‹ Les femmes dans la scienceChapitre 82 sur 193 · HUMAN · texte numérisé non relu

HUMAN

Sœur du ministre de Louis-Philippe, mère spirituelle de Gratry (Souvenirs de jeunesse, p. 145 et suiv.) et de Beautain (La chrétienne de nos jours, lettre 15).

HÙRNISCH (Johanna-Dorottea)

Ghirurgienne allemande du xix® siècle. On a écrit deux histoires de sa vie.

HYPATIE

Ma bienfaitrice, mon maître, ma sœur, ma mère.

Lévêqce Synésius.

L'ÉCOLE d'Alexandrie. — La plus ancienne mathématicienne, sur laquelle nous ayons quelques renseignements positifs, est Hypatie d'Alexandrie.

L'antique Egypte est le berceau des sciences. Les premiers philosophes grecs sont venus s'y initier secrètement à la géométrie et à l'astronomie. Plus tard, la Grèce a payé large-

1 io HYPATIE

ment sa dcUe à FEgyple. Alexandrie, la ville d'Alexandre, a été pendant de lonf^'s siècles un foyer intellectuel incomparable. Li grande Kcole d'Alexandrie a été double. On a écrit l'histoire, en plusieurs volumes, de THcolc philosophique; je n'en ai guère retenu que ce trait : Un certain sage, à l'ânie délicate, y rougissait d'avoir un corps. Quant à l'Ecole scienlilicpie où brillèrent Kuclide, Apollonius, Diophante, Ptoléniée et à laquelle se rattache Archimede luiniôine, cette école attend encore son historien.

J^:^^^-*is^: hHypatik. — Au iv« siècle après J.-C, Théon, un niathéinaticien connu, «{ui était aussi un naturaliste, enseignait à TKcole d'Alexandrie. Un lui attribue, peut-être à tort, un écrit sur les présages et la voix des corbeaux.

Théon eut une lille, Hypatic. Elle naquit vers Tan 375 ap. J.-(I. Ccllejeunegrecque,qui devait grandement surpasser son père, revui, de lui et de ses collègues, les premières le^*ous.

Il parait — quoique le l'ait ait été contesté, — cju'Hypatie fit dans sa jeunesse h» voyage d'Athènes pour s'y perfectionner. Elle diil y suivre les cours de Plutanpie le Jeune et de sa lille Asclépigénie, qui dirigeaient ensemble l'Ecole philosophique.

l)oLBi>: KNSuniNKMKNT. — A sou rctour d'Athènes, Ilyfiatie fut inviti'^e, par h'S magistrats d'Alexandrie, à professer publiquouKMit.

Son enseignement comprenait deux parties successives.

Platon avait jadis é<'rit sur son école de philosophie : « Que nul n'entre ici, s'il n'est géomètre. »> En cons<'»<juence, Hypatie enseignait d'aixml les mathéinatitpies, puis la philosophie prupreuHMit dite.

Nous ne dimns (pi'un mot de la philosophie d'Hy|)atie. Elle était néo-platonicienne, tandis «pie Théon tenait pour la ihH'lrine d'Arislote. Elle était éclectique et il semble, comme on l'a fait souvent remarquer, que la |K)sition d'Alexandrie, aux contins de trois continents, devait y pnxiuire le mélange <h»s opinions. Otte philosophie était aussi un |»eu mystique.

te

HYPATIE 146

d'après les tendances de Platon et par suite de Tinfluence chrétienne. Nous devons constater qu'Hypatie a toujours repoussé la théurgie qui dominait alors, c'est-à-dire les génies, les enchantements et les prodiges. Nous avons encore, hélas, les mêmes chimères, sous d'autres noms.

Hypatie était, avant tout, une mathématicienne. Elle a enseigné ex cathedra la géométrie, l'algèbre et l'astronomie. Les mathématiques, déjà constituées parles Grecs, ne devaient plus faire de progrès notables avant douze siècles, avant Descartes, Newton et Leibniz.

On attribue à Hypatie plusieurs inventions, d'abord celle de Varéomèire ou pèse-liqueurs, d'après cette lettre : « Je suis malade. J'ai besoin d'essayer les eaux. Faites-moi faire un instrument de la forme et de longueur d'une flûte, etc. » Mais la lettre n'est pas écrite, comme on Ta dit, par Hypatie à Svnésius. On a interverti les rôles, et du reste une conséquence aussi simple du principe des corps flottants devait être connue depuis Archimède. — D'après des lettres de Synésius à des tiers, il est certain qu'Hypatie a imaginé un planisphère et un astrolabe; pour le premier, on projetait la région équatoriale de la terre sur le cylindre circonscrit et le second était un cercle gradué pour mesurer les distances angulaires des astres. — On a parlé aussi de deux autres instruments, un niveau d'eau et un appareil à distiller, mais nous croyons que c'est à tort.

Livres perdus. — Les historiens signalent trois livres d'Hypatie, probablement perdus pour toujours.

Le premier livre était un commentaire du Traité des coniques d'Apollonius, — Le second livre était un commentaire des Arithmétiques de Diophante, qui sont le premier ouvrage connu d'algèbre; Diophante, qui était perdu, a été seulement découvert à la fin du quinzième siècle. — La troisième œuvre était un Canon astronomique, c'est-à-dire des Tables des mouvements des astres ; s'agit-il là d'une œuvre originale, comme on le croit généralement, ou d'un simple commen-

— li'

HYPATIE

tairo dos tablos «le» Ploli'in.V. coiiiino <|iiolqtios-uns le pn»- IoimIcmU ? Dans ro cl(»mior ras. lo Iravail (my[)atio siil)sisterail [HHit-ètro oiu'oro, iiièlé à c(»lui do son \)\nv Tlioon. snr lo même sujol.

THioMiniK h'i >K KKMMK. — Ancuno f(Mnmo, pout-ôtro. n'a mini anlant do jjloii^o. do l)oanlé ot do s;jgosso (pilTypatic.

On vantait son olcxpionoo. Sa voix otait «pialilioo do divine. Sa lM»anto otait oolobrôo partont. mais on no pont la pnViser: il no nons rosto ancnno statnotto. aui*nno m.'daillo. On accourait do toutes les parties du monde à ses leçons. Il suflisiiit de lui ocrire « à la IMiilosoplie » ou « à la Muse, à Alexandrie ». Elle était rospootoe <»t honorée, autant (pi'admirée. Elle |)ortait av(H* modostio ot assurance son manteau de philosophe.

M. W'oil a traduit jMMir nous ces vers de rAnthologie : «' Quand je te vois ot que jVntends tes discours, j'adore : c'est réthéri'o constellation de la Viorne ipie j<» contemple; car au ciel est vouée la vit» tout entions auj^uste Hypatie, idéal d'éloquence, astre immaculé de la sîipesse. »

On a cru lire, dans la vit» d'Isidore par Damascius, <|u'ilypatio avait été la fomm<' de ce philosophe, mais il faut entendre î/yii^'dans le sens (l'une communauté d*idé<'s. L'historien pn'»tend du n^sto ipn» cet Isidore surpassiiit ily|>atie, comme tout homun» surpasM» naturellement une f(»mme ot ninimo un philoMqdio surpasse une simple f;(M)motr(*.

Il parait ipiun étudiant d'alors s'étant épris d'amour [>our Hy|)atio. qui aimait seulement la vérité abstraite, lut f^'uéri par eUe. lue première versi<ui est doiuiéo dans un f^nr intraduisible : d'après la s(H*onde. le jeune homme aurait été apaisi» |Mr la musiipio.

On a pHHluit unt» prétoudm» lettre d'Hypatie à l'évtNjue Cyrille où l'Ile dom^ndo à so convertir au christianisme. EUe \ parle do la condamnation do Nostorius: or Nestorius est né sei/<» an*i apn»s la mort do la S;ivanto.

SvNKMiN. - On no connaît que los noms do qii(»]tpi(H;. uns dos diM'ipIt's d'Hxpatif*. L'un iroiix, iloiil l(*s (eiivn*s nous

HYPATIE

restent, Synésius, devint chrétien et évêque de Ptoléniaïs. Il a composé des hymnes qui en font le précurseur du Liimartine des Méditations. Ses lettres sont la source principale sur Hypatie : sept sont adressées à cette dernière et dans quatre autres il parle d'elle. On y lit : « Nous avons vu, nous avons entendu celle qui préside aux mystères sacrés de la philosophie.» Ailleurs: « Elle est sainte et chère à la divinité. » Et cette apostrophe : « Ma bienfaitrice, mon maître, ma sœur, ma mère! » Heureusement pour lui, Synésius devait mourir avant Hypatie.

Le crime. — Alexandrie était une ville profondément troublée. On y professait trois religions rivales, le judaïsme, le paganisme et le christianisme qui triomphait. Il s'élevait entre l'évêque et le préfet de redoutables conflits d'attributions. L' évêque était Cyrille, fougueux et dominateur ; le préfet, qui s'appelait Oreste, était chrétien, mais il voulait maintenir les droits de l'Etat.

Un maître d'école, Hierax, s'étant mal tenu devant le gouverneur, promulguant ses décisions au théâtre, fut frappé de verges. Des moines ayant osé attaquer à coups de bâton Oreste et sa suite, l'un d'eux, Amonius, fut mis à mort.

Sur ces entrefaites, en mars 415, pendant le carême, le lecteur Pierre, suivi d'une foule furieuse, arracha Hypatie de son char. Elle fut traînée dans la Césarée, l'église de César, et là, dépouillée de ses vêtements, elle fut tuée à coups de pierres. Ses membres sanglants, portés au Cinaron, furent ensuite brûlés, dans ce lieu des supplices. Le crime était consommé !

L'historien Socrate, un chrétien pur et qui n'aimait guère Cyrille, ne va pas jusqu'à l'accuser. Il tlétrit la populace du port et les parabolans, des garde-malades turbulents. Faut-il se borner à dire, avec un sceptique : « La faute en est au temps, à tous et à personne ? » Nous croyons qu'Hypatie a été une martyre de la Science, qu'elle a été prise par la foule stupide pour une magicienne, empêchant par ses maléfices

HYPATIE

astronorni(|ue$ la réconciliation des deux chefs d'Alexandrie.

yuelqiies années plus tard, une autre savante, plus heureuse, Alhénaïs-Eudoxie, devenait impératrice d'Orient.

On ne peut s'em[)ècher de penser, à pro[X)s d'Hypatie, à Archimède, qui fut une victime encore plus glorieuse de la Science. Vous sjivez qu'à la prise de Syracuse, Arcliimède, le plus grand mathématicien de l'antiquité, fut tué par un soldat romain qui le trouva absorbé dans un problème de géométrie et traçant des ligures sur le sable : le soldat le prit |>our un sorcier malfaisant.

I-.A iHisTKKiTK. — I^ mort tragi<|ue dHypatie n'a tenté ni le drame au théâtre, ni la musique, ni la peinture. La savante n'est représentée dans aucun de ces trois tableaux : rHémicycledel'KcoledeslM^aux-arts, l'Kcole d'Athènes, l'AfX)théose d'Homère. Pnvsque seul, h» peintre contem|)onun anglais. C. W. Mitchell, a peint Hypatie, nue dans la Césiirée, imploHint le grand Christ impassible aux bras tendus.

Nous avons trois romans historiques sur il. Dans le sien, l'anglais kingsley att^ique le christianisme naissant et dirait volontiers que U»s livres d'Hypatieont été brûlés par l'Inquisition d'alors. IK' son côté, Urouhaut, dans un [>astiche des Marlyi*s lie Chateaubriand, raconte (prily|>atie, devenue chrétienne, a r*té tuée par les Cyniques. C'est ainsi qu'on joueave<' l'histoire. Kntin M. Harr{»sa écrit Sous rtptidus //rtr6are.t ; AthéiuH\ — lise/ ilxpatie, — c'est le moi, et les iiju'bares, s(mt le non-moi. Vous comprenez î

Les études allemandes sur Hy|>atie sont assez nombn^uses. L'un des érudits avoue que la plus heureuM» année «le sii vie est celle qu'il a passck» avec Hypatie. In préfet français, M. Ligier, a tait une th»»se de doctonit sur le sujet.

Voiri, |NMU' bien finir, quelqu(*s vei-s de l^ronlc» tie Lisie :

hors, A hlanrhe victime, en notre âme profonde, [)an«« ton linreul de vierge et ceinte de loto» ; Dont ! l*iinpure laideur ent la reine du monde. Va nou<* .ivouH peniu le chemin de Paro«.

HYPATIE 130

Les Dieux sont en poussière et la terre est muette : Rien ne parlera plus dans ton ciel déserté.

Dors ! mais vivante en lui, chante au cœur du poète {/hymne mélodieux de la sainte Beauté.

Elle seule survit, immuable, éternelle :

La mort peut disperser les univers tremblants,

Mais la Beauté flamboie, et tout renaît en elle,

Et les mondes encor roulent sous ses pieds blancs !

BlBLIOOnAPIlIK .

Sources pour Ifypatie.

Tolland. Tétradymus, III. Londres, 1720.

Lewis. The history of Hypatia. etc., 1721.

Wernsdorf. Diss. acad. I IV, De Hypatia. Vitemberg, 1747-8.

Andr. Schmidt. Varionim philosophorum decas. P. I ; léna, 1689.

Ph. Hoche. Hypatia. (Philolopus. 1860, pp. 437 à 474).

B. Ligier, De Hypatia, etc., Thèse de doctorat. Dijon 1879.

P. Tannery. (Hypatia d'après Suidas, dans les Annales de la Faculté de Bordeaux, 188i', pp. 197 à 201 .)

St-WoH. Hypatia, etc. Vienne, 1879.

W.-A. Meyer. Hypatia, etc. Heidelberg, 1886.

Bigoni. Ipazia Alcxandrina. Venise, 1887.

Scheer. Hypatia. etc. Leipzig, 1875.

Journal. des Débats du 7 mars 1896. Article de H. Blaze de Bury.

M. Marie. Histoire des Sciences Mathématiques.

Abbé N Halma. Traduction de Ptoléméeetde ses commentateurs.

Encyclopédie du xvni» siècle.

Libes. Histoire philosophique des progrès delà physique.

C.-P. de Lasteyrie. Sentences des Sextius (suivies de la vie d'Hypatie), 1843.

Page 1