‹ Les femmes savantes; comédie en cinq actes. Ed. nouv., à l'usage des classesChapitre 16 sur 99 · BÉLISE, CLITANDRE · texte numérisé non relu

BÉLISE, CLITANDRE

CLITANDRE

Soutirez, pour vous parler, madame, qu'un amant Prenne l'occasion de cet heureux moment. Et se découvre à vous de la sincère flamme...

BÉLISE

Ah! tout beau ! Gardez-vous de m'ouvrir trop votre âme; Si je vous ai su mettre au rang de mes amants,

tre ce qa il a dit et ce qu'il va dire. Ils se promettent en se quittant de i«ven!r bieutot s'épuiiouii" ensemble, et chacun d'eux croit bonnement avoir produit par ses saillies toute la joie de son arui. n

i . Il n'est pas raie de trouver à cette époque en rcîatif à un nom de personne, dans les cas ou nous emploierions le pronom possessif. « Ce n'est là i{u'uue ébauclie du personnage; et, pour en achever le portrait. » {D. Juan,

2. Les galeries du palais de justice, toutes garnies de boutiques, étaient le

rendez-vous de la belle société. En 1634, Corneille donnait une comédie intitulée la Galerie du Palais.

v.ontentez-vous des yeux pour vos seuls truchements* :

Et ne m'expliquez point par un autre langage

Des désirs qui, chez moi, passent pour un outrage.

Aimez-moi, soupirez, brûlez pour mes appas;

Mais qu'il me soit permis de ne le savoir pas.

Je puis fermer les yeux sur vos flammes secrètes,

Tant que vous vous tiendrez aux muets interprète» :

Mais si la bouche vient à s'en vouloir mêler,

Pour jamais de ma vue il vous faut exiler.

CLITANDRE

Des projets de mon cœur ne prenez point d'alarme, Henriette, madame, est l'objet qui me charme ; Et je viens ardemment conjurer vos bontés De seconder l'çimour que j'ai pour ses beautés.

Ah '. certes, le détour est d'esprit, je l'avoue * : Ce subtil faux-fuyant mérite qu'on le loue, Et, dans tous les romans 3 où j'ai jeté les yeux, Je n'ai rien rencontre de plus ingénieux.

CLITANDRK

Ceci n'est point du tout un trait d'esprit, madame : Et c'est un pur aveu de ce que j'ai dans l'âme.

1. De l'arabe lardjenian, interprète. Ce mot nous vint sans doute à l'époque des croisades. On le trouve des le douzième siècle : « Drugemcnt soracs d'Afrique et d'outre mer » (La prise d'Orenge). — La même métaphore se trouve dans la Suivante de Corneille :

L'un dans l'autre à Ions coups, leur? riîg.irds se confondent, Et d'un coiiim m accord, ces mueii truchements, Ne se disent que trap leurs amoureux tuiirinenlj.

Elle est du langage des Précieuses. Mais Corneille, à l'époque de ses preraièrei pièces, n'était-il point un peu Précieux ? — Du moins Somaize le fait Ogurer comme tel dans son fameux Dictionnaire.

2. « Il ne faut pas être si malavisé que de dire : Il a de l'esprit, ce qui sent son vieil Gaulois ; il faut dire : Il a rsprit, sans se soucier de ce que l'on vous objecte que vous oublie/, l'article ; car il y a des endroits où cela peut avoir la meilleure pràcc du monde. » (Recueil de plusieurs pièces en prose les plus agréables du temps. 1058.)

3. La vojjuc du roman au dix-septième siècle date de l'Aslrét- d'Honoré d'L'ifé. l.es deux premiers volumes avaient été publiés en 1612; en 1024, il en parut une L.lition en cinq tomes. Dès lors ce fut un débordement. De Gomberville, en 16,')7, donnait l'olexandre (8 vol.). De La Cal|ircnèdc on a Cassandre (10 vol.), Cleopâtre (12 vol.), Faramond (12 vol.) ; puis venait M"* de Scudéry avec Cyrus, Clelif, Ihiahim, etc. Boileau a distingué deux classes dans ces productions : « D'L'rfé. dans ton Astrée. de bergers très frivoles avait fait des héros de romans

considérable ; ces auteurs au cnntraire (La Calprcnède et les autres), dos héros lus plus considérables de l'histoire firent des bergers très frivoles, et quelquefois mètnc des bourgeois encore plus frivoles que ces bergers. » (Discours sur le lialogue des héros de roman.) Les romans que pouvait connaître Délice étaient loue assez extravagants car la Princesse de Clèves ne parur qu'en 1678,

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