ÉLÉONORE
aussi bien dans le monde qu'aux premières représentations de nos. théâtres, où il se montre également assidu, que voulez-vous? il faut en prendre son parti, c'est le mari d'Éléonore!
La neige tombait à gros flocons sur un petit village des environs de Paris. Quatre personnages, un haut fonctionnaire du ministère d'État, un des princes de la littérature contemporaine, un financier à la fois artiste et écrivain, enfin un gentilhomme bien connu dans le monde des sciences et des lettres, se tenaient assis autour de la table de la mairie de l'endroit,
pendant que deux femmes jeunes et belles se chauffaient au feu d'un poêle rustique.
L'ofBcier municipal, ceint de son écharpe, présidait cette petite assemblée, unie dans une même pensée et dans un même vœu. Il s'agissait tout ensemble de l'enterrement d'une vie de garçon fort agitée, émaillée d'aventures romanesques, de précieuses conquêtes aux quatre coins de l'Europe, de succès dans le journalisme, d'un mariage enfin qui occupait tout Paris.
Le fouet d'un postillon, le grelot de ses chevaux annoncèrent l'arrivée de Rodolphe, qui monta vivement l'escalier de bois. 11 entra souriant dans la salle et serra la main des témoins de son mariage, amis de la veille et du lendemain.
Quelques instants après, une jeune fille se trouvait au milieu de nous. A peine l'avait-on entendue ou vue faire son entrée. C'était comme l'apparitiori soudaine d'une fée ou d'une syl-
pliidc. La fiancée, selon l'usage, portait une simple robe blanche sans ornements. Sur son front, rayonnant de pureté et de bonheur, fleurissait la couronne d'oranger.
On vivrait cent ans qu'on n'oublierait pas ce tableau, qu'un poêle seul saurait rendre. 11 n'y avait pour ainsi dire rien d'humain dans cette créature, cependant si vivante, qui venait d'échanger avec son mari l'anneau nuptial.
Jamais, en effet, vous n'avez rencontré son image dans le monde des vivants. Ce n'est point elle non plus*que l'Orient- cache au fond de ses sérails. Je ne l'ai pas vue davantage dans les tableaux de Raphaël ou de Murillo, ou dans les peintures du Titien et de Rubens, et bien moins encore dans celles de Boucher. Mais elle me rappelle celle dont Goethe a dit : a Êtes-vous un ange, et allez-vous vous envoler? »
Au retour de la cérémonie, quand je me retrouvai seul au logis, je me demandai si je ne
sortais pas de quelque rêve, et si, dans mon sommeil, il ne m'avait pas semblé voir une forme légère et indécise voltiger au-dessus de ma tête, quelque chose comme une femme ailée ! . . .
Après un long voyage, les époux sont revenus au nid avec les hirondelles. Les lilas et les cerisiers, qui encadrent de leurs rameaux la petite maison, sont toujours blancs, mais ce n'est plus de la neige de Thiver, le printemps les a couverts de ses fleurs. Sur la pelouse, où scintille Teau du ruisseau, paît une de ces jolis petites .vaches blanches et noires, aux mamelles gonflées de lait et de beurre. Elle arrive de ses bruyères bretonnes, tout étonnée encore du bruit qui se fait autour d'elle* Ce n'est plus « le gars paturiau » ou la vieille fileuse, qui, la quenouille au côté, vient la quérir au champ, c'est la main blanche et fine de Sylvie qui caresse la pauvre exilée! '
11 est dix heures, la nuit enveloppe la malson. Entrons dans un salon du rez-de-chaussée, élégamment meublé, où le rouge des tentures se marie à l'ébène des portes, que rehausse un filet d'or. Une femme âgée, en grand deuil, dont le regard, la tournure et des traits qui ne sauraient vieillir, annoncent une grande infortune noblement supportée, écoute attentivement, la main appuyée sur l'épaule de Rodolphe, un duo italien. Les voix sont si douces et si pures en ce chant mélodieux, que vous vous souvenez de Florence.
Ces deux jeunes femmes, blondes comme des figures du Corrége, sont maintenant sœurs par le sang et par le cœur. Elles se tiennent enla-^ cées^ les yeux fixés sur un mari^ sur un frère idolâtré, en faisant monter vers le ciel l'hartnonie de leurs voixj qui vous ravissent vers des régions éthérées.
Ohl chantez encore^ Sylvie, ces suaves mé-
lodies, afin que cette fois je contemple voire blonde chevelure sans pareille, le vert limpide de vos yeux, que surmonte un sourcil qu'on dirait dessiné au pinceau, ce nez correct comme celui de la Minerve antique, cette bouche radieuse et vraie, ce teint nacré, cette taille frêle et souple comme un roseau, toute votre personne idéale, naïve, ingénue, naturelle et simple jusque dans ses irrésistibles séductions 1
Si l'impitoyable niveau du temps n'avait pas abattu rhôtel Rambouillet et tous ceux qui en ont continué la tradition plus ou moins fidèlement, ce serait dans ce cadre brillant, à la suite des Hautfort, des Lespinasse, des du Deffand, de Caylus, des Pontivy, et de celles moins célèbres qui leur ont succédé jusqu'à Tavénement de la bourgeoisie, que je placerais Marcelle.
Ce n'est pas toutefois qu'elle soit un bel
esprit, ou bien le pastiche d'une femme savante, c( un bas bleu, » comme Ton dit. Mais avec un esprit vif, entraînant, plein de verve et de couleur, une conversation animée, d'un tour souvent rabelaisien, elle a su conserver intactes ces façons de la grande dame du dixhuitième siècle qui, pour être galante, n'abdiquait pas pour cela la tradition des goûts délicats.
Elle aime à marivauder, mais avec ses pairs.
Ses « mots, » cités dans les salons, n'arrivent point jusqu'au Figaro^ parce qu'elle est ignorée de la foule, qu'elle fuit ou qu'elle ne fait que traverser inaperçue. Ses toilettes ne défrayent pas perpétuellement la chronique des journaux, pas plus que ses actes n'ont figuré dans les Nouvelles à la main. Vous la rencontrerez rarement à pied, et, pour éviter la boue, elle n'aura pas besoin de relever sa robe jusqu'au mollet, qu'elle a cependant fort bien fait. Si
elle se montre parfois dans les lieux publics, aux courses, au ihéâlre, rien dans son maintien ni dans son ajustement n'attirera l'attention. Elle ne s'occupera pas des sociétés tapageuses qui pourront l'entourer, pas plus pour en jaser que pour les imiter. Marcelle, en un mot, est l'antipode de cette nouvelle contrefaçon des femmes du monde, qu'on nomme la « cocodette. r> Elle est bien la descendante du premier gentilhomme de la chambre du roi Louis XV, l'un des Quarante de l'Académie française , savant aimable et ambassadeur magnifique.
Bien que du nombre des plus élégantes, des plus jolies , des plus à la mode du faubourg Saint-Germain aux derniers jours de splendeur d'une société à peine vivante aujourd'hui, Marcelle a conservé le don de rajeunir ses contemporains en se montrant encore à peu près telle que je l'admirai, dans l'hiver de 1847, à l'une des fêles si recherchées de la baronne Delmar.
Depuis quelques années un voile de tristesse s'est étendu sur ce visage jadis empreint de tant de gaieté. Une teinte de mélancolie inaccoutumée chez Marcelle a passé sur son regard si vif, sur son expression si riante. On ne la voit plus dans les fêtes qu'elle aimait , mais elle est restée fidèle à Tamitié de quelques femmes. Dans le salon de Lydie ou dans celui d'Adèle, elle peut remonter dans le passé en toute sincérité, et pleurer dans les longues veillées, non sa liberté, mais son doux servage. «L'histoire des heureux est courte, »
a dit M. Sainte-Beuve, et cependant combien d'années n'a pas duré ce bonheur dans lequel Marcelle avait mis toute sa vie, union cimentée par la fidélité, gjr l'obéissance, par le sacrifice, et qui avait dépassé le temps où on pouvait lui assigner un terme ! . . .
Mais il est des événements qu'on ne peut expliquer que par nos imperfeclions. Celui qui
a failli briser Marcelle est du nombre. A qui profitera-t-il? A personne, sans doute... Quoi qu'il en soit , plus accessible à la mansuétude qu'à l'indifférence ou à la vengeance, Marcelle restera sans amertune attachée à l'affection dont elle a vécu aux beaux jours de sa première jeunesse , dût ce souvenir n'être jamais qu'un regret!...
Il y a quelques jours, Marcelle vint dire adieu à Tune de ses amies et lui annoncer son départ pour l'Italie. c< Et qu'allez-vous faire au delà des monts par cette chaleur tropicale ? lui demandait-on. — Je vais , répondit Marcelle, m'enrôler chez les brigands ! »
THEKLA
— Comment Taimeriez-vous ? me disait-on un jour.
— Je Taime, répondis-je, dans la jupe transparente de l'aimée, mêlant l'or des sequins à l'or de ses cheveux.
Je l'aime dans le tourbillon d'une valse enivrante, ou dans les milles figures d'une mazurke, lorsque son pied cambré frappe le sol en cadence
192 THEKLA.
Je l'aime un soir d'été, à Tombre de grands arbres, la tête et Tépaulenues, quand ses grands yeux verts vous promettent l'amour que son cœur vous refusera.
Je l'aime s' essayant dans le dialogue amoureux d'une comédie de paravent.
Je l'aime gaie, le verre en main, dans un souper.
Je l'aime triste un soir d'hiver, écoutant le vent de la côte normande qui souffle à sa fenêtre, quand, seule, elle suit par la pensée les dominos qui se croisent et s'intriguent dans les salons illuminés, et qu'une larme de regret vient à mouiller ses longs cils.
Je l'aime étendue dans son hamac, rêvant à la patrie absente, un poignard à la ceinture.
Je l'aime avec ses mille caprices d'enfant gâtée.
Je l'aimerais bien pendant une heure entière, si elle le voulait.
Alix est Tune des femmes de la haute société parisienne qui Ta le plus occupée par ses aventures romanesques, 'par ses allures indépendantes, par ses goûts artistiques, par ses aspirations d'esprit et de cœur. Placée dès l'enfance dans un cadre brillant, dans un milieu tout à la fois intelligent et élégant, Alix a grandi entre une mère distinguée par l'esprit et par les talents, et un père homme du monde et de sport.
aux heures de liberté que lui laisaient ses hautes fonctions dans TÉtat. Entourée d'éléments les plus divers, choisis dans les arts et dans les lettres, dans la fashion et dans les affaires, elle devait tout naturellement se façonner à la vie autrement que ses compagnes et acquérir une certaine liberté de penser et d'agir.
Jeune fille, elle séduisait par son esprit ouvert et franc, par ses reparties inattendues, par de grands yeux bleus respirant la curiosité universelle, par une simplicité d'attitude et de mise qu'elle a toujours conservée, et qui aide à la reconnaître dans ce portrait où le peintre l'a représentée, la tête sans autre ornement que ses cheveux châtains, arrangés en bandeaux plats, et dans une robe blanche dont le corsage décolleté et lés manches courtes laissent voir de longs bras maigres tombant nonchalamment sur un corps mince et svelte à l'excès.
Aujourd'hui, si elle posait devant Cabancl,
elle n'entendrait faire que peu de concessions à Tampleur des modes et ne profilerait de la fantaisie qui règne dans l'art des couturières que pour rester simple dans une casaque rouge ou bleue que recouvre un ample manteau; telle enfin qu'elle apparaît quand elle passe étendue dans une des plus élégautes calèches des Champs- Elysées. Ce serait encore lés mêmes bandeaux plats qu'il y a vingt ans, la même tournure dépourvue d'afféterie ; la taille seule s'est épanouie sans devenir épaisse et sans rien perdre de sa souplesse. Ceux qui refusent à Alix la beauté ne peuvent du moins lui refuser une fort belle taille. Ils ne peuvent non plus refuser de l'admirer lorsque, penchée sur son chevalet , elle modèle au pastel quelque portrait, ou qu'assise dans une galerie italienne, elle copie à grands traits une œuvre de génie.
Alix ne pouvait choisir pour époux un esprit vulgaire, pas plus qu'on ne songeait à lui im-
poser un millionnaire sans nom. Un jeune romancier de talent, de fortune, de naissance et de belle mine, l'entraîna dans ses landes du Midi. Ce mariage semblait résumer toute l'éducation de la jeune fille et préparer un long avenir de bonheur, lorsqu'une grande rafale vint tout emporter. . .
Alix est femme d'imagination vive , de pas* sîon ardente, et s'y laissant aller. Ennemie de toute contrainte, libre de tout préjugé, elle a pris pour devise : Cest mon plaisir I Dans ce cercle choisi mais varié qui l'entoure,* et qu'elle charme par son esprit cultivé, par ses aperçus pleins d'originalité sur les choses de la vie, sur la morale, sur la politique, sur l'art, dans ce groupe qu'elle étonne par ses hardiesses de discours, il s'est trouvé plus d'amoureux enthousiastes que d'amis sincères et fidèles. Peut-être ne se soucie-t-elle que des premiers, de même qu'elle fait peu de cas, je ne dirai pas de
la société, maïs de Tintîmité des femmes.
Cavalière dans ses propos et dans ses façons, on pourrait croire, en la voyant courre le cerf, enjamber lestement les barrières d'un champ, escalader les coteaux, égayer les dîners qu'elle offre à son entourage par les saillies les plus mordantes, sans plus ménager les présents que les absents, on pourrait croire qu'elle n'est qu'un bon garçon, un joyeux camarade. .
Mais, ne vous trompez pas, Alix a aussi ses heures de poésie et de tendresse. C'est alors que vous n'apercevez plus que le reflet d'une âme d'ar liste.
L'autre soir, un de mes amis, en contemplant Laure, me disait qu'une femme aussi parfaitement belle devait avoir des imperfections morales. Comment, en effet, imaginer une créature aussi riche des dons de l'âme et de l'intelligence, qu'elle est douée du charme delà beauté plastique ?
Comment croire qu'avec cette chevelure noire ondulant sur un front grec, ces sourcils qu'on
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dirait dessinés au pinceau, avec des yeux dont les longs cils s'abaissent en voilant une flamme chaste, une oreille finement découpée, un nez droit introuvable, une bouche vermeille aux dents de perles, bouche expressive à l'infini, un teint éclatant, un cou et des épaules comnie en sculptaient dans le marbre le plus blanc les Phidias et les Michel-Ange, comment croire, dis-je, qu'avec cette taille aux contours de jeune fille, au port si plein de fierté et de grâce languissante, Laure ait aussi reçu en partage rintelligence la plus vive, Tesprit le plus fin et le plus imprévu, le caractère le plus ferme, Tâme la plus tendre et la phis droite, et cette bonté du cœur qu'un moraliste aimable et profond tient « pour aussi rare que le génie? »
Cependant Laure a tout cela, et .plus encore. Mais je sens ma plume inhabile à retracer les traits d'une telle femme ! . . .
Je n^ai point assisté à Tàurore de la vie conjugale de Laure, bonheur tranquille, fondé sur l'estinie réciproque, affermi par la naissance d'enfants égalemeiit chéris, mais bonhieur dans lequel la passion ne semble pas avoir eu sa place.
Un jour on aima Laure, et on osa le lui dire. Elle l'entendit, parce qu'elle aussi avait senti qu'elle aimait. La lutte terrible s'engagea dans une conscience esclave avant tout de son devoir et de la foi jurée. Docile aux moindres désirs de son mari, elle n hésita pas à lui sacrifier ses aspirations. Se roidissant contre l'amour qui, à son insu, avait envahi son cœur, elle arrêta sur ses lèvres l'aveu de ses émotions contenues. Pressée de leur donner un libre cours : a Devinez, répondit-elle, mais laissez-moi le courage de mon silence! »
Le combat fut long. Laure demanda la fuite ou l'oubli; elle conjura, elle supplia, mais tout fut
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inutile! Elle avait afTaire à une âme passionnée^ ardente, . constamment repliée sur elle-même, qui, après bien des orages et des naufrages de toutes sortes, s'était donnée tout entière et sans partage.
Pauvre femme, peut-être Ta-t-il plus d'une fois accusée de froideur, d'insensibilité? Moi, je l'admire et la plains ! Aussi est-ce avec fierté que je la vois parfois s'appuyer sur mon bras pour traverser les mauvais pas du chemin. Sa confiance me touche, m'honore et m'entraîne, malgré moi, dans la contemplation de tant de séductions, alliées à la plus solide vertu. Que de charme dans ce simple « merci » qu'elle m'a* dressait naguère! Parole simple, mais dont l'accent indiquait la grandeur de la lutlequise livrait en elle. « Il est si bon ! » ajoutait-elle, en parlant de son mari* Quelle autre, en effet , apprécierait mieux la bonté que celle qui en est elle-même la personnification !
Affreuse destinée, cependant, que celle qui l'oblige, pour rester fidèle à sa conscience et à SCS serments, défaire souffrir celui pour lequel, peut-être, elle rêve toutes les félicités !
Admis à juger de son sacrifice, je puis en mesurer l'élendue en la voyant dissimuler si peu ses joies intérieures à la vue de celui qui Taime. Son bonheur alors n'éclate pas en épanchements vifs, mais il rayonne dans son regard.
Ce n'est pas le feu de la passion, c'est la .douce lueur d'une étoile !
Dans ses heures fugitives, dans ces moments si vite écoulés, la beauté de Laure apparaît dans toute sa simplicité et dans toute sa grandeur. Son regard révèle l'amour qui la toucha, mais sa bouche conserve toujours l'expression du sacrifice et du renoncement, expression indéfinissable qu'aucun peintre n'a jamais reproduite, faute peut-être de l'avoir rencontrée !
Comme une autre Laure, que n'a-t-elle
trouvé un génie pour la chanter en Timmortalisant !
Qui est Laure? se dira chacun en regardant dans son entourage et en cherchant, mais en vain, le §eul trait qui pourrait la désigner. N'est-ce pas là d'ailleurs un des penchants de Laure de rechercher Tombre, si ce n'est le mystère, d'éviter la foule, ses banalités, ses bruits, ses enivrements, auxquels elle préfère les douces émotions du foyer?
Toutefois si, en plein soleil de midi, vous rencontrez une femme qui semble refléter les rayons de l'astre dû jour, ; si, au retour d'une promenade en automne, dans la brume du soir, votre route est soudainement éclairée par une de ces lumières mystérieuses qu'on voit dans les légendes traverser l'espace pour guider le voyageur égaré; si, dans une fêle, vos yeux, un instant éblouis par l'éclat des lumières et des parures, s'arrêtent tout à coup sur une
femme que la splendeur de sa seule beauté impose à votre attention, dites-vous : C'est Laure !
CONRADINE
Il est des femmes qu'on regrettera toujours de n'avoir fait qu'entrevoir. L'impression qu'on a ressentie près d'elles dans ces courts instants a été si vive, la curiosité si éveillée, l'attraction si grande, que la pensée se reporte vers cette apparition comme sur une œuvre ébauchée et brusquement interrompue.
L'unique entrevue que j'eus avec Gonradinc, due à un heureux hasard, m'a produit cet effet.
208 GONRADINE.
te
Et, bien que je ne connaisse ni les penchants de son âme élevée, ni même les côtés les plus saillants de son caractère, je ne voudrais pas clore cette première galerie, sans exprimer ici le souvenir que j'ai conservé de Conradine.
C'était en automne : les feuilles à moitié jaunies du val normand donnaient au paysage un aspect sévère, qu'en dépit des dernières fleurs du parterre, de l'eau du ruisseau et des prés herbeux, la vieille maison gardait aussi.
Un quittant le castel de la belle et tendre Gabrielle, dont une jeune et gaie châtelaine garde si fidèlement les souvenirs, en songeant à la grande chambre en tapisseries, où le matin encore j'avais admiré la courte-pointe sur laquelle le roi vert-galant avait, au retour d'Ivry, jeté son blanc panache, tout me parut austère dans la demeure de Conradine.
La vaste cour carrée, ses grands murs et son
CONRADINE. 209
haut portail, tout me rappelait le cloîlfe où jadis avaient blanchi, sur leurs manuscrits, des générations de mdines.
Aujourd'hui les horizons se sont ouverts sur la colline plantée d'un bois de hêtres. Mais à rintérieur, les longs couloirs, avec leUrâ cartes, leurs bustes, leurs portraits d'hommes célèbres, la bibliothèque avec ses rayons en chêne et sa longue table couverte de journaux, de revues et de brochures, disent que c'est encore là un sanctuaire du travail.
Un vieillard aux cheveux blancs, d'une taille moyenne, d'une physionomie lîne et spirituelle, d'une courtoisie exquise et pleine de séductions, nous reçut, mes amis et moi, dans cet asile de ses études, de ses méditations et de ses regrets.
Ses deux filles l'entouraient ; la cadette, reflet adouci de l'intelligence paternelle; l'aînée, grande, de belle tournure, aux traits réguliers
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et calmes, aux regards vifs et pénéti*ants, c'est Gonradine.
Dans une promenade où j'eus la bonne fortune de me trouver à ses côtés, j'écoutais, attentif et charmé, sa conversation simple, bien que savante, sur les occupations agricoles dont l'association conjugale lui avait donné une large part. J'admirais cette manifestation assez rare du génie féminin, cet oubli, et plus encore ce dédain de la vie mondaine, où la femme supérieure eût cependant brillé d'un vif éclat. Je contemplais la beauté qui s'ignore, et qui m'apparut là , dans cette sphère des sciences naturelles, comme un pur rayonnement de la nature elle-même.
HÉLIODORA
Quelle est cette femme qui s'avance dans la fête, la tête haute, le regard insolent, l'expression provocante, l'épaule et le sein nus? C'est Héliodora.
Dans le temple de la patricienne brûle la lampe de Vénus. Mais qui l'éteindra?
Vous qui savez, amants jeunes et vieux, que le printemps fleuri donne le miel des abeilles, dites-moi qui peut produire le miel d'Héliodora.
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Sa maison ressemble, dit-on, à la tour d'airain de Danaé, où Jupiter sut cependant pénétrer!...
L'admiration personnelle est le seul culte de cette étrangère. Couchée pendant le jour, elle n'admet à la visiter qu'un petit nombre de mortels chargés de lui préparer l'encens. Cette adoration de quelques initiés, entretenus dans leur ferveur par de rares apparitions dans le monde, coups d'éclat toujours longuement combinés, suffit à la vie d'Héliodora.
Paris a proclamé la royauté d'Héliodora. 11 l'a couronnée reine de beauté. Que restera-t-il demain de ces hommages, rendus par un peuple inconstant à une divinité d'argile?
Déjà son piédestal, élevé par la faveur passagère des grands, s'est brisé. Bientôt la statue elle-même aura disparu, car seule l'âme est immortelle !
A MADAME DE S. ,«.,•• • < « • i , « • I
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Rose 9
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Henriette • 27
Diane 29
Nelly 39
Olca 41
Hermakge 51
Odette 55
Bathilde et Sophie 59
Pauline 65
Herminie 71
Berthe 77
Rosamonde 83
Jeanne 85
Karola 91
Hélène 95
Ida 99
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