nous l’avait confié en mourant... est venu ce soir le reprendre.
- Un pénible silence suit ses paroles et l’on entend » renifler Caloub. Chacun attend, pensant: qu'il va . parler davantage. Mais il fait un geste de la main : > — Allez, maintenant, mes enfants. J’ai besoin de causer avec votre mère,
- Après qu'ils sont partis, Monsieur Profitendieu reste longtemps sans rien dire. La main que Madame * Profitendieu a laissée dans les siennes est comme - morte. De l’autre, elle a porté son mouchoir à ses . yeux. Elle s’accoude à la grande table, et se détourne pour pleurer. À travers les sanglots qui la secouent, . Profitendieu l'entend murmurer :
. —Oh! vous êtes cruel... Oh ! vous l’avez chassé.
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- Tout à l’heure, il avait résolu de ne pas lui montrer la lettre de Bernard ; mais, devant cette accusation si injuste, il la lui tend :
— Tiens : lis.