‹ Les FéeriesChapitre 6 sur 45 · LES LIBELLULES · texte numérisé non relu

LES LIBELLULES

Ainsi, hélas, on est tout seul, Tout seul parmi tous ces villages, Tout seul baigné dans l'or des meules Et tout seul sous les cieux sans âge.

Et Ton serait triste à mourir Si les libellules ne dansaient, A la gloire des mondes cassés, Le ballet des temps à venir I

LA FEERIE DU BEAU MOIS DAOUT

A Stuart Merrill

Des anges sont venus pour faire la moisson,

En robes d'arc-en-ciel, avec des faux d'argent.

Des anges sont venus joyeux et diligents,

Ils nous ont appris des chansons.

Dites, sont-ils venus ce matin quand l'aurore

Faisait de mon jardin un jardin de fiancée ?

Quand j'ai connu l'ivresse, dont je chancelle encore,

D'avoir bu à tant de mamelles d'or

LA FÉERIE DU BEAU MOIS D'aOUT 21

Entre mes doigts vraiment pressées ?

Le ciel léger de l'aube emplissait tant nos âmes I

Qyel chemin ont-ils pris en descendant des cieux ?

Vinrent-ils par le bois recueilli où les drames

Eux-mêmes sont silencieux ?

Mais nul ne connaîtra le chemin su des anges,

Nous savons qu'ils sont là et qu'ils font la moisson

Et nous les reverrons au matin des vendanges

Et nous nous bornerons à redire leurs chansons.

11 est venu aussi des Belges roux et taciturnes

Et qui, sans se parler, se comprennent entre eux,

Et font, comme le font les pages de leur Bon Dieu,

S'écrouler les champs d'or ainsi qu'on vide une urne.

Quelquefois Tun s'arrête

Et il lève alors sa tête

Lourde

Et comme il y a de Talcool dans sa gourde

11 y boit longuement et puis, à pleins poumons,

Il lance vers les cieux

Un refrain oublié de la Guerre des Gueux.

Et les anges autour de lui dansent en rond.

Il y avait des anges et de bons ouvriers. Ils ont moissonné tout le jour.

Les moissonneurs ont bu, et puis ils ont prié, Et mon cœur, ce soir-là, était crevé d'amour.

Les anges se sont enfuis à la première étoile.

Une à une, et dans l'ordre où notre œil les attend,

Au ciel apparaissaient les premières étoiles

Et les derniers rayons tonnant sur les bleuets

Mourants

— Sortilège ! — mêlaient

En un seul cri de joie

L'Azur et les Etoiles !

Page 1