CHAPITRE VII
Il est instructif d'établir une comparaison entre les deux Wholesales anglaise et écossaise. Ce rapprochement a pour résultat de montrer la suprématie coopérative de l'Ecosse. L'Ecosse se trouve êlre le pays du monde le plus « coopératisé » telle est la constatation décisive à laquelle nous aboutissons en fin de compte.
Gardons-nous cependant de croire que la coopératisation ou la fédéralisation de l'Angleterre soient sensiblement inférieures à celles de l'Ecosse, la comparaison établie les deux Wholesales a beaucoup plutôt pour résultat d'établir la vitalité extraordinaire de la coopération dans ces deux pays, la magnificence de l’œuvre coopérative présentement accomplie.
Légère supériorité de la coopération écossaise. — La supériorilé de la coopération écossaise s’observe à un double point de vue ; l'étude du mouvement fédératif rapporté au mouvement coopératif général de l'un et l'autre pays prouve la supériorité de la /édéralisalion écossaise. Nous désignons sous ce terme l’extension plus ou moins grande qu'en un pays, la Fédération a réalisée, par rapport aux sociétés coopératives du premier degré.
En outre, l'examen du rôle que joue présentement la coopération dans l’économie nationale de l'Ecosse et de l’Angleterre fait la preuve que la coopératisalion de l'Ecosse est plus. avancée que celle de l'Angleterre. Nous désignons sous le terme de coopéralisation. l'importance que le principe coopératif a acquise dans l'économie nationale du pays considéré.
S 1. — Fédéralisation plus grande de l’Ecosse.
Le nombre des coopérateurs indirectement affiliés à la Wholesale par l'intermédiaire de la société dont ils sont membres, représente en Ecosse une fraction un peu plus considérable de la population coopérative totale du pays qu'en Angleterre ; les adhérents à la Wholesale représentent en Ecosse 97 0/0 de l'effectif coopératif du pays. 94 0/0 seulement en Angleterre (1). À la vérité, la différence est faible, du moins existe-t-elle à l'avantage de 1 Ecosse.
La supériorité de l'Ecosse ressort mieux encore de l’examen du chiffre d'affaires de la Wholesale, rapporté au chiffre d’affaires total de la population coopérative du pays. Les ventes de la Wholesale de Manchester en 1906 représentent 55 0/0 des ventes des coopéralives distributives anglaises, si l'on lient compte de la majoration de 20 0/0 qu'il convient de faire subir aux marchandises vendues par la Wholesale aux coopéralives distribulives. Les ventes de la Wholesale de Glascow sont équivalentes à 61 0/0 des ventes totales des coopéralives écossaises, la même majoration de 20 0/0 ayant été faite (1).
Bien que les sociélés écossaises possèdent un effectif moyen inférieur à l'effectif des sociétés anglaises, les coopéralives d'Ecosse achètent annuellement à la Wholesale de Glascow, 637 500 francs de marchandises, au lieu que les sociélés anglaises n’achèlent à leur Fédération que 496.905 francs de marchandises. Le rôle joué par le magasin de gros écossais dans l’économie coopérative du pays est un peu plus grand que celui joué par le magasin de gros anglais ; au demeurant, la fédéralisalion de ces deux pays est absolument hors de pair.
(1) Se reporter aux Statistiques générales, n°5 2 el 3, p. 158-160.
$ 2. — Coopératisation plus grande de l'Ecosse.
La supériorité de la coopération écossaise se marque mieux du point de vue de la coopératisation générale du pays, comparée à celle de l'Angleterre ; le rôle de la coopération dans l’économie générale des deux pays est sensiblement plus imporlant en Ecosse qu’en Angleterre.
a) Population coopérative. — La population coopérative représente en Ecosse une plus forte fraction de la population générale qu'en Angleterre : ajoutons qu’il faut entendre par population coopérative ou effectif coopératif d'un pays, l’ensemble des personnes intéressées à la marche de l’une quelconque des sociétés coopératives du pays. Il convient d’observer que les membres des sociétés coopératives qui sont d'habitude des chefs de famille, représentent en moyenne chacun trois autres personnes, en sorte que le nombre des sociétaires des coopératives a besoin d’être quadruplé pour correspondre à la population coopérative du pays.
La population coopérative de l'Ecosse représente 33 0/0 de sa population générale, la population coopérative anglaise équivaut seulement à 25 0/0 de sa population générale; la différence est assez sensible (1).
Ces différents pourcentages sont faciles à évaluer : PAngleterre comple 1.841.440 coopérateurs sur une population globale de 32 millions et demi d'habitants; si l'on suppose que chaque sociétaire des coopératives distributives représente 3 personnes, ce bloc coopératif correspond à 7.364.000 habitants, soit le 1/4 environ de la population totale anglaise.
Les résulats relatifs à l’Ecosse sont plus satisfaisants encore : les 373.000 coopérateurs recensés en 1906 représentent une population coopérative de 1.492.000 ouvriers. L'Ecosse n’ayant
(1) Se reporter à la statistique générale n° 3, p. 160, L. — 40
que 4 millions et demi d'habitants, ce bloc coopératif représente 33 0/0 de la populalion totale écossaise (1).
La population coopérative écossaise, rapportée à la population générale, est supérieure de 8 0/0 à la population coopérative anglaise.
La coopératisation de l'Ecosse est donc sensiblement plus avancée que celle de l'Angleterre.
b) Consommation coopérative par habitant du pays.— Cette même supériorité s’observe de façon frappante, si l'on considère la consommation coopéralive annuelle moyenne par habitant du pays en Ecosse et en Angleterre, nous désignons sous cette expression le quotient de la division du chiffre global des ventes annuelles des sociétés coopératives, par la population totale du pays. La consommation coopérative annuelle par habitant était de 77 francs, en 1906, en Ecosse et de 36 francs seulement en Angleterre, la consommation coopéralive annuelle moyenne est donc double en Ecosse de ce qu'elle est en Angleterre (2).
c) Consommation coopérative par coopérateur inscrit. — En effet, non seulement l'effectif coopératif de l'Ecosse est plus considérable, en chiffres relatifs, que l'effectif coopératif de l'Angleterre, mais les sociétaires des coopératives écossaises achètent en moyenne annuellement à la coopérative plus de marchandises que les sociétaires des coopératives anglaises ; les achats des premiers se montent à 930 francs, en moyenne ; ceux des seconds, à 729 francs seulement ; aussi le débit moyen annuel des coopératives écossaises n'est-il pas inférieur à 1.257.045 francs, alors que le débit annuel des coopératives anglaises n’est que de 1.081.010 francs (2).
(4) M. Charles Gide évalue à 10 ou 12 millions la population coopérative du Royaume-Uni en 1905 ; l'évaluation précédente — un peu moins de 9 millions au total — ne peut pas être taxée d’exagération (Charles Gide, Principes d'économie politique, 10 édition, p. 604).
(2) Se reporter à la statistique générale n° 3, p. 160.
Ce dernier résultat aurait été beaucoup plus favorable encore aux sociélés écossaises, si celles-ci ne comptaient pas un nombre moyen de sociétaires inférieur au nombre moyen des membres des sociétés anglaises, les premières n’atteignent qu'un effectif moyen de 1.313 sociétaires : les sociélés anglaises ont au contraire un effectif moyen de 1.604 membres.
Concluons :il est absolument indéniable que l'Écosse est parvenue à un degré de fédéralisation et surlout de coopéralisalion, sensiblement supérieur à celui de l'Angleterre ; cependant l’Angleterre reste tout à fait à la têle du mouvement coopératif général, la coopération écossaise et la coopération anglaise apparaissent l’une et l’autre dans le monde coopératif, comme deux géants, à côlé desquels les autres pays coopéralifs ne sont presque que des pygmées. Disons d'un mot que le Royaume-Uni sert incontestablement de modèle à tous les pays coopérateurs et qu’à l’intérieur même du Royaume- Uni, l’Ecosse est la « perle coopérative »,le joyau de la coopération brilannique.
$ 3.— L'Union Coopérative.
Les deux Wholesales anglaise et écossaise se chargent exclusivement de l’organisation de l’achat et de la production en gros, elles n’ont pas entrepris l’œuvre de propagande et d'éducation qui est nécessaire à la prospérité de tout mouvement coopératif. Cette œuvre incombe à l'Union Coopérative an. glaise, qui a été fondée dès 1869 par des coopérateurs clairvoyants.
Sa fondation, 1869-1872. — L'Union est née de la fusion de deux groupements coopératifs différents, « l’Associalion des Conférences du Nord de l’Angleterre » el le comité provisoire du congrès de Londres de 1869 (1).
(1) Béatrice Potter, p. 193.
En 1869, l« Association des conférences du Nord » englobait la plupart des coopératives constituées depuis une vingtaine d'années dans le Lancashire et le nord de l’Ecosse, cette association se composait essentiellement d'éléments ouvriers.
Le comité du congrès de Londres était composé en majeure partie de philanthropes,connus sous le nomde Socialistes chrétiens, ils appartenaient aux hautes classes de la société, mais ils nourrissaient beaucoup de sympathie pour les idées coopératives. Les Socialistes chrétiens, Vansittart Neale, Ludlow, Hughes et surtout Greening avaient pris l'initiative de convoquer en un congrès les philanthropes et intellectuels, qui, à cette époque, éprouvaient de la sympathie pour la coopération ; ce congrès qui se réunit à Londres, nomma un comité provisoire, chargé d'étudier la constilution d'un organisme central coopératif, stable et régulier.
L’Associalion des Conférences du Nord nomma, de son côté, un comité pour examiner l'opportunité de sa propre fusion avec le comité du congrès de Londres, un rapport favorable fut déposé et la fusion elle-même réalisée aux congrès de Bolton et Newcastle (1872-1873) (1-2).
Depuis cette époque, le Bureau Central de l'Union, — le Congress Board de la Cooperative Union — est le représentant de tout le mouvement coopératif anglais ; il se charge d'organiser chaque année un congrès coopératif qui est comme le Parlement des coopératives du Royaume-Uni.
L'Union Coopérative n'est pas très dévouée à la théorie féderalisle de la coopération. — L’utilité de l'Union, comme organe moral, comme lien entre toules les coopératives, est indiscutable, cependant il convient de remarquer que l’Union Coopérative représente à un moindre degré la théorie coopéralive et fédéraliste que les deux Wholesales.
(1) Béatrice Potter, p. 193-194.
(2) Catherine Webb, p. 192.
Deux raisons sont à invoquer ici; tout d’abord, à côté des coopératives distributives, l'Union Coopérative anglaise comprend non seulement des coopératives incorporées ou de solidarité, mais aussi des associations ouvrières de production.
Ces dernières sociétés suffisent à altérer à diminuer l’orthodoxie des théories coopératives de l'Union; il n’y a plus à dire, la théorie fédéraliste de la coopération, c’est-à-dire la théorie de la production par les Wholesales et les sociétés distributives elles-mêmes met directement en conflit l'Union coopérative et les Wholesales de Manchester et de Glascow.
La deuxième raison de cette opposition est que l'Union Coopérative a eu pour fondateurs et jusqu’à ces derniers temps, pour principaux chefs, des survivants ou des descendants de l’école des Socialistes chrétiens de 1849 et 1851. Les membres de cette école sociale se sont faits en Angleterre les défenseurs de la théorie dite individualiste de la coopération. C'est ainsi que M. Vansittart Neale, pendant longtemps le secrétaire de l’Union Coopérative,a toujours été regardé comme le protagoniste le plus qualifié de la participation aux bénéfices en Angleterre (1). Jusqu'à ces dernières années, l'Union coopérative a été constamment dominée par le groupe des théoriciens individualistes de la Coopération. Dans notre partie critique, nous aurons à examiner l’ensemble des théories individualistes de la Coopération.
L'Union Coopérative à pour but principal d'introduire certaines conceplions de justice et d'équité économique dans la pratique courante des affaires commerciales et industrielles. Lessociétés membres de l'Unions’engagentà ne jamais induire en erreur un acheteur, en attribuant à telle ou telle marchandise mise en vente une origine ou une valeur inexactes, elles doivent également concilier les intérêts en conflit du capitaliste, du travailleur et de l'acheteur, en opérant entre eux tous une équitable division des profits réalisés; dans la mesure
(1) Béatrice Potter, p. 194.
du possible, elles doivent aussi prévenir tout gaspillage de capital, résultant d'une concurrence déréglée et excessive.
lo Composilion de l'Union. — L'Union Coopérative qui a son siège à Manchester se compose non seulement de Coopératives distributives — lesquelles forment la très grande majorité de ses membres, — mais aussi de Coopératives incorporées, d'associations ouvrières de production et de quelques sociétés syndicales d’approvisionnement agricole.
A la date du 1° janvier 1907, l'Union Coopérative comptait 1.235 sociétés affiliées comprenant 2.191.185 membres. A la même date, 361 sociétés coopératives ou associations ouvrières de production seulement, restaient en dehors de l’Union; elles comprenaient 141.569 membres. L'Union englobait à la fin de 1906, 77,4 0/0 des sociétés coopératives ou associations ouvrières existantes, et 93,9 0/0 des membres de la population coopérative ou corporative de l’Angleterre, aulant dire la presque totalité des forces coopératives anglaises (1).
20 Revenus de l'Union. — Toute société, pour adhérer à l’Union, se rend acquéreur d’une action de 5 shillings, ne rapportant pas intérêt; à vrai dire, il serait plus exact de parler d’un simple droit d'entrée de 5 sh. (2).
Chaque société affiliée doit verser à l’Union, une cotisation annuelle de 2? pence par membre , si la Société compte moins de 1000 membres ; si ce chiffre est dépassé,la Société a la faculté de borner sa cotisation à 2.000 pence ; les membres en excédent ne payent aucune cotisation.
Le budget général de l'Union, y compris celui de ses sections et de ses districts locaux, s’est élévé en 1906 à 288.800 francs (3).
(1) 39 th. Annual Cooperative Congress : Preston, 1907, p. 83. (2) Catherine Webb, p. 196.
(3) Preston, p. 195.
Chaque société adhérente dispose d'autant de voix qu’elle compte de fois 500 membres, ayant acquitté leur cotisation ; elle est autorisée à envoyer des délégués au Congrès de l’Union dans la même proportion.
3° Administration de l'Union. — Toutes les sociétés affiliées sont réparties en 7 seclions ou circonscriplions et 70 districts.
a) Bureau Central,bureaux régionaux et bureaux de district. — Nominalement, l'Union est administrée par un Bureau central de 67 membres ; ce Bureau central n’est que la réunion des sept Bureaux régionaux. Les Sociétés, membres de chaque section, élisent leur Bureau régional selon le mode d’élection qu'elles ont elles-mêmes déterminé.
L'Angleterre proprement dite est divisée en 7 sections ; l'Ecosse constitue une section indépendante ; enfin l'Irlande qui n’a pas eu de cesse avant d'être elle-même autonome, est dirigée par un Comité exécutif de sept membres.
A leur tour, les 70 districts, entre lesquels est divisée toute l'Angleterre, nomment chacun un Bureau de district; comme les Bureaux régionaux, ils ont pour mission d'organiser la propagande et de donner des consultations. Ils constituent le dernier rouage par lequel l'Union Coopérative exerce son action jusque dans les coins les plus reculés du pays (1).
La bonne conduite des affaires dépend surtout des organismes du dernier degré ; les Bureaux de district. Ceux ci sont si nombreux qu'ils comprennent chacun un petit nombre de Sociétés, de 10 à 30 seulement ; 1ls peuvent par conséquent, exercer sur chaque société une grande influence et contrôler très exactement leur action.
Le Bureau Central ne se réunit que pendant la semaine sainte qui est toujours l'époque du Congrès annuel ; le reste du temps, le Bureau central demeure fractionné ; les divers
(4) Catherine Webb, p. 198 et Cernesson, p. 521-523.
Bureaux régionaux qui le composent restent isolés les uns des autres.
b) Bureau Uni.— Le pouvoir exécutif est confié à un Bureau Uni (United Board\ composé de 13 délégués, représentant à eux tous les 7 sections. La véritable besogne de l'Union est accomplie soit par le Secrétaire général de l'Union, — un fonctionnaire permanent et appointé, — soit par le Bureau Uni qui tient par an trois sessions à Manchester,soit par les Sous-commissions nommées par le Bureau Uni.
Ce bureau est l'organe officiel du monde coopératif; il représente auprès des pouvoirs publics ce que l’on a appelé l'Etat coopératif, il surveille ou provoque le vote de lois favorables à la coopération. Le rôle de l'Union est très général, 1l consiste essentiellement à entreprendre la propagande et l'éducation du pays tout entier.
L'Union sert de conseil juridique aux sociétés coopératives: « Des points de droit délicats soulevés entre les membres des sociétés ou entre les sociétés et le public, sont discutés et résolus ; les décisions défavorables des Cours de Comté sont déférées aux juridictions supérieures. Les limites respectives des sphères d’activité des sociétés voisines sont examinées et fixées ; des statuts sont rédigés (1) ».
Enfin, l’Union Coopérative organise régulièrement un grand congrès coopératif qui se tient chaque année durant la semaine sainte. Ce Congrès a une assez grande importance pour le mouvement coopératif, IL vaut surtout à titre d’instrument de propagande et de vulgarisation des idées coopéralives. Son autorité législative est très faible. On s'est souvent plu à comparer le Congrès coopératif — composé des délégués de toutes les sociétés adhérentes à raison de un délégué par 500 membres — à un Parlement véritable de la coopéralion. En réalité, pareil titre serait singulièrement usurpé ;
(1) Béatrice Potter, p. 495.
les discussions y ont un caractère plutôt théorique et doctrinal que pratique et impérieux ; les votes qui y sont émis sont réputés obligatoires pour les sociétés, mais il est très fréquent de voir des décisions du Congrès absolument violées et méconnues par les sociétés.
Les assemblées trimestrielles des Wholesales ont, sans aucun doute, plus d'importance pralique que le Congrès annuel de l'Union. Des dissentiments assez graves ont régné autrefois entre les Wholesales et l'Union ; la question de la parlicipation aux bénéfices a donné lieu à de semblables difficultés; chaque année pour ainsi dire, depuis le Congrès de Newcastle de 1873, le principe de la participation aux bénéfices est accepté d'enthousiasme par le Congrès, mais en fait, il n’a été appliqué par presque aucune des sociétés adhérenses. Cet exemple montre bien que l'autorité réelle de l'Union est assez faible.
Les principaux comités de l'Union Coopérative. — L'Union a donné naissance à toute une série de comilés différents dont l’activité est souvent très appréciable (1). Le « Comité d'éducation» est peut-être le plus important, sous son influence, un grand nombre de « cours coopératifs » ont été instilués dans beaucoup de sociétés, dans le but de donner aux enfants des coopérateurs une éducation et une insiruction coopératives suffisantes.
Le « Comité de propagande » voit sa tâche définie par son titre même, son activité est très efficace.
Le « Comité de production » s'intéresse tout spécialement aux associations ouvrières de production et à la participation aux bénéfices. Ce Comité représente le mieux les théories corporatives de l’Union, partisan convaincu de la théorie individualiste de la coopération.
(1) Catherine Webb, p. 199. Pour plus de renseignements voir le Congrès de Preston, 1907, p. 97 à 108.
Les Comités les plus remarquables de l'Union sont le Comilé parlementaire et le CUomilé mixte des Trade-Unions et des coopératives.
Le Comité parlementaire composé de quatre représentants de l'Union, de quatre délégués de la Wholesale anglaise et de trois délégués de la Wholesale écossaise, a pour rôle essentiel de contrôler avec soin les projets de lois présentés à l'acceptation de la Chambre des communes ; quand ceux-ci contiennent des dispositions défavorables au mouvement coopératif, le Comité tâche d'organiser dans le pays une agitation, pour en obtenir le rejet. Bien plus, le Comité parlementaire présente parfois lui-même à l'agrément des Communes, les projets de loi que lui inspire l'examen de la situation coopérative.
Cet organe permanent de contrôle extra-parlementaire est très actif ; de semblables institutions manifestent le très haut degré d'éducation politique auquel le peuple anglais est parvenu par la pratique séculaire du régime parlementaire.
Le Comilé mixle des Trade-Unions et des coopératives composé de quatre membres de l'Union et de quatre délégués des Trade Unions, a pour tâche principale de trancher les différends survenus entre les sociétés distributives ou les Wholesales, et leurs employés. Par sa médiation constante ce Comité a réussi à établir définitivement un état de concordance parfait entre les organismes coopératifs, représenlants directs des consommateurs, et les Trade-Unions, repré” sentats des ouvriers producteurs, employés par les sociétés coopératives.
Les froissements qui ont existé autrefois entre les Wholesales et l'Union Coopérative ont définitivement cessé ; les Wholesales ont toujours fait partie de l’Union, et l’Union est tout récemment devenue membre de la Wholesale anglaise, Les deux sociétés centrales ont leur siège à Manchester ; elles sont étroitement unies, les mêmes hommes sont souvent membres des Comités directeurs des deux sociétés (1). Au
(1) Béatrice Potter, p. 205.
grand profit de tous, l'accord règne done aujourd’hui en praüque — si ce n’est en théorie —entre les organismes généraux de la coopération anglaise : organisme proprement économique et commercial, organisme moral et juridique coordonnent leurs efforts et assurent un progrès constant et régulier à l’ensemble du mouvement coopératif anglais.
En Angleterre et en Ecosse, l'Union Coopérative, organe Juridique et moral, a suivi la constitution des Wholesales, organes d'achat et de production. C'est généralement la marche inverse qui a été suivie par les pays coopérateurs.
S 4 — Résultats généraux atteints par la coopération anglaise.
L'Anglelerre offre le magnifique spectacle d’une population ouvrière très nombreuse, absolument compacte et fort travailleuse, obstinément décidée à poursuivre la réalisation progressive de cet idéal coopératif, de ce rêve magnifique que les premiers coopérateurs anglais avaient aperçu voici déjà 64 ans.
L'historien de la Coopération anglaise le dit en termes excellents :
« Les ouvriers tisserands de Rochdale étaient las de vivre sur des terrains ingrats où leurs efforts restaient sans récompense et ils dirigèrent leurs regards vers la région enchantée où les fruits de leur labeur étaient assurés. Ils savaient qu'ils avaient devant eux un rude pèlerinage à faire; mais, comme le récit de l'immortel chrétien de Bunyan, ils prirent la résolution de se mettre en route sans délai (1). »
Sans doute, les circonstances extérieures ont puissamment favorisé leurs efforts ; l’évolution si brusque et si précoce de l'Angleterre vers une économie proprement industrielle et commerciale, l'extrême et peut-être excessive spécialisation
(4) Holyoake, Histoire des Equitables Pionniers de Rochdale : traduit par Vigano, 1884, 2° partie, p. 5.
que l'Angleterre a réalisée dans ses branches de production industrielle, ont subitement fait gonfler la population, le « bloc » ouvrier du Royaume-Uni ; à mesure que les campagnes se dépeuplaient, les grandes villes industrielles s'étendaient de toutes parts en de vastes faubourgs regorgeant d'habitants et de vie fiévreuse.
En un terrain aussi merveilleusement préparé, le principe coopératif, une fois jeté en terre à la manière d'une semence, ne pouvait que fructifier et donner naissance à une végétation vigoureuse et touffue.
2.222.000 coopérateurs, consommant annuellement 1.584 millions de produits achetés par la voie coopérative, répartis en un petit nombre de sociétés presque toutes fort nombreuses et très puissantes ; celles-ci possédant un capital-obligalions de 700 millions, un capital emprunté de 108 millions et un fonds de réserve de 42 millions, occupant 118.000 ouvriers et fabriquant chaque année 185 millions de produits de toutes espèces (1),
Deux fédérations d'achat et de production groupant 95 0/0 de la population coopérative totale, réalisant un chiffre d’affaires annuel de 740 millions (2), fournissant ainsi aux sociétés distributives plus de la moitié des marchandises qu'elles vendent, disposant de 44 millions de capital social et de 117 millions de fonds empruntés, possédant 36 millions de francs de réserve, occupant près de 22.000 ouvriers, fabriquant par an 162 millions de produits, possédant des bureaux d’achat dans toutes les parties du monde, au Danemark et à New-York, à Rouen et à Montréal, utilisant une flotte de 7 navires de commerce, exploitant une Banque dont le chiffre d'affaires dépasse 1.250 millions de francs, cultivant une plantation de thé à Ceylan et plusieurs domaines agricoles en Angleterre, tel est le bilan du mouvement coopératif et fédératif anglais (1).
(1) Se reporter à la statistique du Royaume-Uni, n° 3, p. 76 et à la Statistique Générale, n° 2, p.158.
(2) Ce chiffre d’affaires global s'est élevé à 840 millions de francs en 1907.
Avons-nous fantaisie de faire un bloc des résultats globaux des sociétés distributives et des Fédérations d'achal? Nous constaterons ceci : 2.222.000 ouvriers anglais représentant avec leur famille 26 0/0 de la population totale du Royaume- Uni, se procurant annuellement près de 1.600 millions de produits de toutes catégories, occupant 140.000 ouvriers, produisant dans des ateliers coopératifs 400 millions de marchandises, disposant d'environ 750 millions de francs de capital social, de 225 millions de fonds empruntés et de 78 millions de fonds de réserve, soit au total plus d'un milliard de francs, la 300° partie environ de la fortune nationale du Royaume-Uni, tels sont les résultats généraux de 64 ans de vie coopérative : les artisans de cette œuvre gigantesque sont d'humbles ouvriers qui ne gagnent pas en moyenne 2.000 francs de salaire annuel.
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