‹ Les feuilees d'automneChapitre 21 sur 60 · POUR LES PAUVRES · texte numérisé non relu

POUR LES PAUVRES

Qui donne au pauvre prête à Dieu.

Dans vos fêtes d'hiver, riches, heureux du monde, Quand le bal tournoyant de ses feux vous inonde, Quand partout à l'entour de vos pas vous voyez Briller et rayonner cristaux, miroirs, balustres, Candélabres ardents, cercle étoile des lustres, Et la danse, et la joie au front des conviés ;

Tandis qu'un timbre d'or sonnant dans vos demeures Vous change eu joyeux chant la voix grave des heures, Oh ! songez-vous parfois que, de faim dévoré. Peut-être un indigent dans les carrefours sombres S'arrête, et voit danser vos lumineuses ombres Aux vitres du salon doré?

Songez-vous qu'il est là sous le givre et la neige,

Ce père sans travail que la famine assiège?

Et qu'il se dit tout bas : — Pour un seul que de biens

A son large festin que d'amis se récrient !

Ce riche est bien heureux, ses enfants liv sourient.

Rien que dans leurs jouets que de pain pour les miens!

Et puis à votre fête il compare en son âme Son foyer où jamais ne rayonne une flamme, Ses enfants affamés, et leur mère en lambeau, Et, sur un peu de paille, étendue et muette, L'aïeule, que l'hiver, hélas! a déjà faite Assez froide pour le tombeau.

Car Dieu mit ces degrés aux fortunes humaines. Les uns vont tout courbés sous le fardeau des peines; Au banquet du bonheur bien peu sont conviés; Tous n'y sont point assis également à l'aise. Une loi, qui d'en bas semble injuste et mauvaise, Dit aux uns : Jouissez ! aux autres : Enviez.'

Cette pensée est sombre, amère, inexorable. Et fermente en silence au cœur du misérable. Riches, heureux du jour, qu'endort la volupté. Que ce ne soit pas lui qui des mains vous arrache Tous ces biens superflus où son regard s'attache; Oh ! que ce soit la charité!

L'ardente charité, que le pauvre idolâtre! Mère de ceux pour qui la fortune est marâtre, Qui relève et soutient ceux qu'on foule en passant, Qui, lorsqu'il le faudra, se sacrifiant toute. Comme le Dieu martyr dont elle suit la route. Dira : Buvez! mangez! c'est ma chair et mon sang.

Que ce soit elle, oh! oui, riches, que ce soit elle Qui, bijoux, diamants, rubans, hochets, dentelle. Perles, saphirs, joyaux toujours faux, toujours vains,

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