‹ Les femmes dans la scienceChapitre 8 sur 193 · A CAPO · texte numérisé non relu

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quelques chapitres des quantités finies, nous croyons sincèrement que votre livre lionorera l'Italie. »

Vu peu plus tard, le in^me pape nomma Agnesi lectrice en mathématiques à rUniversité de Bologne. Il faut entendre ici lecteur dans le sens de professeur, mais Marie n'a jws enseigné en chaire, malgré l'invitation du pape : « Ce nest pas vous qui devez nous remercier, c'est au contraire nous (\u\ vous devons tous nos remerciements. Dès les temps les plus nvulés, Bologne a entendu des [)ersonnes de votre sexe dans ses chaires publiques, il vous appartient de continuer dignement la tradition. » I» diplôme était joliment relié en parchemin et muni du sceau attaché avec un cordon de soie et d*or.

Ci^LKBRiTi^ CTiioDiùSTii':. — Agucsi était aussi mo<leste qu'elle était célèbre. Elle était sim[)le, bonne, pres4pie timide. Klle était d'une l>eauté touchante, avec sa physionomie douce et i*an<iide. Sa taille était élancée. S(»s veux noirs et ses cheveux noirs faisaient ressortir 1 eblouissiinte blancheur de son teint. Klle avait un doux sourire. On admirait sa noblesse et sa grâce.

Fontenelle (ou Fontanieu?; faisait, à l'occasion de notre héroïne, cette intéressiinte déclaration : « I^s Institutions d<mommagent les St*ien(*es de la i)erte (ju'elles viennent de faire en la i>ersonnede la mar(|iiise du Châtelet. Si les lois de l'Académie avaient permis d'y admettre des dames, c'eut été un triomphe [)Our Mademoiselle Agnesi. »

L\ MALADIK. — Agnesi a eu deux graves maladies, qui sont comme la rançon de wm génie, l'ne [)remière fois, elle a été atteinte d'une anémie profonde, causée par la vie sédentaire et le travail : les nuMlecins lui ont ordonné le cheval et le IkiI. Marie a-t-elle abusé d'un remède (pii lui plaisait ?(Jnoi qu'il en soit, à la première maladie a snccé<lé une maladie non'euse : la jeune tille est devenue somnambule et s'est sentie excitcW? à sauter en l'air, plusieurs fois par jour. Klle guérit pourtant à la longue, grâce à son patron. Saint (laétan, affirme un biographe.

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A la suite de sa double maladie, Agnesi devint mélancolique et elle changea de voie, comme le grand Pascal. Le vulgaire attribua le changement à un amour contrarié, et Pallavicini, rinlendant de la province, en parla au père d' Agnesi. Ce dernier fut tellement indigné de cette hypothèse, qu'il eut une attaque qui abrégea sa vie.

U.\E SERVANTE DES PAUVRES. — Dès Tàgc de viugt ans, en plein succès, Marie avait demandé à entrer en religion et son père n'avait pu la retenir qu'en lui accordant trois faveurs : porter un habit humble, être dispensée du bal et du théâtre, enfin aller à l'église à volonté. Dans quelques chambres éloignées (ju'on lui avait cédées, Marie soignait plusieurs femmes infirmes et instruisait une fille presque stupide. Elle édifiait déjà tout le monde, mais elle n'osait refuser à son père quelques-uns de ces exercices publics qu'il aimait tant.

A la mort de son père, Marie entra dans l'ordre assez rigoureux des religieuses appelées Célestes ou Turquines, d'après la couleur de leur robe. Elle renonça complètement à la science humaine et elle devint la supérieure de l'hôpital Trivulzi. Après avoir abandonné tous ses biens aux malades, on la vit mendier pour eux. Elle avait vendu à un Anglais le cadeau de l'Impératrice, une boite de cristal de roche ornée de brillants et un anneau de diamants.

Agnesi avait retrouvé une certaine gaité. Le fils du roi de Suède lui avant demandé un mot sur son album, elle écrivit : « Il vaut mieux croire beaucoup que peu. » Le prince était protestant. — Le sculpteur Conqui, voulant faire le buste d'Agnesi à son insu, vint la voir plusieurs fois sous différents prétextes. Elle surprit le manège, se borna à sourire et consentit à poser.

Sa maxime favorite était : a Une àme dévouée au service de Dieu doit être saintement libre et ne pas plus s'embarrasser des blâmes que des éloges. »

Agnesi étudiait avec ardeur les Pères de l'Église, et elle a laissé (juelcjues écrits religieux, en particulier une consulta-

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tion de vingt-quatre pages que Tarchevèque de Milan lui avait demandée sur un ouvrage de Gorini. Cet ouvrage intitulé Politique^ droit et religion avait été condamné par Tlndcx, apr^s avoir été approuvé par les Facultés ecclésiasticpies. « L*auteur a bien eu Tintention de convaincre les hérétiques, mais, dans l'exécution de son dessein, il n'a pas rempli le but qu'il se proposait. . . Il avance quelques points qui |X)urraient être préjudiciables aux âmes, surtout partie que son ^ livre, étant écrit en langue vulgaire, pourrait troubler la piété des esprits faibles et des femmes. »

Marie Agnesi, la servante des pauvres, est morte dans son cher hôpital, d'une hydropisie de poitrine, à 81 ans, en 17ÎHI.

S01TE.MR. — Frisi a composé sur Agnesi une notice assez détaillée, mais un peu confuse, (|ui a été traduite en français par Boulard.

Le cardinal Dumini avait placé le buste de la savante dans sa galerie des plus illustres Lombards.

On a inscrit ces mots sur la pierre tombale : « Fille remarquable par sa piété, sa science et sa bienfaisiince. » Ne jKHirrait-on pas aller plus loin et canoniser notre Agnesi 1 J'estime, moi profane, (|ue ce serait une sainte (|ui en vaudrait bien d'autres !

BlBU(»GRArRIK

(Euvres d'Anneni.

1. Oratio qua ostenditur : Artluni liberalium studia a femineo mxu neuUquaiD ahhoirere. Milan, 18 août 1727, in-4<».

2. Oratlo habita a Maria de Agnesis ; Pro studiis mulienim (Réimpression du précédent). Padoue, 1729, in-K».

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