PLUVIOSE
Oh ! tous ces morts qui m'écoutent,
Toutes ces âmes qui s'égouttent
Goutte
A goutte
Sur mon âme vaste comme une route
Où, vieux remâchant des prières.
Le Doute
A coups tremblants casse des pierres !
Pauvres âmes sans destinées.
Pauvres âmes inclinées
Comme des feuillages
Après Torage,
Pauvres âmes hors d'usage I
Et ma pauvre âme aussi et l'affreux paysage
Et le vieil édenté qui casse des cailloux
Et dont le souffle fait sinistrement hou I hou I
Dans ses poumons crevés que défonce la toux.
Et puis, là-bas.
Au plus profond
Des frondaisons,
Hélas î Hélas I
Ah! qu'est-ce encor?
Est-ce la forme d'un remords
Ou bien la Mort
Cette vieille qui m'attend,
Depuis longtemps.
Et qui m'a fait trembler au bruit de ses sabots
Et qui feint de chercher au bois des fruits nouveaux.
LA FEERIE PERPETUELLE
Ils m'ont demandé si j'avais le travail facile, Ce ne sont pourtant pas des imbéciles, Et cependant ce qu'ils m'ont demandé est bête. Comme on voit bien qu'ils n'ont jamais été poètes !
On affirme que saint Louis de Gonzague
Avait si peur du vice qu'il n'osait pas regarder sa mère.
Allons, ne pleure plus, les larmes sont amères,
Je t'achèterai une autre bague.
IIO LES FEERIES
Je voudrais qu'entre ses doigts pâles une reine Prit mon front bruissant comme une ruche pleine D'affreux insectes, qui ont tué les abeilles Et qui pour s'échapper me percent les oreilles.
Lorsque sera le temps d'apprêter le repas. Tu souffleras le feu qui réjouit les poètes, Accroupie comme une sorcière et tu te fâcheras, Croyant que les sorcières sont toujours vieilles et laides,
Tu dis que tu voudrais avoir un piano?
Je voudrais un domaine, avec un beau jet d'eau
Au milieu du bassin dans un jardin français
Où danseraient des jeunes filles nues sur des airs anglais.
Il y a des jours où Ton n'a même pas envie
De pleurer, on n'a plus de poète favori,
Il reste le loisir de se bien renseigner
Sur les mœurs héroïques des tristes araignées.
Si j'étais roi d'Espagne j'aurais une guitare.
Si j'étais matelot j'espérerais un phare.
Si j'étais ma maîtresse j'aurais un amant
Qui ne veut pas qu'on l'aime, hélas léperdument.