‹ Les favorites: comédie en quatre actesChapitre 12 sur 53 · Scène X · texte numérisé non relu

Scène X

GODFISH, MAUGRAINE, BRANCHIN,

VILLERBOIS

GoDFisH. — Eh bien, il paraît, messieurs, que nous allons faire une petite affaire ensemble?

Villerbois. — C'est bien vague encore, baron, c'est bien vague...

Branchin. — On peut toujours en causer.

Villerbois. — Parler du principe... voir un peu... tâter le terrain. N'allons pas trop vite.

GODFISH. — Alors, asseyons-nous. (A Maugrainc.)

Jeune homme, vous avez la parole.

Maugrainb. — Messieurs, je me suis adressé à vous parce que vous représentez les trois éléments qui sont indispensables aujourd'hui à un journal: vous, monsieur Villerbois, la haute et vieille bour- ^^isie; vous, monsieur Branchin, la finance dans ce qu'elle a de plus français, et vous, baron, la grande fortune internationale qui est la forme définitive de la civilisation moderne... Ces trois éléments combinés doivent nous donner le journal parisien par excellence, le journal que le public attend.

GoDFiSH. — On se demande même comment il a pu s'en passer jusqu'à présent!

Maugraine. — Arrivons tout de suite à la question de la mise de fonds...

Villerbois. — Oui, parce que si c'était trop cher, il faudrait que le public attendît encore un peu.

Branchin. — Voyons toujours.

Maugraine. — Messieurs, oui, ce sera très cher... I^n journal créé par vous, un journal tel que celui que je rêve, coûtera deux millions!

Villerbois, sursautant. — Deux millions!

Branchin. — Vous plaisantez!

GODPisH. — Non, messieurs, il ne coûtera pas deux millions.

Branchin. — A la bonne heure!

Gk)DFiSH. — Il en coûtera trois.

Branchin. — Allons donc!

GoDFiSH. — Nous sommes trois, un million chacun... Moi, je suis prêt... ne lésinons pas, messieurs, faisons l'affaire largement ou ne la faisons pas.

Maugraine. — Faisons-la! Ce sera une révolution dans la presse.

Villerbois. — Mais, pardon ! Je ne veux de révolution nulle part!

Godpish. — Alors, c'est raté, n'en parlons plus. Moi, ça m'est égal. (A Maugraine.) Vous serez témoin que j'ai fait tout ce que j'ai pu.

Maugraine. — Voyons, messieurs, voyons...

Il va de l'un à l'autre.

Branchin. — Je suis marié, père de famille. Me voyez-vous mettant un million dans un journal ! Maugraine. — C'est un placement admirable.

Villerbois. — Je croyais qu'il s'agissait d'une centaine de mille francs, n'est-ce pas, Branchin?

Branchin. — Mais oui... à la rigueur... Cent mille francs!... Et encore...

GODFISH, allant à la porte du fond» a Jeannine ^ui

s'avance. — Ces messieurs refusent... Moi, j'étais prêt.

Jeannine. — Ils i-ef usent! Mais ils nous avaient promis... Il doit y avoir un malentendu. Attendez... attendez! Venez avec moi.

Elle l'entraîne vers Marguerite et Valérie.

Maugraine, à Branchin et à Villerbois. — Promettez au moins d'étudier Taffaii-e, de la regarder de près...

Branchin, haussant les épaules. — A quoi bon?

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