NOCTURNE
Nocturne
L'ombre du soir gravit les coteaux éloignés, Dans la pourpre diffuse et le mauve baignés; L'horizon les découpe en silhouette franche, Elagant le vallon, le bosquet et la branche, Et met un nimbe d'or au crépuscule vert. Lente et sonore, une prière à ciel ouvert S'élance d'une cloche et survole la plaine, Comme un paisible adieu des ormes et des plaines
Au moissoneur lassé de son œutre d'amour, Et qui contemple encor la fin grave du jour. Tête nue, à genoux devant Dieu qui l'écoute L'homme pense à l'effort que son zèle lui coûte; Mais il bénit le Maître, à l'heure du repos, Et sent ressusciter en ses membres dispos Une nouvelle ardeur à prodiguer aux autres Le travail de ses bras et le pain des épeautres. La forme se confond dans la brève clarté, Silencieuse et chaude, où les souffles d'été Inspirent aux voyants de généreux oracles. C'est dans la nuit que Dieu libère les miracles Qui font aimer en Lui les credos du terroir. L'univers infini prend l'astre pour miroir, Et darde son image au delà des vieux mondes, Reflétés à nos yeux comme des pointes rondes, Et portant jusqu'à nous de mourantes lueurs, A l'heure où la Nature étouffe ses rumeurs, Afin que la fatigue, en fermant les paupières, Puisse oublier l'éclat des ardentes lumières.