‹ Les favorites: comédie en quatre actesChapitre 10 sur 53 · Scène VIII · texte numérisé non relu

Scène VIII

GODFISH, JEANNINE

Jeannine. — Dépêchez-vous !... Qu'est-ce que vous avez encore à me dire? Je vous préviens que j'en ai assez! Ces sorties sont insupportables!

Godfish. — Oii prenez- vous des sorties?

Jeannine. — Vous avez des jeux de physionomie qui équivalent à de véritables scènes pour moi qui vous connais... Dès que vous pensez des horreurs, vous prenez une figure impassible... Si vous croyez que je ne m'en aperçois pas!... Et alors, de quoi ai- je Pair? (Changeant de ton.) Oui, c'est M. Maugraine qui me téléphonait pour me prier de vous faire une dernière recommandation au sujet de Branchin et de Villerbois... Voyons, Robert soyez gentil... (Elle le caresse.) Avez-vous quelque chose à reprocher à votre petite Jeannine? Non, n'est-ce pas? Aloi's, n'en parlons plus.

Elle l'embrasse.

Godfish, après un temps. — Quelle est cette recoinmandat ion que vous priait de me faire M. Maugraine?

Jeannine. — Voici. Villerbois et Branchin ont peur de vous.

Godfish. — Pourquoi?

Jeannine. — Parce que vous avez la réputation d'être très fort en affaires.

Godfish. — ("est mon état.

Jeannine. — Et puis, ce sont des gens qui ont des préjugés... ils n*aiment pas les juifs... et alors...

Godfish, avec force. — Assez! Je ne veux pas que vous disiez ça î Je vous le défends... Mais quelle manie vous avez avec moi de parler sans cesse de juif ou de pas juif!... Entendons-nous là-dessus une fois pour toutes. Je vous interdis absolument de prononcer ce mot-là devant moi... E^t-ce que je me conduis avec vous comme ce qu'on est convenu en France d'appeler un juif? Est-ce que je vous refuse (|Uoi que ce soit? Quand je vous a: connue, vous étiez dans une dèche épouvantable. Aujourd'hui, vous avez un hôtel et quarante mille francs de rente, au moins! A qui les devez-vous? A moi! Est-ce que j'y ai jamais fait allusion ? Est-ce que je manque de tact? Ma parole, ce sont nos maîtresses qui entretiennent l'antisémitisme!

Jeannine. — J'ai tort, Robert, j'ai tort. Je ne le ferai plus.

Godfish, reprenant sa figure impassible. — Bien.

Jeannine. — Tu m'aimes?

Godfish. — Je t'aime. Et je fonderai le journal, puisque cela paraît vous faire plaisir. Je me demande pourquoi, par exemple! Je me le demande... N'importe, je le saurai un jour ou l'autre. Mais vous allez répondre à une question.

Jeannine. — Laquelle?

Godfish. — Le petit Maugraine est-il votre amant?

Jeannine. — Non.

Godfish. — C'est tout ce que je voulais savoir.

Jeannine. — Voils êtes rassuré?

GrODFiSH. — Il y a des accents qui ne trompent pas. Mais je vous préviens que, si un jour j'apprenais le contraire, ce serait comique! Je ne vous dis pas ce que je ferais, ce serait eomique! Maintenant, je vais m'aboucher avec ces messieurs qui sont là, je suppose?

Entre Maugraine. Branchin et V^illerbois apparaissent dans le fond.

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