V THÉÂTRALE ^ Y
Journaï d'Actualités Dramatiques
PUBLIANT LE lEXTE COMPLET DES PIÈCES NOUVELLES JOUÉES DANS LES PRINCIPAUX THÉÂTRES DE PAItI3
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Prix Ju Tiumtro • UN FRANC. — MoBBtmtnl aanael ■ France, 36 lr»ncï ; Etïanoïr, 48 rVin
i3, rue SAINT-GEORGES, PARIS (9-).
Les Favorites, au théâtre des Variétés.
'a^uteue de tant d' œuvres fines
Let profondes, souriantes et réfléchies, oîi tant d'esprit dissimule, en Tornant, tant de philosopliie, semble avoir poussé à Textrême dans cette comédie ses qualités les plus essentielles.
Tous les critiques s*en sont plus ou moins rendu compte et telle est bien l'impression qui se dégage de Fensemble de leurs articles,
M. Alfred Capus traite ici - son titre même de prime abord l'indique — un sujet qui pouvait prêter aux considérations historiques ou sociales à la fois les plus pompeuses et les plus douteuses, et par surcroît les plus étendues. Or, l'auteur des Favorites a fait, précisément avec ce sujet-là, la comédie la plus légère et la phx^ pimpante, la plus franche et la plus directe, la plus moderne et la plus parisienne qui se puisse imaginer, — avec, au courant de chaque scène, au détour des moindres répliques, de ces mots qui font soudainement éclore un sourire sur le visage du spectateur ou du lecteur, et qui passent, mais en laissant dans les esprits une lueur durable.
Je viens de faire allusion au titre de cette comédie, M. Robert de Fiers, dans le Figaro, en vante l'attrait, h charme piquant, avant de louer lu pièce même comme il convient :
<( Les FaïKjriles, ce seul mot est déjà à lui seul un.» promesse toute pleine d'agrément déUcat et de plaisir joli, et il rappelle tout un passé trop exquis pour ne pas être encore présent. Les Favorites sont un peu comme le soiirire de T histoire ; et vous savez (^up l'histoire ne sourit pas tous le 4 jours. Les noms d'Agnès Sorel, de Gabrielle d'Estrées, de Diane de Poitiers ou de M"*<^ de Pompadour n'évoquent plus à no3 yeux que des images de charme et de beauté, et nous nous sentons pleins de faiblesse à l'égard des rois qui en ont eu pour d'aussi jolies personnes. Quelques-unes de ces dames illustres furent assurément des intrigantes cupides, orgueilleuses et funestes. Mais cola ne fait rien... L'importance d'un personnage se mesure encore plus au mal qu'il a fait qu'au bien qu'il aurait pu faire. C.»
qu'on admire, c'est la puissance et non pas l'usage qu'on en fait. Et puis le Temps, « qui est fort galant homme », comme dit un proverbe italien, a été très gentil pour les favorites. Il a effacé avec beaucoup d'esprit leurs travers, leurs vices, leurs petitesses.
Comme les femmes ont tort de se plaindre de lui ! Il ne songe qu'à les embellir. ,
» Notre époque a vu la déoadenoe des favorites. Est-ce parce que les femmes sont devenues moins jolies ?
Je ne veux même pas le ptmser. Sont-
elles moins ambitieuses? Personne n.' s'avisera de le croire. Leur influence a-t-eUe diminué ? Il n'y paraît pas.
Il me semble plutôt que c'est le métier de favorites qui s'est gâté, il est devenu impossible. Jadis, il suffisait de pi lirç à un roi ; aujourd'hui il faut plaire à tous les ministres. Il n'y a pas moyen d'y arriver, ils sont trop nombreux et 'ils changent trop souvent ! L'inconstance et la légèreté deviennent donc de ce fait pour une femme ambitieuse une nécessité politique. .Que voulez-vous, je vous le demande, que fasse une femme qui rêve aujourd'hui de jouer les Pompadour ? Elle est dans le désarroi. Alors, comme elle ne peut devenir un grand homme, elle est bien obligée de rester une petite femme. Seulement, elle s'agite, elle se multiplie, elle égare se^ efforts dans tous les sens, au petit bonheur — au petit bonheur des autres — et elle met une ambition démesurée au service de causes insignift-jintes...
» Voilà les petites personnes, les favorites d'aujourd'hui, que M. Capus dans sa nouvelle pièce a étudiées avec une souplesse, une grâce, une exactitude et une clairvoyance qui n'ont point lieu de noas surprendre de sa pirt^
»... Au moment de voas indiquer le sujet de ces quatre actes, je sens combien je leur nuirai en les dépouillant de toute la grâce, de tout l'esprit, de toutes les notations vives et judicieuses qui leur donnent leur précieuse»
et rare qualité. Mais il est évident que vous irez aux Variétés apprendre ce que sont devenues aujourd'hui les Favorites de naguère. Vous aurez grand' raison. Il n'y a qu'Alfred Capus qui soit capable de vous nvconter sa jolie pièce. »
M. Paul Souday juge, dms 1 Eclair, que voici l'une des plus jolies et des plus fines comédies d'^ M. Alfred Capus :
« On ne pourrait lui reprocher quv»
d'être trop fine, de manquer de ces gros effets qm fouettent l'attention un peu lente du public et qui provoquent à coup sûr les rires ou les applaudissements. M. Alfred Cjipus ressemble à ces causeurs délicats qui présentent les observations les plus originales sur un ton tout uni et penseraient faire injure à leur auditoire en soulignant lourdement le trait d n'est pas seulement un homme d'esprit, c'est un homme de goût. »
M. Adolphe Brisson insiste également, dans le Temps, BVLT le dilettantisme avec lequel M. Alfred Capu> paraît avoir écrit cette comédie :
« Tout s'y passe à fleur de pcaii, tout s'y exprime à fleur de lèvres ; le ^ événements s'y succèdent avec un?
mobilité inouïe ; les sentiments y manquent non de vraisemblance ou d^ vérité mais de profondeur. Ce son?
comme des dessins qui seraient gravé ^
légèrement sur le sable de la mer. Lo >
dessins sont exacts et purs. Mais qu'un souffle de vent s'élève, et tout s'effcvoc. La pièce de M. Capus éveille l'impression de cette fragilité. Mais elle est assez brillante, assez plaisante, assez attachante, elle contient assez d'épisodes originaux et de trouvailles pour que la foule y soit attirée. »
M. Georges Boyer écrit aussi dans le Petit Journal :
« De pièctî, si peu que rien, et l'on serait tenté de le regretter, tant ce qu'il y en a est joli et délicat : M. Alfred Capus doit son succès d'hier à une série de petits tableaux parisiens dessinés avec une verve extra-spirituelle et qu'animent des personnages à ce point observés qu'on se demande si on ne les a pas rencontrés tout à l'heure. »
M. Alfred Poizat juge, dans V Autorité, que sa complexité et son absence d'intrigues classent cette pièce dvns la catégorie des tableaux de mœure :
« Elle est très plaisante et toute tissée de cette philosophie légère et moqueuse, où excelle l'esprit moraliste et si fin de Capus. »
Tandis que M. René-Marc Ferry estime, dans la Liberté, que cette œuvre échappe, en quelque sorte, à l'analyse :
« Que pourrait-il rester, dans une analyse, du charme singuUer de C3tte comédie î Quelle idée donnerait-elle de tant de scènes rapides et dégagées, d'une observation si souple et si aisée et de cette jolie clarté répandue sur toute l'oeuvre ? Mais, de même qu'oU?
échappe à l'analyse, de même, plutôt, que l'analyse la laisse échapper pres- I que tout entière, ainsi se refuse- t-ello à entrer dans une catégorie, à S'j classer dans un genre défini Ces tibleaux dramatiques présentent-ils une étude de caractères, une comédie do mœurs, la peinture d'un milieu ? On ne peut pas en décider, puisqu'ils sont à la fois la peinture d'un milieu, une comédie de mœurs, une étude de caractères, puisque ces trois éléments V sont toujours mêlés. Mais quittons des manières do parler aussi factices.
Les Favorites sont surtout un moment de la société parisienne, de Ix société nouvelle qui s'agite et se prépare sous nos yeux, avec la confusion et le m> lange de ses catégories sociiles, l'influence croissante, ou du moins de plus en plus visible et avouée, de l.i femme, le changement de sa situation et de son esprit, la transformation du mariage. Reprenons l'expression de M. Paul Bourget pour sa forte pièce de la Barricade : les FavorUes sont, elles aussi, une chronique, une chronique de 1911, Sous le plaisir à la fois le plus déhcat et, semble-t-il, le plus facile, c'est une pièce d'une observation déliée et profonde et qui va plus loin que son intrigue. »
De son côté, M. Ah A Hermant remarque, dans k' Journal, que les co-
( Voir la ."^uite à lavant-dernière paye de la rouverture,)