‹ Les femmes dans la scienceChapitre 6 sur 193 · MARIE AGNES · texte numérisé non relu

MARIE AGNES

Si les lois de l'Acad<^iiiie avaienC permin d\ admettre des dames, c'eût ^té UQ triomphe pour Mademoiselle Agoesi.

FoXTtXILLS (?,

K> PAMiLtR. — Dans le dix-huitième siècle, qu'elle a parcouru pres(|u*en entier, a vé(*u une savante et pieuse tille, nommée Agriesi. Elle est née à Milan, en 1718, (fuiie famille noble et elle a re^'u les (^renoms de Margu<»rilo. (ia«''tane, Angiola, .Varie.

Son |W're, riche et «l'esprit élevé, avait U* goût des sciences. Il s'est marié trois fois et il a eu vingt-trois enfants d(»nt une jiiitre fille Marie-Thén'Sis musicienne et auteur do trois opéras.

Marie s'est fait remanjuer, dès l'enfance, parsii soumission

AQNE8I 4

complète à son père et par son dévouement à ses nombreux frères et sœurs.

Les langues et la philosophie. — On a surnommé Marie Agnesi l'oracle des sept langues. Elle savait, en effet, le latin, riiébreu, l'allemand, l'espagnol. Elle avait aussi appris le grec, pour mieux savoir le latin, et elle a dit, chaque soir de sa vie, l'office de la Vierge en grec. Enfin, elle parlait encore le français et la nobile fanciulla recevait, à peine âgée de cin(| ans, ce compliment : « Une nymphe ne parle pas sur les

bords de la Seine d'une manière plus douce Que dois-je

croire de ce que je vois ou de ce que j'entends? »

A dix-neuf ans, Marie avait soutenu dans son salon cent quatre-vingt-onze thèses philosophiques, pas une de moins. Elle se demandait dans l'une, comme plusieurs de nos contemporains : « Si l'étude des arts libéraux convient aux femmes. » Le recueil a été imprimé à Milan chez Malatesta et réimprimé à Padoue. 11 s'agit, bien entendu, d'une philosophie superficielle où, après avoir énoncé les principales opinions, on discute le pour et le contre.

Un pamphlet contre les femmes de sciences avait paru sous le voile de l'anonvme. C'est le comte Robbio de Saint- Raphaël qui avait publié cette Disgrâce (ÏUranie, mais il y avait adressé une apostrophe admirative à Agnesi, considérée comme une exception. Proudhon dira plus tard, à son tour : Hypatie et Agnesi, ce sont des contradictions !

Vous lirez avec plaisir cette citation des Lettres (Tltalie^ par de Brosses : « Je veux vous faire part, mon cher Président, d'une espèce de phénomène littéraire dont je viens d'être témoin et qui m'a paru nna cosa più stupenda que le dôme de Milan, et en même temps j'ai manqué d'être pris sans vert. Je reviens de chez la signora Agnesi, où je vous avais dit hier que je devais aller. On m'a fait entrer dans un grand et bel appartement, où j'ai trouvé trente personnes de toutes les nations de l'Europe, rangées en cercle, et mademoiselle Agnesi assise seule avec sa petite sœur, sur un canapé. C'est

MAIIli: \li.NKSI

/ AQNE8I

une tille de di\-luiit à vingt ans, ni laide ni jolie, ((iii a Tair fort simple et fort doux. On a d'al>ordap[)orté force eau glacée, ce qui m'a paru de l)on augure. Je m'attendais, allant là, que ce n'était que pour converser tout ordinairement avec cette demoiselle ; au lieu de cela, le comte Belloni, (|ui m'y amenait, a voulu faire une espèce d action pul)li(|ue; il a débuté |)ar adresser à cette jeune lille une belle harangue en latin, |K)ur être compris jiar tout le monde. Elle lui a répondu fort bien ; après quoi, ils se sont mis à disputer dans la même langue sur l'origine des fontaines et sur les causes du flux et reflux que quel(|ues-unes ont comme la mer. Elle a parlé comme un ange sur cette matière; je n'ai rien oui là-dessus qvii m*ait plus satisfait. Gela fait, le comte Belloni m*a prié de disserter de même avet* elle sur (juehjue sujet cpii me plairait, pourvu que ce fût sur un sujet philosophique ou mathématique. J*ai été fort stupéfait de voir (]u*il me fallait haranguer impromptu et parler dans une langue dont j'ai si peu usage. Ce|»endant, vaille que vaille, je lui ai fait un beau compliment ; puis nous avons d abord disputé sur la manière dont l'àme [mîuI être frappée des objets corporels et les commimiquer aux organes du cerveau ; et ensuite sur l'émanation de la lumière et sur les couleui^s |)rimitives. Ix)ppin a disserté avec elle sur la transparence des corps et sur les propriél*^ de certaines courbes géométri(|nes, où je n ai rien entendu... »

1» Instititions A.NALYTKjrKs. — Pour obéir à son [)ère, Marie Agnesi |>asse de la philologie et de la philosophie aux S4*î<»nces proprement dites, |K)ur les<juelles elle se (>assionne bientôt. « L*algi»bre et la géométrie, dit-elle, sont les seules [ifovinces de la [>ens(K» oii règne la ()aix. »>

Il y a unç couriK» intéressiuile qui s appelle la lk)ucle d'Agnesi. Demandez à un de nos étudiants : « Agnesi. (|ui est-ce 1 » Il ne vcms réfiondra pas que c'est une femme. Pourtant M. FouilhV veut (|u'on dise quel(|ues mots d'Agnesi et de So[»hie (rennain, dans nos lyc/^'s des deux s(»\<»s.

¥ai i7i8, Marie AgiM^i a publié ses Insiitutinns Analytiqurs

AQNE8I 8

qui ont vite remplacé les traités de l'Hôpital et du P. Reyneau. Les institutions comprennent deux volumes, le premier — dont nous reproduisons ci-contre la première page — traite de Talgèbre et de ses applications à la géométrie (quantités liniesj, et le second des calculs différentiel et intégral (infiniment petits et infiniment grands). On y remarque Téquation de Riccati, publiée pour la première fois. Le livre, dédié à Timpératrice Marie-Thérèse, a coûté dix ans de travail et a été imprimé dans la maison même d'Agnesi, où l'imprimeur avait transporté ses presses. Il a été fait une traduction anglaise par Colson et une traduction française du second volume par d'Anthclmi, avec des notes de Bossut. Voici comment s'exprime le rap|K)rteur de l'Académie des sciences de Paris : « L'ordre, la clarté, la précision régnent dans toutes les parties de l'ouvrage. On n'a point encore vu paraître dans aucune langue des Institutions analytiques (|ui

puissent mener aussi vite et conduire aussi loin Nous le

regardons comme le traité le plus complet et le mieux fait (ju on ail en ce genre.... » Dans la prélace, Marie dit modestement : « J'avais commencé le livre pour mon amusement particulier et pour l'instruction d'un frère qui avait des dispositions pour les mathématiques. » Nous n'avons pas besoin de faire remarcjuer que, lors(|u*il s'agit d'une science nouvelle et difficile, comme le Calcul infinitésimal, les premiers ouvrages d'enseignement prennent une importance capitale.

Lks papks et lks savantes. — Le pa|)e Benoit XIV félicita la mathématicienne et lui fit don d'une couronne de pierres précieuses et d'une médaille en or. a Nous entreprîmes dans la fleur de notre jeunesse, dit-il, l'étude de l'Analyse mais nous dûmes malheureusement rabandoimer. Nous ne savons plus de l'Analyse (|ue ce (ju'il faut pour comprendre son importance et pour sentir combien il est glorieux à notre Italie d'en [)osséder des professeurs. Autant (|ue nous avons pu en juger, en parcourant la table de l'ouvrage et eu lisant

INSTITUZIONI ANALITICHE

Page 1