‹ Les Feuillardiers du Limousin et leurs syndicatsChapitre 15 sur 26 · PASS · texte numérisé non relu

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L'industrie du feuillard en France, par le grand nombre d'ouvriers qu’elle occupe, le commerce considérable auquel elle donne licu, son chiffre d’affaires très élevé, était intéressante à faire connaître et à étudier. C'est une des richesses du Limousin, où elle fait vivre bien des gens et où sa production attteint près de la moitié de la production totale du feuillard en France. Gette industrie a pris un développement énorme depuis une trentaine d'années, nous en connaissons les causes: c’est d'abord l'extension constante du commerce des vins qui s'est manifestée en France déjà depuis longtemps, et qui a beaucoup favorisé l'industrie de la tonnellerie, et par suite le commerce du feuillard ; c'est ensuite l'importance toujours grandissante du commerce général en Angleterre, qui nécessite l'emploi d'un grand nombre de futailles qui servent à l'emballage de marchandises de toutes sortes et dont le cerclage se fait avec du feuillard de bois, et surtout du feuillard français ; c’est enfin la multiplicité et le perfectionnement des moyens de transport et la modicité de leurs prix, et plus spécialement dans la région de Saint-Yrieix et de Nontron la disparition des industries métallurgiques et porcelainières.

La crise viticole, qui a commencé aux environs de 1880 et sévit encore actuellement, à eu sa répercussion sur le

commerce du feuillard, elle à forcé le marchand de bois limousin à faire fabriquer de plus en plus de la dague et du feuillard, par suite de l'emploi de moins en moins grand des carrassonnes et des échalas ; le viticulteur a dù réduire ses frais généraux d'exploitation, dès lors il renouvelle moins souvent ses échalas et les achète de qualité inférieure. Le marchand de bois exploite les coupes de taillis plus jeunes, notamment à Saint-Yrieix où celles-ci se faisaient autrefois à quatorze et seize ans, et aujourd’hui à huit et dix ans ; ces coupes se vendent cher par suite de la concurrence entre les marchands, et le grand nombre de ceux-ci a bien contribué à l'extension de l'exploitation des bois taillis en bois de fente.

La consommation du feuillard limousin à atteint son maximum vers 1900, et depuis, la production au lieu de s'arrêter s'est accrue d’une façon continue, de sorte qu’il est arrivé une surproduction, entrainant forcément une baisse dans le prix du feuillard. D'autre part, la crise viticole, toujours aussi forte, la stabilité du commerce anglais, la concurrence à l'étranger des autres pays producteurs de feuillard, qui ne peuvent plus importer en France à cause des droits de douane, mettent obstacle à l'écoulement du feuillard français. Une seule cause pourrait lui laisser reprendre son essor, ce serait la hausse des prix du fer, actuellement celle-ci existe, et depuis cinq ou six ans, mais elle n’est pas encore assez sensible pour permettre au feuillard de bois de remplacer le feuillard de fer. Il est bien vraisemblable que, si le prix du fer ne continue pas à baisser,

et s’il ne se produit aucune modification dans l’état de la consommation du feuillard, cette industrie traversera une crise qui forcera les producteurs à trouver d’autres débouchés pour le bois de châtaignier, l'industrie tannique par exemple.

Nous n'avons examiné jusqu'ici que la production et la consommation du feuillard, mais si nous considérons le troisième élément constitutif de toute industrie, la maind'œuvre, nous nous trouvons en présence des mêmes difficultés. En effet, le prix de celle-ci s'est élevé dans des proportions très sensibles depuis 1920, et cette augmentation ne s'arrêtera pas encore. C'est là l’œuvre des syndicats de feuillardiers, car c’est à eux uniquement que sont dus la hausse des salaires et le succès de revendications ouvrières nécessaires et parfaitement justes. Le mouvement syndical a donc été très efficace et très utile, il a pénétré déjà profondément dans la masse des feuillardiers, il a toujours suivi depuis le début une marche ascendante, c’est un mouvement bien lancé et sérieux, dont l'avenir est assuré. Sans doute l’organisation des syndicats est encore imparfaite, mais ces difficultés s’aplaniront avec plus d'expérience et de volonté chez les syndiqués. Ce mouvement syndical chez des paysans est des plus curieux et des plus instructifs par la rareté du fait et la valeur des résultats ; grâce à lui le réveil d'énergies endormies, le sentiment des droits individuels et corporatifs, l'esprit de solidarité et d'union, ont remplacé chez eux linsouciance, l’apathie, la timidité et

l’égoïsme,

La main-d'œuvre renchérit, la consommation se stabilise, mais la production augmente toujours, c’est une situation anormale qui amènera forcément la rupture dans l'équilibre de ces trois forces; mais on ne peut la prévoir de façon certaine par suite de modifications toujours possibles. Pour rétablir cet équilibre il y aurait deux moyens : ce serait la constitution d’une société anonyme à gros capital, ou bien la création d’un syndicat mixte de propriétaires fonciers et d'ouvriers feuillardiers, qui auraient pour objet, l’un comme l’autre, l'exploitation et la vente du feuillard.

Les deux systèmes aboutiraient à la suppression des intermédiaires, c'est-à-dire des marchands de bois, mais le premier aurait l'inconvénient de monopoliser une industrie au plus grand préjudice des propriétaires fonciers et des ouvriers, tandis que le second permettrait aux propriétaires d'avoir un revenu plus élevé et aux ouvriers une rémunération bien supérieure. Le premier serait le régime capitaliste avec tous ses abus, le deuxième serait l'union du capital et du travail. Nous entrons là dans le domaine théorique et hypothétique, et il est bien probable que ces idées n'en sortiront jamais.

Vu et permis d'imprimer :

Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris, | L. Lrarn.

Vue VA 2 Le Doyen, Le Président de la Thèse, Ch. Lyon-CaEx, SOUCHON,

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