‹ Les féeries intérieures, 1885-1906Chapitre 2 sur 53 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Ceci est le tome troisième des Reposoirs de la procession (i).

Dans r Avertissement du tome second la sincérité se posait en initiale condition de la poésie, mais on se réservait d'ajouter plus tard, ici même, que, synthèse humaine, en conséquence pourvu de tous les gestes de l'espèce, si le poète est capable de nudité, il l'est aussi de travestissement.

Il s'agit, en notre pensée, de cette obligatoire pudeur que d'aucuns, excessifs, traduiraient à tort par hypocrisie : mot dangereux en son

(i) A rencontre de ce qui fut aunoncé, ce tome n'est pas le dernier des Reposoirs de la procession. (N. D. l'A.)

devenir, mais qui nous agréerait, au besoin, dans sa genèse.

Nous voulons dire que, par orgueil ou par modestie, par abnégation ou par honte, le poète est parfois astreint à déguiser telles impressions et telles idées avant de les livrer à la lumière ; ainsi s^ entend un moyen d'art permettant d'exalter en douleur comme en joie une personnalité qui, offerte en soi, eût semblé banale ou bien outrecuidante .

Néanmoins, sous le masque ou sous la rose, c'est toujours lui, le poète, qui se manifeste.

On ne saurait donc condamner ces menues métamorphoses nécessitées par d'individuelles exigences, et peut-être les excessifs s'apercevront-ils que la prétendue hypocrisie en est une à rebours et que V œuvre gagne en reliefs : énormes traits appliqués sur un visage fin.

Maintes féeries de ce volume sont des états d'âme, des états d'esprit, des états de cœur, des états de chair...

Selon saint Augustin, chaque homme recèle

LES FÉERIES INTliRIEURÈS

en soi un Adam, une Eue et un serpent figurant, le serpent les sens, l'Eve V appétit concupiscible , l'Adam la raison. A notre humble sentence, r homme serait peuplé d'unplus grand nombre d'entités, et l'on comparerait justement ce protagoniste , le poète qui s'analyse, au Géant qui s'exhibe à la foire, une famille de nains sur sa large paume.

Une telle autopsie se définira donc: une confession avec preuves à l'appui, et l'œuvre deviendra-t-elle une illustration sensible de la vie intérieure.

— (( L'art a pour destination de saisir et de représenter le réel comme vrai, c'est-à-dire dans sa conformité avec l'idée, conforme ellemême à sa véritable nature, ou parvenue à l'existence réfléchie. La vérité dans l'art ne peut donc être la simple fidélité à laquelle se borne ce qu'on appelle l'imitation delà nature. Mais l'extérieur doit s'accorder avec un fond qui soit en harmonie avec lui-même, et qui.

LES REPOSOIRS UE LA PROCESSION

par /«, puisse se manifester dans l'extérieur comme réellement lui-même, »

Ces lignes d'Hégel ne tiendraient-elles pas lieu d'exergue à notre idéoréalisme ?

Les Reposoirs de la procession ne sauraient échapper aux censeurs toujours si bien armés, je souhaite uniquement que les plus difficiles daignent leur reconnaître une valeur humaine et réelle,

Homo sum...

Le poète plonge dans tous ses abîmes, et si parfois il utilise l'orgueilleux nuage de Scipion, c'est à seule fin de mieux planer sur la Vie au-dessus de laquelle^ mais sans la perdre de vue, Gœthe conseille à la véritable poésie de s'élever.

Sans doute, à ces ascensions, dois-je cette ivresse d'images qui ne surprend que les gens sobres, ma poésieayant pu, à l'instar du sylphe de Pope, tremper ses ailes à même l'arc-enciel.

LES FIÎERIES INTERIEURES l3

S'épanouir et s'offrir pleinement, telle est la loi première de la Beauté.

Manoir du Doatlous, igo6.

Dans ce tome III se retrouvent quelques pièces de l'édition initiale (1898) des Reposoirs de la progussion, soit: Le pèlerinage de Sainte- Anne, La monnaie rare, V autopsie d'une vieille fille, La mésaventure des yeux, Uàme saisissable, Le carnaval où Von pleure, Le cimetière des tombes oubliées, La carafe d'eau pure.

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