‹ Les FéeriesChapitre 45 sur 45 · PLUVIOSE · texte numérisé non relu

PLUVIOSE

Oh ! tous ces morts qui m'écoutent,

Toutes ces âmes qui s'égouttent

Goutte

A goutte

Sur mon âme vaste comme une route

Où, vieux remâchant des prières.

Le Doute

A coups tremblants casse des pierres !

Pauvres âmes sans destinées.

Pauvres âmes inclinées

Comme des feuillages

Après Torage,

Pauvres âmes hors d'usage I

Et ma pauvre âme aussi et l'affreux paysage

Et le vieil édenté qui casse des cailloux

Et dont le souffle fait sinistrement hou I hou I

Dans ses poumons crevés que défonce la toux.

Et puis, là-bas.

Au plus profond

Des frondaisons,

Hélas î Hélas I

Ah! qu'est-ce encor?

Est-ce la forme d'un remords

Ou bien la Mort

Cette vieille qui m'attend,

Depuis longtemps.

Et qui m'a fait trembler au bruit de ses sabots

Et qui feint de chercher au bois des fruits nouveaux.

LA FEERIE PERPETUELLE

Ils m'ont demandé si j'avais le travail facile, Ce ne sont pourtant pas des imbéciles, Et cependant ce qu'ils m'ont demandé est bête. Comme on voit bien qu'ils n'ont jamais été poètes !

On affirme que saint Louis de Gonzague

Avait si peur du vice qu'il n'osait pas regarder sa mère.

Allons, ne pleure plus, les larmes sont amères,

Je t'achèterai une autre bague.

IIO LES FEERIES

Je voudrais qu'entre ses doigts pâles une reine Prit mon front bruissant comme une ruche pleine D'affreux insectes, qui ont tué les abeilles Et qui pour s'échapper me percent les oreilles.

Lorsque sera le temps d'apprêter le repas. Tu souffleras le feu qui réjouit les poètes, Accroupie comme une sorcière et tu te fâcheras, Croyant que les sorcières sont toujours vieilles et laides,

Tu dis que tu voudrais avoir un piano?

Je voudrais un domaine, avec un beau jet d'eau

Au milieu du bassin dans un jardin français

Où danseraient des jeunes filles nues sur des airs anglais.

Il y a des jours où Ton n'a même pas envie

De pleurer, on n'a plus de poète favori,

Il reste le loisir de se bien renseigner

Sur les mœurs héroïques des tristes araignées.

Si j'étais roi d'Espagne j'aurais une guitare.

Si j'étais matelot j'espérerais un phare.

Si j'étais ma maîtresse j'aurais un amant

Qui ne veut pas qu'on l'aime, hélas léperdument.

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