VOYAGES
Cherchiez-vous pas, dévoués aux muses géographiques, Les mouvants archipels de perles et de coraux Pareils aux gros poissons qui dorment sur le dos Bercés par une mer ardente et prolifique ?
Vouliez-vous les pays de peste et de soleil
Où vivre près des femmes aux ornements barbares
Qpi savent respecter la joie et le sommeil?
Le Bufiet est pourvu d'alcools et de cigares.
On fait en voyageant de belles connaissances ;
Par pitié, s'il se trouve dans l'assistance
Un poète ayant vu Marseille, Londres ou Florence,
Pour nous faire oublier nos projets abolis
Qu'il redise ces vers qui dans les wagons-lits
Flambent en lettres bleues quand on voile les lampes.
Ne plus voir aux portières s'accrocher le jour blême, O ne plus agiter de mouchoirs sur le Rhin l N'être plus attendu ! N'être plus pèlerin I Ne plus partir, enfin, pour partir, quoi, quand même I
Bahl l'immobilité c'est encor un beau voyage, 11 faut se résigner et s'asseoir sur les bagages, Où par des mains sages les passés sont entassés, Et alors nous prendrons des billets circulaires. Pour un voyage autour de soi-même harassé...
Ne plus jamais partir, en consultant l'horaîrel
Aux sept châteaux de mon âme Le vent soufHe par tous les trous, Ce qu'il y manque c'est une femme Pour en chasser tous les hiboux.
Aux sept moulins de mon âme Les ailes ne tournent plus.
Ce qu'il y manque c'est un âne Pour y porter le grain perdu.
Aux sept prisons de mon âme
Se lamentent sept prisonniers,
Ce qu'il y manque c'est un prc^amme
De tortures appropriées.
Aux sept chapelles de mon âme Un seul chapelain se morfond.
Ce quMl y manque c'est une flamme Pour faire un trou d*or au plafond.