LELAND
Astronome adjointe à l'Observatoire de Harvard, U. S. j
LEMASSON LE GOLFT
Née au Havre le 25 octobre 1750, M"® Lemasson a publ La Balance de la Nature^ 1784, in-12 et divers mémoires si l'iris, les anneaux colorés, les mouches communes, etc.
LENNEBACKER (ELkN)
Étudie les algues de Californie.
LÉONCE ou LÉONTIUM
Athénienne, amie et disciple d'Épicure, écrivit contre Thé( phraste. Cicéron en parle dans son traité de la nature d dieux (livre I). Musicienne, poète et philosophe. Eut di disciples.
L'ardeur de M^^^^ Lepaute est surpreaaol
Claihaut.
Nous reproduisons la biographie due à Jérôme Lalande :
« Je terminerai la notice de 1788 par la vie de M°*<^ Lepaut que nous perdîmes le 6 décembre. Cette perte était moins granc pour Tastronomie que pour moi : mais on pardonnera bien < petit hors-d*œuvre à la sensibilité de Tauteur ; ce sera une cor solation pour moi, et un objet d*émulation pour un sexe qi nous avons intérêt d*associer à nos travaux ; témoin ceux < Miss Herschel, de M™® de la Lande, etc.
Non hoc prœcipuum amicorum munus est prosequi defunctu
ignaro questu. Tacit.
Le devoir d'un ami n'est pas d'honorer par de stériles larmes
mémoire de celui qu'il a perdu.
M"**" Lepaute mérite d'élre citée parmi le petit nombre de femmes d'esprit qui donnent l'exemple à leur sexe par l'émulation et le goût des sciences exactes.
Nicole-Reine Etable de la Brière naquit, le 5 janvier 1723, à Paris, dans le palais du Luxembourg, où demeurait son père, qui avait été attaché à la reine d'Espagne, Elisabeth d'Orléans, veuve de Louis qui fut roi d'Espagne en 1707, pendant sept mois. Cette princesse mourut au Luxembourg, le 16 Juin 1742.
Mo* Lepaute se distinguait, dès son enfance, par son esprit, l'ne de ses sœurs, encore enfant, disait : Je suis la plus blanche ; l'autre lui répondait : Et moi la plus cTesprit : elle l'avait entendu de ceux qui l'environnaient, même avant de savoir en quoi consistait cet avantage qui devait l'élever un jour, non au-dessus du reste de sa famille, mais au-dessus de la plupart des femmes.
Dès sa première jeunesse, elle dévorait les livres ; elle passait les nuits à des lectures, et se distinguait dans la société autant par son esprit que par sa vivacité et par ses grâces.
Elle fut raisonnable de très bonne heure; et quand il fut question de la marier, à l'Age de seize ans, son premier choix tomba sur un homme respectable, dont la disproportion d*Age était si grande, que, quoique sensible aux grâces ist au mérite de celte j^une personne, il ne crut pas devoir accepter le présent qui lui était offert.
Elle épousa, le 27 août 1748, M. Lepaute l'atné, qui commençait à se faire connaître, et qui a été ensuite horloger du Roi, et qui a fait, avec son frère, les plus grandes et les plus belles horloges que nous ayons. Ce frère cadet a fait, en 1786, la superbe horloge de l'htMel-de-ville de Paris, estimée près de cent mille francs .
En 1753, j'avais pour observatoire la coupole qui est sur la porte principale du palais du Luxembourg, où de l'isle avait observé avant son départ (>our la Russie. M. Lepaute venait de faire, pour ce palais, la première horloge horizontale qu'on ail faite à Pan«. avec une grande perfection ; cela lui avait mérité un logement au Luxembourg. Il avait fait aussi, en 1753, une pendule à une seule roue, et j'étais allé chez lui, comme commissaire de rAcadéinie pour l'examiner. Ces deux circonstances suffisaient pour établir des relations entre doux personnes dont les travaux avaient beaucoup d'analogie. (*^tte réunion a été utile à tous deux : j'ai contribué à la perfection des travaux de M. Le- |Miute en horlogerie, et .M. Lepaute a été utile A l'astronomie; car il Y a des pendules de ce célèbre horloger dans la plupart des
observatoires de rKurope, et elles sont de la plus grande perfection.
M™^ Lepaute entra bientôt dans cette réunion de travaux; elle< avait tropd*espnt pour n'avoir pas de la curiosité : elle observait, elle calculait, elle décrivait les ouvrages de son mari.
Nous entreprîmes en commun un nouveau traité d*horlogerie, qui parut en 17o5, in-4, et où Ton trouve plusieurs objets nouveaux de M. Lepaute ; entre autre des pendules d'équation, où le cadran du temps vrai change par une courbe d*équation, en sorte qu'une seule aiguille marque le temps moyen et le temps vrai ; une autre qui suit le temps vrai par le changement du pendule ; méthodes que Ton emploie souvent avec succès. M^'' Lepaute calcula pour ce livre une table du nombre des oscillations pour des pendules de différentes longueurs, ou des longueurs pour chaque nombre donné de vibrations, depuis celui de 18 lignes^ qui ferait 18000 vibrations par heure, jusqu'à celui de 3000 lieues.
Au mois de juin 1759, j'engageai Clairaut à appliquer sa solution du problème des trois corps à la comète qu'on attendait, et à calculer l'attraction de Jupiter et de Saturne sur la comète, pour avoir exactement son retour. M°^*^ Lepaute nous fut d'un si grand secours, que nous n'aurions point osé, sans elle, entreprendre cet énorme travail, où il fallait calculer pour tous les degrés, et pour 150 ans, les dislances et les forces de chacune des planètes par rapport à la comète. Je lui ai rendu justice, à cet égard, dans ma Théorie des Ck)mètes^ p. 1 10.
En 1750, Clairaut avait également cité M*"' Lepaute dans son livre sur la Comète, où il profilait de cet immense travail ; mais il supprima cet article par complaisance pour une femme jalouse du mérite de M°><' Lepaute^ et qui avait des prétentions sans aucune espèce de connaissance. Elle parvint à faire commettre cette injustice à un savant judicieux, mais faible, qu'elle avait subjugué. On sait qu'il n'est pas rare de voir les femmes ordinaires déprécier celles qui ont des connaissances, les taxer de pédanterie, et contester leur mérite, pour se venger de leur supériorité : celles-ci sont en si petit nombre^ que les autres sont presque parvenues à leur faire cacher ce qu'elles savent.
Clairaut m'écrivait : h L'ardeur de M"» Lepaute est surprenante. » Dans une autre lettre, il l'appelle la savante calculatrice. On comprendrait difficilement le courage qu'exigeait cette entreprise^ si Ton ne savait que pendant plus de six mois nous calculâmes du matin jusqu'au soir, quelquefois même à table, et
qu'à la suite de ce travail forcé, j'eus une maladie qui changea mon tempérament pour le reste de ma vie ; mais il était important que le résultat fût donné avant Tarrivée de la comète, pour que personne ne pût douter de Taccord entre Tobservalion et les calculs qui serviraient de fondement à la prédiction. C*est ce qui arriva effectiveroent : la comète fut retardée de 600 jours par l'action de Jupiter et de Saturne ; et ce retardement fui annoncé à la rentrée publique de l'Académie des Sciences, au mois de novembre 1758. On ne vit la comète à Paris que le SI janvier 1759 et en Allemagne que le 25 décembre 1758. (Histoire de r Académie, 1759, p. 142. Elle fut observée à Béliers, comme on le voit p. 156).
La comète de 1762 occupa aussi M"* Lepaute, quand il fut question d*en calculer les éléments par le moyen des obserralions.
L'éclipsé annulaire de soleil, prédite pour 1764, était un phénomène curieux pour la France, où Ton n'en avait jamais observé. >|b* Lepaute la calcula pour toute l'étendue de TEurope, et publia une carte où l'on voyait de quart d'heure en quart d'heure, la marche de Téclipse, et une autre carte pour Paris, où Ton voyait les différentes phases. Si un article inconsidéré de la Gazette de France lit croire que Téclipse serait totale, et qu'il fallait avancer l'office du matin, il suffisait pour être détrompé, de jeter les yeux sur les cartes de M"** Lepaute, dont on avait distribué plusieurs milliers.
A l'occasion des différentes éclipses qu'elle avait calculées, elle sentit l'avantage d'une table des angles para Uac tiques, et elle en fit une très étendue, qui est dans la Connaissance des temps de IT63, et dans le livre intitulé Exposition du calcul astronomique.
>!>'' Lepaute fit aussi plusieurs mémoires pour l'Académie de Béziers dont elle était associée, entre autres le calcul de toutes les observations qu'on y avait faites lors du passage de Vénus sur le Soleil en 1761. .Mais parmi les services qu'elle a rendus à nutre science, on doit citer principalement le soin qu'elle eut, en 1768, de faire venir de Muntmédi un neveu de son mari, alors ftKé de quinze ans, pour l'attacher uniquement à l'astronomie : c'est Lepaute d'Agelet, reçu à l'Académie des Sciences en 1785, et dont le voyage aux terres Australes en 1773, et le voyage autour du monde, qu'il entreprit avec La Pérouse, prouvent d'une manière bien importante, que .M°** Lepaute a été utile à r.Xstronomie.
Ce n'est pas la seule obligation que lui ait la famille de son mari : M. Lepaule le jeune, qui fut horloger du roi, et ensuite le chef de la famille, eut des enfants; l'alné fut élevé par Mm* Lepaute avec un soin extrême. Une intelligence peu commune, tous les agréments et les talents qu'on peut espérer d*un enfant, celui-ci les possédait. Â Tàge de six ans, il faisait déjà des calculs astronomiques; et comme il a maintenant trente-sept ans (en 1802), il serait connu dans les sciences, comme d'Agelet son cousin, si on lui eût fait embrasser cette carrière; mais on préféra le mettre chez un notaire et ensuite dans les emplois. On est surpris que ses parents ne l'aient point fait profiter des circonstances heureuses de sa première éducalion pour lui donner un état plus flatteur pour Tesprit et pour la gloire ; mais, quoique déjà riches, ils n*ont pu résister à Tappàt d'une carrière plus lucrative : on croit toujours faire mieux pour ses enfants quand on leur procure le moyen de gagner plus d'argent.
£n 1759, je fus chargé de la Connaissance des temps, ouvrage que l'Académie des Sciences publiait chaque année pour l'usage des astronomes et des navigateurs, mais dont les calculs pourraient occuper plusieurs personnes. J'eus le bonheur de trouver dans M*** Lepaute un secours sans lequel je n'aurais pu entreprendre ce travail; et elle continua jusqu'en 4774^ temps où un autre académicien se chargea de ce pénible emploi : mais alors elle commença de s'occuper du travail des Éphémérides, dont le septième volume in-4°, qui parut en 1774, va jusqu'en 1784, et dont le huitième, publié en 1783, s'étend jusqu'à l'année 1792. Dans celui-ci, elle fit seule les calculs du Soleil, de la Lune et de toutes les planètes, comme on le voit dans la préface, où j'avais soin de rendre justice à mes coopérateurs.
Cette longue suite de calculs aiïaiblit sa vue, qui avait été excellente; elle fut obligée de discontinuer dans les dernières années de sa vie.
Mais combien les qualités du cœur ajoutent à la gloire des talents de l'esprit! Hàtons-nous de dire que, pendant sept ans, M™" Lepaute fit voir l'héroïsme de la vertu dans les soins qu'elle prit d'un mari malade, perclus et séparé de la société. Elle eut le courage de s'enfermer avec lui dans la maison où il fallut le placer dans les premiers temps de son délire; elle quitta Paris, et se retira à Saint-Cloud avec son malade, pour lui procurer un meilleur air, et pour être moins détournée dans les soins qu'elle voulait prendre de lui sans relâche et sans partage, et auxquels elle sacrifia son temps, ses occupations, ses plaisirs, et même sa
santé, avec une assidoité et un courage dont il y a peu d'exemples. C'est au milieu de ces fonctions respectables qu'une fièvre putride Tenlova, le 6 décembre, à sa famille, à ses amis et aux iKriencat. LMnfortuné malade ne sentit pas la perte qu'il faifiait : il ne survécut pas longtemps à sa bienfaitrice^ étant mort le 11 avril 1789.
M°" Lepaute avait des parents dont plusieurs ont aussi éprouvé sa bienfaisance lorsqu'ils ont eu besoin de son secours, et elle te privait des agréments que son aisance pouvait lui procurer, pour augmenter la leur. Les parents mêmes de son mari ont éprouvé son désintéressement : elle institua son héritier M. Lepaute le jeune, son beau-fK*re, en le mariant avec M"" Chardon.
Quand il s'agit d'une femme, on ne se défend point de parler de sa figure et l'on demande toujours si elle était jolie. .Nous devons donc répondre à cette question, en disant que, sans être remarquable par sa figure, M"* Lepaute avait une grande partie des agréments de son sexe; une taille élégante, un pied mignon, et une si belle main, que M. Voiriot, peintre du roi, ayant fait son portrait, lui demanda la permission de la copier, pour conserver un module de la plus belle nature; il s*en servit depuis dans ses tableaux. Le portrait de M'"*' Lepaute a été placé dans mon cabinet, à côté d'un portrait rare de Copernic, dont la notice a été donnée dans le Journal de Paris du 24 mai 1785, et qui a été gravé. Dans son portrait. M»« l«epaute est repré^^entée traçant la figure de l'éclipsé de i76V, qu'e'le venait de calculer, et ayant une sphère à cAté d'elle. Ce portrait ressemble un peu à celui de M»* la marquise du ChAtelet, qui est chez M*"* Dubocage, h Paris.
M°" Lepaute ne laisse aucun enfant, mais une sœur, une ni^'ce et deux frères, dont l'un était M. de la Brière, architecte connu par ses talents distingués, auteur d'un beau portail gravé et projeté pour Saint-Oermain-l'Auxerrois.
.M. de la Louptière adressa à M™* Lepaute ce quatrain, qui parut dans le Mercure, ver* l'année 1776 :
Pur \os nttmits (*t vos tnlciiH Vuui» charmerez toujours un mk**; Vos mains ont m(*surr le temps.
Vos yeux en dérhlent Tusage.
Dans des versqu'onlui adressait lorsqu'elle commençait à faire usage des tables de sinus, on lui disait :
Des tables de sinus toujours environn<'»e.
Voussui>ez avec nous Hipi>arque et Ptolémée;
Mais ce serait trop peu que de suivre leurs traces, Et d être au rang de ceux que nous comblons d'honneurs, Reine, si vous n'étiez et le sinus des Grâces, Et la tangente de nos cœurs.
Commerson donna le nom de Pautia, que le C*" de Jussieu. changea en celui d'Hortensiaj à une belle plante, appelée aussi Rose du Japon, que l'on voit sur les papiers de Chine.
M™« Lepaute est la seule femme en France qui ait acquis de véritables connaissances dans Tastronomie, et elle n*est remplacée actuellement que par M™* du Pierry, qui a publié divers calculs astronomiques et qui a mérité qu*on lui dédiât VAstronomie des Dames, qui parut en 1786.
Ses calculs ne l'empêchaient point de s'occuper des affaires de la maison ; les livres de commerce étaient à côté des tables astronomiques; le goût et Télégance étaient dans ses ajustements, sans nuire à ses études. Les étrangers que son mérite attirait auprès d'elle, ont contribué à la réputation de MM. Lepaute, et leur ont été utiles. Son mari avait pour elle cette considération qui tient du respect, mais qu'un mérite rare inspire à ceux qui savent le sentir. Elle était cependant remplie de prévenances pour lui; elle le servait avec empressement et dans des détails qu*une autre aurait trouvés au-dessous de Télévalion de son caractère et de son esprit.
Sa société me fut utile et chère; elle m'éloi^na de liaisons dangereuses; elle me procura les agréments d'une vie commode avec des gens aimables et instruits; elle supporta mes défauts, et contribua à les diminuer. Elle avait assez de caractère pour être impérieuse, quand cela pouvait être utile; mais elle avait assez de prudence pour céder, dans les occasions où la résistance eût été dangereuse. Enfin elle me fut si chère, que le jour où j'assistai à son convoi fut le plus triste que j'eusse jamais passé depuis celui où j'appris la mort de mon père, le plus respectable et le plus tendre de tous les pères.
Cette femme intéressante est souvent présente à ma pensée, toujours chère à mon cœur : les moments que j'ai passés auprès d'elle et dans le sein de sa famille, sont ceux que j'aime le plus à me rappeler, et dont le souvenir, mêlé d'amertume et de peine, répand quelque douceur sur les dernières années de ma vie, comme son amitié fit le charme de ma jeunesse. Son portrait, que j'ai toujours sous les yeux, est ma consolation, quand je pense qu'un philosophe ne doit pas se plaindre des lois impérieuses de
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la nécessité, et des pertes qui sont une suite nécessaire de Tordre de la nature. »
J« Lalamde. Histoire abrégée de VAHronomie.
Nous n'avons pas pu retrouver le portrait de M™** I^epaute, par Voiriot, mais il nous a été permis de reproduire le portrait à riiuile, sans nom d'auteur, conservé par M. Henri- Lepauto, au Belloy, pros Saint-Geriiiain-en-Laye.
Nous remercions aussi M°»« Alvar Lepaute de nous avoir montré la très belle |>endule dédiée à Hortense Lepaute, œuvre artistique et syml>oIique que devrait acquérir un de nos musées français.
Table des longueur» des pendules. (Dans le Traité d'horlogerie du mari J.-A. Lopaiite. 1733 J
Observations (Dans Connaissance des temps, 1759-77).
Carte du passage de l'ombre de la lune au travers de CEurope daiu Véclipse annulaire du soleil qui doit arriver \e i*' avril i764. Pari*. i:r.i.
Angles parallactiques . Paris, 1763.
Tables du soleil, delà lune et des autres planètes (Dans les Èphémérides du mouvement céleste de Lalandi. t. VU et VUl, 1774).
Mémoires d'a$tronomie (dans le Mercure).
LEPORINE (Dorothée-Christine)
Auteur de : Quelques considérations sur les études scientifiques du beau sexe. I^ipzig, 1749.