‹ Les féeries intérieures, 1885-1906Chapitre 42 sur 53 · LE CLOWN · texte numérisé non relu

LE CLOWN

Dam ! la philosophie, ça me connaît. En voulez-vous encore à tire-larig-ot de la phiphi, lolo, de la philosophie ? En ce cas, poupées et joujoux, prenez vos bibi, prenez vos billets, et zim boum boum rataplan, place au boniment I

(De la large bouche hilare ruissela cette morale nécessaire :)

LE CLOW^N

Hum ! trois fois hum ! mesdemoiselles les poupées et messieurs les joujoux, pourquoi diable vouloir être ce qu'on ne peut, ce qu'on ne doit pas être? L'objet comme la créature ayant chacun sa mission déterminée, la poupée et le joujou ne sauraient échapper à la règle commune. (Préparez le verre d'eau sucrée!) La sagesse (je ne crains pas le sucre, vous savez!), la sagesse consiste à se contenter du

LES REPOSOmS DI£ LA PROCESSION

sort qui nous est dévolu (dég"ustez-moi ce mol!) et à tenir son rôle, modeste ou fier, congrûment. (Je vous dis qu'on n'en fait plus!) Le destin d'amuser et de recevoir des caresses, mesdemoiselles, monsieur le cheval, messeigneurs les jouets, n'est pas si méprisable que vous briguiez d'autres lots ailleurs. (Quand il sera fondu, deux doigts de cognac, et même trois!) Il n'est pire calamité que l'envie, et d'autant plus grosse est votre erreur qu'ailleurs sévissent les peines alors qu'ici ne régnent que les joies, relatives, d'accord, mais des joies tout de même. (Pas besoin de cuiller, je tournerai avec le doigt.) Au surplus, l'Absolu est-il de ce monde? Ah mes enfants, demandez-vous plutôt pourquoi trois petits pâtés font que ma chemise brûle ! Restez donc fidèles à votre lot de bonheur et persévérez, poupées, à rayonner autour de votre adorable petite Mère, et toi, brave quatre-pattes , à cavalcader avec tes petits maîtres de céans. Le mariage n'est en résumé qu'un sacrement de paire de gifles auxquelles

LES FÉERIES INTERIEUllES

ne tardent pas de s'adjoindre Fescrime aa balai de chiendent et le chassé- croisé de lavaisselle à travers les frimousses. Les maris modèles sont plus rares qu'on ne suppose, et les femmes donc ! Quant à toi^ dada de mon cœur, tu descendrais vite de ton rang- de pur-sang à ceux de cocotte, de bidet, de canasson, de carcan, et de rossinante à Macquart. Conclusion : la vie en viande ne vaut pas la vie en bois, en porcelaine, en carton. Ce qu'il fallait démontrer. Je pourrais me permettre encore telles et telles digressions, mais je sens une souris qui grignote mon cervelet de papier mâché, et cela brouille quelque peu mes idées. Cela posé, je vous tire la révérence, mesdemoiselles et vous tous, et si vous êtes satisfaits, envoyez-moi du monde, s'il vous plaît!...

Effectivement, dans un rayon lunaire tombé des persiennes, une souris fit son apparition par la large bouche hilare, s'assit sur la balèvre épaisse pour se livrer avec les pattes à la toi-

LES REPOSOIRS DE LA PROCESSION

lette àe son muselet, puis, bondissant sur le plancher, trotta menu de ci de là devant les yeux fixes des poupées qui me parurent chanter à l'unisson :

Une souris verte

Qui courait dans l'herbe, Je l'attrape par la queue, Je la montre à ces messieurs.

Pimpon d'or, La plus belle, la plus belle,

Pimpon d'or, La plus belle sera dehors Avec son petit cheval d'or Oui fait des crottes d'or...

Et comme la souris s'offrait une partie de barres d'une jambe à l'autre jambe du cheval, j'observai que le cheval, projetant de l'assommer d'un crottin, s'efforçait de réaliser la chose, — mais il ne put, le pauvre, de par la loi constipationnelle des chevaux-de-bois.

Chaumière de Divine, 1904.

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