‹ Les femmes savantes; comédie en cinq actes. Ed. nouv., à l'usage des classesChapitre 53 sur 99 · P H I L A U I IS' T E · texte numérisé non relu

P H I L A U I IS' T E

Moi, ses mondes tombants *.

ARMANDE

Il me tarde de voir notre assemblée ouverte Et de nous signaler par quelque découverte.

TRISSOTIN

On en attend beaucoup de vos vives clartés, Et pour vous la nature a peu d'obscurités.

PHILAMINTE

Pour moi, sans me flatter, j'en ai déjà fait une, Et j'ai vu clairement des hommes dans la lune «.

BÉLISE

Je n'ai point encore vu d'hommes, comme je crois ; Mais j'ai vu des clochers tout comme je vous vois.

ARMANDE

Nous approfondirons, ainsi que la physique. Grammaire, histoire, vers, morale et politique.

1. « Dans cet étalage de science que font nos trois pédantes et leur héros d'esprit, il n'y a pourtant pas un mot qui porte à faux... Vordre oa l'enchaîneraen; logique des propositions distingue en effet le périiiatétisme, et les absù^actions du platonisme sont célèbres. Quant à Epicure, on sait que les petits corps ou atomeétaieiit le principe de sa pliysique, et qu'il admettait le vide... EnCn personne n'ignore que la matière subtile, les tourhUlons et les mondes tombants appartieii U'^nt au système du monde imaginé par Descartes, et que ce grand homme a cru expliquer les propriétés deVaimoiii par un certain mouTcment de la matière subtile à travers!» matière cannelée. (Auger.) Destouches, dans la Fausse vl^;iè«, a visible ment imité ce passage de Molière.

2. Helvètius conte qu'un curé et une femme galante cherchaient à s'assurer, télescope en main, que la lune était habitée, a Je voisdeui ombres qui s'inclinentl'une vers l'autre, dit la dame. — Que dites-vous? s'écria le curé; ce sont les dujm clochers d'une cathédrale. » On s'occupait beaucoup d'astronomie, au dix-seplièec siècle, et mêmed'astrologie. Il faut se souvenir que flotin se liTrait à cette étude avec la grande Mademoiselle et le marqui de Villaiue.

PHILAMINTE

La morale a des traits dont mon cœur est épris, Et c'était autrefois l'amour des grands esprits ; Mais aux stoïciens je donne l'avantage, Et je ne trouve rien de si beau que leur sage '.

ARMANDE

Pour la langue, on verra dans peu nos règlements, Et nous y prétentons faire des remûments. Par une antipathie ou juste ou naturelle. Nous avons pris chacune une haine mortelle Pour un nombre de mots, soit ou verbes ou noms. Que mutuellement nous nous abandonnons - ; Contre eux nous préparons de mortelles sentences, Et nous devons ouvrir nos doctes conférences Par les proscriptions de tous ces mots divers Dont nous voulons purger et la prose et les vers.

PHILAMINTE

Mais le plus beau projet de notre académie,

Une entreprise noble, et dont je suis ravie,

Un dessein plein de gloire, et qui sera vanté

Chez tous les beaux esprits de la postérité.

C'est le retranchement de ces syllabes sales '

Qui dans les plus beaux mots produisent des scandales,

Ces jouets éternels des sots de tous les temps.

Ces fades lieux communs de nos méchants plaisants,

Ces sources d'un amas d'équivoques infâmes

Dont on vient faire insulte à la pudeur des femmes.

TRISSOTIN

Voilà certainement d'admirables projets.

DÉLISE.

Vous verrez nos statuts, quand ils seront tous faits.

1. Chrysale a parlé plus liautde la philosophie desa femme, «sagesse faiteàmépriscr le bien ». Ce nouveau trait nous prépare à l'altitude très noble que Philaiiiiute saura garder au cin(|uième acte, quand elle apprendra la perte de sa fortune.

2. Le triumvirat grammatical formé par Philaminte, Armande et Bélise procédera comme Octave, Antoine et Lépide en matière de proscriptions; on se concédera mutuellement des victimes.

î l'eutêtre ce projet ridicule n'esi-il point une pure imagination de Molièie. I.c bégueulisrac des l'récieuses allait très loin. L'/i'co/e des Femmes les avait fort scandalisées. « Peut-on, ayant de la vertu, dit Cliniène dans la Critique, trouver tif l'agrément dans une pièce qui tient sans cesse la pudeur en alarme, et s<di( à tout moment Vwmgiuation ? » Curncille ne pouvait écrire la gueule d'un dragon; la délicatesse «les daines exigeait qu'il mit la gorge. On sait d'ailleurs que plusieuil académiciens avaient déclaré la guerre a certains mots, encore qu'ils fussent trei ioolTensifs, comme car, néanmoins, pourquoi, ctc

Page 1