ÉPHÉMÈRES
A Robert de Souza.
Une poussière de vie fermente en le soleil.
A travers le crâne, grains menus de l'argile divine, farandolent les idées : motion folle où toutes les lignes géométriques, du triangle au losange, du carré au parallélogramme, du trapèze à l'icosagone, du cercle à l'ellipse, se tricotent, s'enchevêtrent, se coordonnent, s'épousent, et dans une promptitude telle que, les lignes se multipliant jusqu'à l'orgie, voici maintenant des figures solides, cônes, cubes, pris-
mes, pyramides, cylindres, icosaèdres, sphères, parallélipipèdes, — des pensées!
César du rêve, le poète assiste à ce labeur mag"ique.
D'un geste armé d'un haveneau, il pourrait capturer ces agrégats et les attirer dans le monde sensible, mais Theure est à l'égoïsme à moins qu'elle ne soit à la révolte.
— « A quoi bon offrir ces statuettes et ces vases à l'Humanité qui répond d'un crachat et détourne les yeux? Le chef-d'œuvre lui importe si peu désormais. Le temps n'est plus à la Beauté. Réjouissons-nous donc un instant de cette céramique entre le songe et la réalité, puis qu'elle se brise dans l'oubli. »
Le soleil se voile, et l'essaim myriadaire s'évanouit dans le néant.
Vallée de Chevreuse, 1896.